Fall Out Boy vous convie à une "Folie à deux"
De passage à Paris pour la promotion de leur album "Folie à deux", Patrick (chant) et Andy (batterie) du groupe punk rock américain Fall Out Boy reviennent sur les origines du projet et leur vision du rock.
Patrick : Aux Etats-Unis, "Folie à deux" est utilisé comme un terme psychologique pour, par exemple, deux individus qui peuvent se rendre mutuellement fous, qui peuvent inventer leur propre folie ensemble. C'est généralement incurable, ça ne peut pas être traité par la communauté psychiatrique, car ils ont fabriqué eux-mêmes cela. Il n'y a pas de symptômes, c'est simplement leur invention. L'album contient des commentaires sur la société et, d'une certaine manière, on peut utiliser ce titre, car si tu regardes il a beaucoup de batailles, de guerres, de disputes des deux côtés. C'est totalement fou.
Et pourquoi justement avoir voulu faire un album plus engagé politiquement ?
Patrick : C'est bizarre, les gens aux Etats-Unis ne cessent de nous poser cette question, car Pete attend un enfant. Je pense que d'une certaine manière cette paternité a beaucoup à voir avec le fait de penser à autre chose qu'à sa propre personne en tant que parolier. Beaucoup de gens s'attendent à ce que ce disque soit une sorte d'introspection et parle de ses enfants par exemple, mais ce n'est pas ça. Cet album tente de mettre en avant les gens alors que dans nos cultures occidentales, on ne fait que penser à soi-même. C'est simplement intéressant, c'est une dissection de l'égoïsme aux Etats-Unis, mais également en Occident.
Comment avez-vous travaillé sur cet opus ?
Andy : Pete écrit les paroles et les donne à Patrick qui compose la musique. Et, dans une version très condensée des choses, Patrick fait écouter le morceau au reste du groupe pour que nous y mettions notre touche. Puis, on enregistre.
Et ça se passe comment lorsque l'un d'entre vous n'accroche pas à un morceau ?
Andy : Non, ça ne se passe presque jamais. J'adore les textes de Pete et je n'ai jamais eu de problèmes de ce côté. Si je parle au nom de Patrick, car j'ai déjà entendu ça, si quelque chose lui déplaît, il fait des copier-coller de certaines parties.
Pouvez-vous me parler du single "I Don't Care" ?
Patrick : "I Don't Care" est encore une fois une sorte de satire sur l'égoïsme. Il dissèque l'égoïsme d'une certaine façon. C'est toute l'idée : "Je me fous de ce que tu penses de moi, du moment que tu parles de moi". C'est une idée si atroce ! C'est quelque chose qui existe, les gens ont vraiment cette idée, elle est très présente aux Etats-Unis. C'est pourquoi notre album est politique. Il n'est pas politique de manière très dure, mais je pense qu'il y a cette idée forte dans ces gens qui se rendent aux urnes et, la majeure partie du temps, ne pensent qu'à leur personne et aux choses qui les affectent. Maintenant, les choses sont comme ça : "peu importe, je me fous de ce que tu penses de moi, du moment que tu parles de moi". La chanson s'amuse de ça et met en avant ce vide de sens et cette tristesse. Et on en a fait une sorte de riff glamrock et toute l'idée était qu'il n'y a rien de glamour dans tout ça, c'est simplement triste. C'est horrible d'être aussi égoïste.
Dans le clip, vous vous en donnez à coeur joie et bravez tous les interdits. Avez-vous choisi vous-mêmes vos délires ?
Patrick : Ils voulaient qu'on fasse spécifiquement des choses pour lesquelles nous ne sommes pas à l'aise. Mais non : je suis assez poli et assez galant avec les demoiselles, je n'aime pas être grossier. Donc, la blague était de me voir attraper les fesses d'une femme. Cela a été difficile pour moi. Ma mère est une féministe et je l'ai appelée pour m'excuser. Je me suis excusé auprès des femmes en général pour ça.
Andy : Ce n'était pas trop mal. C'était juste flippant car ces mecs avaient l'air vraiment de prisonniers ou de militaires. Ils pouvaient me frapper et je devais me moquer d'eux, donc cela pouvait être embarrassant. Et ensuite, prendre la glace de Keith a été difficile, car c'est un gamin fantastique. Je me suis senti mal, mais il s'en moquait. Il rigolait tout le temps.
Dans le clip, Joe joue à l'exhibitionniste dans la rue. Etait-il réellement nu sous son manteau ?
Andy : Joe portait des vêtements couleur chair, je ne sais pas trop ce que c'était, peut-être des sous-vêtements Victoria Secret. Mais il n'était pas nu. Nous étions dans une rue publique et les gens avaient l'air effrayés, car ils pensaient qu'il était vraiment nu.
Au début du clip, il y a un autre groupe qui vous dit que vous n'êtes pas une vraie formation rock. Etes-vous beaucoup critiqués ?
Patrick : Oh oui ! C'est pourquoi on s'en moque dans le clip. D'une certaine manière les vraies rock stars n'existent plus. Aujourd'hui, les stars du hip-hop ou les politiciens peuvent être des rock stars d'une certaine manière aux Etats-Unis. Ils peuvent aussi jeter des télévisions ou d'autres choses à travers les fenêtres. Donc on s'amuse de ça. Mais oui nous avons toutes sortes de réflexions, nous avons entendu toutes sortes de choses désagréables de la part d'autres musiciens. Effectivement, nous n'avons pas de solos de guitares et tous les standards que peuvent avoir un véritable groupe de rock. Nous avons tout le temps des critiques. Les gens se moquent de Fall Out Boy (rires) ! Ils disent beaucoup de choses, mais ce qui me dérange est qu'ils disent tout un tas de choses sur Pete. Ils l'attaquent et ce n'est pas juste.
Justement, quels groupes de rock vous ont inspirés ?
Andy : Nous puisons notre inspiration vraiment partout. Mais nous avons tous nos propres inspirations. J'ai grandi en écoutant Metallica et Slayer, puis beaucoup de hip-hop.
Patrick : J'ai plongé dans la musique car mon père était un chanteur de folk. Il n'était pas connu, donc tu ne pourras pas trouver de disques de lui. Mais grâce à lui, j'ai découvert de grands artistes. Mon top 5 est : Elvis Costello, David Bowie, Tom Waits, Marvin Gaye et Prince. La plupart ne sont pas forcément des groupes de rock ! (rires).
C'est vrai que sur scène, Patrick, tu remixes beaucoup de chansons hip-hop ou R&B...
Patrick : Oui. Concernant le hip-hop, je pense simplement qu'il y a un racisme "borderline" dans un monde, par exemple, trop centré sur le rock, où il y aurait uniquement l'idée de "la musique rock, la musique rock !" et que tu puisses seulement écouter du rock. Je pense que cela est corrompu car les Rolling Stones écoutaient du blues. Je veux dire que, bien sûr, nous écoutons du hip-hop, des choses incroyables se passent dans le hip-hop. Le hip-hop reste une forme d'art active depuis 30 ans. Il y a des artistes hip-hop incroyables. Bien sûr il y a aussi des artistes hip-hop de merde que nous n'aimons pas, mais il y en a des brillants ici-bas, dont je pense que les musiciens de rock peuvent apprendre beaucoup. C'est notre approche, mais je ne pense pas que nous sommes une force dans le hip-hop ; nous sommes définitivement un groupe de rock tout d'abord, mais nous sommes heureux de collaborer avec quiconque souhaitant faire de la musique et proposer quelque chose d'intéressant, peu importe d'où il vient. Si je rencontre un artiste country, alors je voudrais travailler avec un artiste country s'il veut exprimer la même chose que moi.
Il y a également un morceau avec le rappeur Lil Wayne. Comment est née cette collaboration ?
Andy : Toutes les collaborations sur l'album se sont déroulées naturellement. On n'a rien planifié. Les morceaux allaient avec des voix spécifiques, on a simplement demandé et ça a marché. Pour Lil Wayne, c'était la même chose. Nous le connaissons à travers plusieurs choses, Pete a des amis qui sont restés en contact avec lui. Ils l'ont appelé et lui ont demandé. Il était plutôt d'accord pour faire n'importe quoi ; tout ce qu'il fait généralement se transforme en or. Il peut travailler avec un groupe merdique et le rendre grandiose. Donc espérons qu'il nous donne un peu de son or. Mais, il est génial.
On vous connaît peu en France. Quelles sont vos autres passions exceptée la musique ?
Andy : Moi, je ne fais que lire des BD et les collectionner. Je sors un peu et fais du Ju-jitsu depuis le début de l'année, mais je ne suis pas encore très bon. Je fais du vélo et différentes choses à la plage (rires).
Patrick : Je n'ai pas tellement d'autres hobbies, tout a un rapport avec la musique. Je collectionne les instruments de musique, les équipements, les disques. J'ai environ 70 guitares et entre 2000 et 3000 vinyles et peut-être entre 10 et 50 000 cd ! Avec Andy, on doit avoir une sacrée collection, peut-être tout ce qui est déjà sorti ! Bon, je dois un peu exagérer, mais nous en avons pas mal. Je collectionne aussi les films, j'adore ça. J'ai même réalisé un court-métrage pour le plaisir. Ca s'appelait "The Moustachette". C'est une comédie qui parle de la même chose que l'album, spécifiquement avec l'art. C'est un peintre qui ne s'intéresse qu'aux gens qui lui font des louanges et s'en fiche un peu de faire de l'art. Et c'est une partie du problème avec les artistes aujourd'hui.
Vous faites de la promo un peu partout, aviez-vous des clichés de la France ?
Patrick : Je pense que les Américains regardent la France comme une chose incroyable. Il y a cet ancien cliché de quelqu'un qui va bientôt mourir et qui dit "oh, non ! Je n'aurais jamais vu Paris !" La France est mise sur un piédestal aux Etats-Unis pour sa culture, etc. Mais malheureusement, nous n'avons pas eu la chance de visiter la ville. Pour être honnête, à chaque fois que je suis à Paris, je suis enfermé dans cet hôtel et je donne des interviews. J'ai simplement vu la Tour Eiffel et l'Arc de Triomphe. "Je suis désolé, je ne parle pas français !" Mais oui, nous avons cette image que la France est magnifique, elle l'est, mais nous n'en savons pas plus (rires) !
Quel sera votre prochain single ?
Patrick : Je ne sais pas s'il a déjà été choisi, je ne sais rien encore pour la sortie du prochain single... C'est un secret ! Le label... le dirigeant du label, je le taquine, c'est un bon gars (il regarde son attaché de presse, NDLR). C'est un bon dirigeant. Le label m'a dit : " Oh, ne révèle pas le single maintenant ". Nous ne pouvons pas révéler le single de toute façon, car nous sommes dans le suspens. Tu vois, c'est un secret.






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