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Le Doc revient à la charge

Médiatisé depuis quelques temps pour son engagement politique, le Doc reprend aujourd'hui le micro et sort l'album "Peace Maker". Nicolas Sarkozy l'a-t-il écouté ? Réponse en interview.

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Sonia Ouadhi le 17/11/2008 pour MusicActu

On ne t'as plus trop vu dans les médias. Qu'as-tu fait pendant tout ce temps ?
On m'a moins vu dans les médias en tant que musicien, mais j'étais présent : je me suis fait entarter, j'en passe et des meilleures. A l'occasion de la sortie de mon album, je me permets de revenir voir les médias et de tenir un discours différent de celui que j'ai tenu pendant la campagne ou quand j'ai envie de me prononcer sur un événement de la société pour lequel je me sens concerné.

Comment expliques-tu le titre "Peace Maker" ? Tu reviens avec un message "peace & love" ?
C'est beaucoup plus profond que ce que l'on peut entendre par "peace & love", qui est un message important, mais qui a pu être à un moment catalogué "bobo" ou hors du système et loin de la réalité. Ici, c'est un message de paix dont on a besoin, on a besoin de gaieté. Dans mon métier d'artiste, cela peut être un devoir de ne pas faire seulement ce dont on a envie, c'est-à-dire parler de problèmes plus personnels, ou de choses qui ne vont pas être comprises uniquement par le milieu des chanteurs ou des artistes. Je dois toujours faire attention au public, prendre le pouls de la nation et ne pas me perdre dans ce que font par exemple les rappeurs américains. Pour moi, suivre toutes les tendances est se perdre. Je dois en quelque sorte faire un devoir. Pour un artiste, ça ne se dit pas, mais pour moi c'est faire mon devoir que de parler de paix aujourd'hui.

Tu as travaillé sur cet opus avec Pierre Sarkozy. Pourquoi ce choix ?
Pierre apporte le métissage sur cet album. Il est, a priori, censé ne pas pouvoir faire cette musique. C'est difficile à comprendre, mais il arrive que des gens fassent des choses qui ont l'air a priori contre nature. Ils ne sont pas nés dans le milieu, ils n'ont pas respiré, ni baigné dans tous ces milieux mais ils sont très bons. Ensuite, ce qui m'intéresse vraiment est que les gens se posent la question : "est-ce que quelqu'un qui a grandi à Neuilly peut être un fantastique joueur de football ?". Il est très bon, aussi bon que ceux qui étaient diplômés pour faire ce travail, voire meilleur qu'eux. Eux-mêmes le reconnaissent.

As-tu des anecdotes concernant ta collaboration avec Pierre Sarkozy ?
Il y a beaucoup de respect entre nous, c'était une rencontre de deux mondes, deux personnes qui sont attirées par la même chose : la musique. Mais ce qui m'a impressionné, c'est sa culture black. J'ai rencontré pas mal de gens "intelligents" qui savaient tout sur tout, mais qui avaient un problème avec ce qu'est James Brown ou ce que peut être le jazz. Je suis toujours étonné quand quelqu'un a intégré à son patrimoine cette culture black, quand quelqu'un connaît du classique, de la variété française et, en même temps, connaît sur le bout des doigts du James Brown. Je me dis qu'il a fait un effort intellectuel vraiment intéressant.

Comment définirais-tu cet album musicalement ?
Ca reste respectueux de la ligne qui m'a fait connaître au début. Je ne peux pas écrire sur n'importe quel rythme. Il y a beaucoup de variétés dans le rap, mais ce qui est mis en avant c'est le hardcore, la vulgarité. Je suis d'accord pour que tous les styles existent, mais il faut une cohérence. Si on avait pas assez fait d'hardcore, j'aurais fait un album hardcore, mais je pense qu'il y en a trop. Et raconter l'histoire du 18ème, je l'ai fait il y a plus de 10 ans quand aujourd'hui, les rappeurs me racontent l'histoire du 93, du 95, de Marseille. On tourne en rond. C'est un album qui parle toujours de tout ça, mais moins sur l'aspect bling-bling, qui est un style intéressant, mais qu'on n'a pas maîtrisé. Le bling-bling est devenu quelque chose de bête, futile et superficielle, quand Paris Hilton, elle, très bling-bling, passe pour une beauté. Pour nous, c'était un des moyens de montrer qu'on était riche, alors que tout le monde savait qu'on n'avait rien. C'est super marrant de voir un "renoi" avec trois putes blondes, quatre pitbulls qu'il n'arrive pas à nourrir et une voiture qu'il a louée et qu'il doit rendre après le clip. S'il se débrouille bien, il peut garder les filles (rires). Le bling-bling était intéressant, mais la pauvreté, la vraie, les rappeurs n'ont jamais voulu en parler. Alors je continue à parler de tout ça, mais à ceux dont on ne parle pas, ceux dans le quartier qui suivent comme ça, mais qui aimeraient tellement qu'on parle d'autre chose. La banlieue a besoin qu'on parle d'amour, qu'on change d'angle.

Peux-tu me parler de ton nouveau single, "A coeur ouvert" ?
Dans le texte, j'essaie de m'adresser directement à ceux qui veulent s'en sortir. Mais quand tu veux t'en sortir, tu peux être tout de suite catalogué, avoir des valeurs de droite, ou des valeurs de gangster. On dit "il a une morale de gangster, il a une morale de droite" : ce n'est pas vrai. Quand tu es né dans la misère, tu as une valeur d'homme juste. Que tu t'en sois sorti, c'était le but et on ne doit pas te cataloguer. Le seul conseil que j'ai réellement à donner à ceux qui veulent s'en sortir, c'est de le vouloir vraiment et de le faire peu importe ce qu'on dira. On n'a pas le temps de tergiverser avec les cases politiques. On parle de s'en sortir avec l'intellect. A ça les filles sont plus malignes que nous dans les quartiers.

Et le clip alors ?
Dans mon clip, il n'y a pas de "gun". Ca c'est hors de question ! On en a trop vu et cela a un mauvais effet sur nous. Doc Gynéco, c'est plus cool. Doc Gynéco c'est, à l'époque, fumer de l'herbe, boire de la bière, déconner avec des potes, courir après les meufs. Basta ! Là, leurs histoires de cocaïne, armes à feu, je les comprends, ça durcit. Tout durcit ! Mais écoutez l'ambiance de Gynéco, c'est un truc plus cool, mais avec du caractère aussi. Cette image bling-bling est abîmée et salie, je dois la changer et la faire évoluer, montrer que dans les quartiers il y a de belles choses. Le milieu des gangsters est quelque chose de sérieux, il ne faut pas être fasciné par cela. On a une énergie, une force qu'on doit mettre dans autre chose.

Tu as également enregistré un duo avec Johnny Hallyday. Tu as de très bonnes relations avec lui ...
C'est un ancien de la musique, quelqu'un qui a du coeur, qui est assez simple. Il est beaucoup critiqué pour sa manière d'être, mais c'est réellement quelqu'un que j'aime pour sa simplicité, son flair, son honnêteté. Il n'a jamais été prétentieux ou tenté de passer pour plus intelligent qu'il ne pouvait l'être. Et pourtant, c'est le plus grand de tous et de loin ! J'adore cette idée de réussir à te faire passer pour un con, alors qu'en réalité tu es le plus intelligent, le plus malin et le plus grand. Ca, je respecte.

Et concernant votre duo, comment est-il né ?
Il a un morceau qui date de son époque du rock'n'roll et qui lui tient beaucoup à coeur : "Je suis né dans la rue". Et il me dit (il imite la voix de Johnny, NDLR) : "Doc ! Pourquoi tu ne reprends pas ce morceau ?" (rires).

Tu es attendu au tournant avec cet album. Es-tu confiant en ce qui concerne ton succès ?
Je n'étais pas attendu quand j'ai sorti mon premier album. Ne m'attendez pas ! (rires). Personne ne m'attendait et je suis arrivé comme un OVNI. Ne m'attendez pas !

Nicolas Sarkozy l'a-t-il écouté ?
Ah ! Forcément. On a toujours besoin d'avis avisés. Il est très proche des artistes, il y en a beaucoup autour de lui et il sait que leur avis peut être important. Il veut voir où en est le monde de la chanson, des artistes. Je lui ai fait écouter. Lui, j'ai juste à regarder les journaux pour savoir où il en est et ce qu'il fait. Il n'oublie pas beaucoup de choses. Mais bon, on ne sait jamais, un artiste peut lui rappeler qu'il reste des choses.

Tu as été beaucoup pointé du doigt par d'anciens collègues. As-tu été touché ?
Oh !!! Moi, je n'en veux à personne. Il suffit d'inviter un rappeur dans une émission pour qu'il dise du mal d'un autre rappeur. Ce n'est pas de leur faute, ils sont en compétition permanente. On est beaucoup dépendant des médias et des maisons de disques. C'est un milieu où les mecs n'ont pas encore tous les codes. Moi, j'ai de la chance, cela fait 10 ans que vous me posez des questions. J'ai un peu appris à répondre aux journalistes. Les rappeurs, les pauvres, tu leur demande ce qu'ils pensent d'un autre, ils disent que c'est un enculé tout de suite, pour eux c'est normal ! (rires)

As-tu regretté à un moment ton engagement politique ?
Non, c'était très intéressant. On ne peut pas être aujourd'hui un artiste si on n'est pas engagé politiquement. C'est très important, la politique va déterminer si oui ou non on va pouvoir télécharger gratuitement des CD. Elle fait beaucoup de choses pour l'art en général, pour les artistes. Il se passe beaucoup beaucoup de choses sur Terre : des guerres, des mariages, des enterrements, il ne reste plus beaucoup de moyens aux artistes pour qu'ils s'expriment. Avant de m'engager en politique, les jeunes me parlaient du transfert du dernier joueur de foot, de qui était tombé en prison, de faits divers. Aujourd'hui, ils ne lisent pas que la rubrique fait divers dans Le Parisien, mais les articles politiques. Ces jeunes ont le droit d'être de tous les partis. Ils ont le droit d'être avec Bayrou s'ils veulent, ou écologistes. C'est mieux que Fleury et tout ça ! Maintenant, ils me parlent de politique. Quand ils me disent : "t'as déconné d'être avec Sarko !", ils répètent des choses qu'ils ont entendues dans les médias. La plupart regardent "Les Guignols", très peu achètent le journal. Moi, quand je l'ai fait, ce n'était pas pour que les gens me rejoignent. Mais rejoignez-moi si vous voulez ! (rires).

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