Abd Al Malik : le slammeur-poète reprend sa plume
Alors qu'il prépare sa tournée, l'artiste interprète masculin de l'année aux Victoires de la Musique 2008 revient sur la genèse de l'album "Dante", ses influences et le message citoyen qu'il véhicule.
Je l'ai très bien vécue. J'ai été honoré et j'ai été très flatté mais l'essentiel n'est pas là. L'essentiel est dans la vie. Le principal est de ne pas changer et de rester le même, de rester près de mes proches et de garder la même détermination, de garder la même envie de faire bouger les choses en toute humilité bien sûr. Tout a été digeste et s'est bien passé. Cela m'a donné la force pour faire ce projet-là, l'album "Dante".
Quelle est a été l'idée directrice majeure pour ce disque ?
Pour chaque album je repars de zéro car il y a toujours des choses à faire. Avec le disque précédent, j'avais tracé un sillage. Pour celui-ci j'ai décidé de l'approfondir, c'est comme cela que j'ai vu le challenge avec ce nouvel opus. Rien n'est jamais acquis, aujourd'hui on est célébré et demain tout peut s'arrêter, j'ai bien conscience de ces choses-là. Je suis plutôt content du travail réalisé. J'espère que le gens pourront entendre mon coeur qui bat en écoutant ce disque.
Pourquoi l'avoir baptisé "Dante" ?
A son époque (l'époque de Dante, ndlr), on écrivait en latin. Quand il a écrit "La Divine Comédie", il l'a écrit en toscan, en italien. Ce que je vais dire va être une forme d'anachronisme, mais il a été précurseur dans la démocratisation du savoir. Le fait d'écrire en latin était réservé à une certaine élite et, en le faisant en italien, il a ainsi permis de rendre le savoir accessible à tous. C'est cela un artiste : il doit aider au décloisonnement, faire en sorte que l'on s'éloigne des cases préétablies. Le rap est la musique du 21e siècle, c'est la musique populaire par excellence. Il y a une complexité dans cette notion de popularité et le fait d'apporter des choses complexes et d'éviter un nivellement par le bas. Ainsi, il s'agit de proposer quelque chose qui permet de s'élever les uns des autres et d'être dans le partage et l'émotion. Sur ce disque, j'ai encore travaillé avec Gérard Jouannest et Bilal des NAP, on a voulu pousser plus loin cette collaboration. On a eu aussi la chance de travailler avec Alain Goraguer, qui était l'arrangeur des albums de Gainsbourg. On a formé une sorte de dream-team. L'idée était de cultiver un patrimoine et d'apporter la modernité, de montrer que le rap est une musique riche et complexe, que c'est le rappeur qui fait le rap et non l'inverse.
Peux-tu nous parler du single "C'est du lourd" ?
L'idée était de rendre hommage aux parents, à ma mère, à ceux qui sont venus en France, qui ont élevé leurs enfants dans un contexte différent. Ils sont restés dignes, ont su garder une force et une conviction qu'ils nous ont communiquées. Je voulais aussi évoquer le fait que l'on parle souvent de la délinquance, en prenant pour modèles les Scarface, les Mesrine... J'avais envie de dire : les vrais héros ne sont pas eux mais ceux qui triment et qui se battent, qui font en sorte de montrer la diversité de la France. Par leur combat notamment, car la vie est difficile et, sans jamais baisser les bras, ils montrent que l'on peut s'en sortir et c'est cela qui est du lourd ! J'ai voulu rendre hommage ainsi à la France d'aujourd'hui et à la France de demain. Quant au clip, je me suis souvenu de ce qu'avait fait Jacques Brel pour une émission de télévision dans les années 60-70 pour le morceau "Je suis un soir d'été". Il y avait des plans-séquences avec des visages et j'avais trouvé cela très beau et très poétique. Je me suis dit : "dès que j'aurai le morceau adéquat, je ferai quelque chose dans ce sens." Et donc là c'était le moment. Avec ce clip, j'ai voulu faire une sorte d'hommage en y mettant des situations actuelles. En même temps, c'est une vraie prouesse technique, puisque c'est un plan-séquence.
Comment s'est passée la collaboration avec Wallen ?
Avec Wallen, il y a une vraie émulation artistique. Elle est une artiste que j'admire énormément. Chacun travaille de son côté et il y a un moment où nous nous retrouvons. Par exemple pour le titre "Paris mais...", elle a écouté et elle m'a dit, pour le refrain : "tu pourrais faire comme ceci". Je lui ai dit de s'en charger. Pour le titre "Raconte-moi Madagh", je revenais de tournée et elle me l'a fait écouter en studio, où j'ai alors posé ma voix par dessus. Voilà comment cela se passe entre nous : on s'admire mais chacun travaille de son côté.
Te définirais-tu comme un rappeur militant ?
Pour moi, un artiste n'est pas à côté ou en dehors de la société, il est au centre. Il est traversé par les remous et les bouleversements de la société. Avec ce disque, ma démarche est plus que militante, j'oserais dire qu'elle est patriotique, au sens de Sartre. Un artiste, un intellectuel, nous tous, nous avons une responsabilité. Nous avons tous une responsabilité artistique, celle d'être dans une sorte de dynamique de l'espoir. Nous sommes comme les doigts différents mais d'une même main. Dans toute histoire et dans tout pays, il y a des zones d'ombre et de lumière et il est important de se demander ce que l'on peut faire pour faire changer les choses. Et définitivement être subversif, c'est de pouvoir passer de l'individuel au collectif.
Que prépares-tu pour la tournée à venir ?
On a envie de faire une grande tournée, cela se présente bien déjà. Nous allons parcourir toute la France puis l'international aussi. Il y a un concert en mai au Grand Rex, à Paris, qui sera important notamment. Le disque est un voyage et je souhaite faire en sorte que la scène soit un autre voyage également, avec des musiciens en live et des machines, afin qu'il se passe quelque chose de fort au niveau de l'émotion.






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