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Sinsemilia fait son bilan

Les Grenoblois remettent le couvert avec "En quête de sens". Dans l'atmosphère effervescente d'un restaurant parisien, le chanteur-guitariste Mike dresse le bilan de la carrière du groupe après cinq albums.

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Sonia Ouadhi le 02/02/2009 pour MusicActu

Le dernier album de Sinsemilia date de 2004. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de sortir cet opus ?
Après l'album, il y a quand même eu deux ans et demi de tournée. On a tourné jusqu'à fin 2006, donc, après, on a eu un an où on a pris le temps et certains ont fait des projets parallèles. Mais après cette grosse tournée, on a eu besoin de souffler un tout petit peu ou, en tout cas, de faire en partie d'autres choses. On a commencé à travailler le nouvel album à partir de fin 2007, donc on n'a pas tant attendu que ça. Ca semble long depuis le dernier album mais on n'était pas dans les Caraïbes : on était soit sur la route en tournée, soit à préparer cet album et à l'enregistrer.

Cet album s'intitule "En quête de sens". Peux-tu revenir sur la signification de ce titre ?
On choisit toujours le titre quand l'album est fait. A ce moment-là, je propose une quinzaine de titres et chacun vote, on regarde un peu. Et "En quête de sens", il y avait un lien avec tous les titres de cet album. Il y a une quête de sens sur certains morceaux d'une façon personnelle, tous individuellement dans notre rapport à l'autre et aux autres, dans la façon dont on conçoit nos vies en terme de rythme, etc. Que cela soit le morceau "Le Silence", "Prendre le temps", "Réapprendre à sourire"... Ils sont liés à une quête de sens personnelle. Il y a aussi notre quête de sens quand on regarde la société en se demandant quel est le sens de tout ça, même si parfois on a l'impression de le comprendre, mais il ne nous convient pas. Et puis, il y a plein de choses qui nous paraissent n'avoir aucun sens dans cette société. Le titre s'est donc imposé assez rapidement.

Cet album est justement encore une fois très engagé. Est-ce un besoin pour Sinsemilia ou peut-être une mission que vous vous êtes donnés ?
Je suis gêné avec les termes "album engagé", "groupe engagé", "groupe militant". Il y a un morceau de l'album qui s'appelle "J'Admire ". Il situe à nouveau le propos, c'est-à-dire que, pour moi, l'engagement et le militantisme sont des actes et nous on fait des chansons. Cela me gêne par rapport à ceux qui vivent l'engagement concrètement et au quotidien, souvent des gens bénévoles, qui s'investissent, qui consacrent du temps dans leur vie. Nous, on gagne nos vies avec nos chansons, donc je situe à nouveau le terme d'engagement chez Sinse. Pour moi, c'est trop fort. On n'est pas légitime avec l'étiquette "groupe militant", "groupe engagé". Après en effet, on exprime des choses, on ne chante pas juste "viens danser bébé, bouge ton corps, c'est génial", simplement parce qu'on se sent concerné par le monde dans lequel on vit, par la société dans laquelle on vit et dans laquelle nos enfants vont grandir. Nous, on exprime nos opinions sur ce qui nous touche et, quelquefois, ce sont juste des opinions sur ce qui nous touche dans nos vies personnelles. Ce n'est pas une volonté de dire : "il faut qu'on fasse des textes qui dénoncent". Non, on est juste inspiré par ce qu'on voit autour de nous.

Le premier single est "Le Retour des cowboys". C'est un texte autobiographique ?
(Rires). J'espère que non ! C'est un texte qu'on traite avec le sourire sur le retour des "machos". Il y en a toujours eu, sauf que, depuis quelques années, il y a des choses plus assumées. Je pense qu'il y a 15 ans, on n'entendait pas souvent des mecs dire : "Je bichonne ma voiture et si on me demande de choisir entre ma femme et ma voiture... ma voiture". De la même façon, il y a 15 ans, je ne veux pas m'acharner sur le hip-hop du tout, mais ce qu'on voyait du hip-hop à la télé c'était IAM, NTM, Assassin. Aujourd'hui, je vois des meufs en string et des mecs avec des billets qui montrent qu'ils ont des billets pour se payer la meuf en string. Là aussi, ça me paraît plus assumé. On traite cela avec le sourire, parce que, quelque part, le mec qui est super fier de sa belle voiture, et bien moi il me fait sourire et je ne me dis pas "putain, qu'est-ce que j'aimerai avoir sa voiture". Et en même temps, on aurait pu le traiter d'une manière moins souriante parce que, derrière cela, il y a beaucoup de femmes qui galèrent. Il y a beaucoup de gifles échangées en France et parfois plus que des gifles. On a fait le choix d'en parler de façon plus souriante, même si on sait que, derrière, il y a un sujet plus grave sur le nombre de femmes battues, le nombre de drames commis en partie par ces cowboys.

Tu as aussi des chansons où tu n'hésites pas à être plus dur, comme "J'ai honte", où tu parles de la France...
Le morceau est né de tout ce que j'ai pu voir ces dernières années sur ce que devient la société française, comment elle est dirigée. On aurait pu faire trente chansons en prenant un petit thème par-ci par-là. Là, on a regroupé ça sous un truc pour dire : "voilà, je ne m'y retrouve pas. Je suis en train de ressentir un sentiment de honte par rapport à ce pays alors qu'à la base, c'est un pays que j'aime. C'est le pays dans lequel j'ai grandi, dans lequel je suis né." Je sais qu'il y a énormément de gens de qualité en France, je sais que la France peut s'enorgueillir de belles choses dans son histoire aussi, mais là... Il arrive un moment où je ne m'y retrouve plus. Et le sentiment qui grandit, c'est la honte et la colère. C'est un texte qui est dur, mais parce que la réalité est dure. Ce qu'ils sont en train de faire de la France... wouuu. Je ne veux pas être lié à ça, on n'est pas ça. Il y a plein de gens en France qui ne sont pas ça. Les droits de l'Homme au sommet du pouvoir, on s'en fout, les gens d'en bas qui rament, on s'en fout. J'ose encore espérer que la France ne restera pas ça éternellement.

Que penses-tu de la scène reggae festive en France, aujourd'hui ?
Le reggae marche beaucoup moins qu'il y a 10 ans ! Avant, je voyais tourner en France Tryo, Mister Gang, K2R, Mix Up, Sinsemilia, No More Babylone... Tout une flopée de groupes; la plupart ont disparu. Tu vois encore qui ? Sinse, Tryo. Le reggae en France vit toujours de façon underground, mais on le voit assez peu au-dessus. Je ne me sens pas un groupe de reggae, je me sens un groupe de musique même si je suis passionné de reggae, même si le reggae est une couleur chez nous plus qu'importante. Je me sens aussi proche d'un groupe qui fait du rock, je me sens proche d'individus plus que de la musique qu'ils font.

C'est votre 5ème album. Quel bilan tires-tu de toutes ces années ?
Avec Sinsé, on se rapproche de nos 20 ans de concerts mine de rien. Si je fais un bilan de tout ça, on a plus de 1000 concerts dans les jambes, on a cinq albums. Le seul truc dont on est fier est l'aventure humaine. On était pour la plupart amis avant de faire de la musique ensemble, on a fait tout ce parcours ensemble, on a construit tout ça ensemble, c'est-à-dire que c'est pas une maison de disques qui est arrivée un jour. On a construit tout ça pièce par pièce et, surtout, on est encore ensemble avec énormément d'amour entre nous. Moi, quand je fais un bilan, c'est ce que je vois : l'aventure humaine menée. Je la trouve magnifique. Après, oui, on est très fier du parcours musical, mais ça passe largement au second plan par rapport à l'aventure humaine.

Et quel est ton plus beau souvenir avec Sinsemilia ?
Oh, il y en a tellement ! Il y en a trop pour que je puisse t'en sortir un. J'ai un magnifique souvenir du premier gros concert à Grenoble, j'ai de magnifiques souvenirs des premières fois où on a rempli des salles à Paris parce qu'on s'est dit "non, c'est pas vrai, nous les petits Grenoblois, on joue au Bataclan". J'ai surtout des magnifiques souvenirs d'aventures humaines dans le bus entre nous. Mais j'avoue que je m'arrête peu sur les souvenirs pour l'instant et il sera temps un jour de s'arrêter. Quand on discute entre nous et qu'on ressort des anecdotes, on y passe la nuit et tout le monde est mort de rire. Mais on le fait assez peu. Plus tard, il sera temps de se retourner et de ressasser les souvenirs.

Et concernant tes collègues, as-tu des dossiers sur eux ?
Je ne prendrai jamais le risque de lâcher des dossiers sur mes gars ! (rires) Ils doivent en avoir trop sur moi pour que je prenne le risque, après je m'expose à des représailles sanglantes ! Mais non, en plus sincèrement là il n'y a rien qui me vient. On est des gens normaux, on vit à Grenoble, on a toujours les mêmes potes qui ne sont pas spécialement dans le monde de la zic. Donc non, je n'ai pas de dossiers particuliers ou alors on touche dans le vraiment perso et là, ce n'est pas gentil ! (rires).

Il y a un titre qui est très très court, c'est "Règlement de compte", il dure 1 minute 30. Il s'adresse à quelqu'un en particulier ?
Non, pas à quelqu'un en particulier. J'entends tellement de ragots des fois sur Sinsemilia, il y a tellement de contre-vérités et tellement d'analyses de mecs qui se permettent des jugements précis alors qu'ils ne connaissent rien du parcours, ils ne savent pas de quoi ils parlent. Sur des forums sur Internet, des mecs qui disent tranquillement que de toute façon, c'est construit pas une maison de disques. Mais de quoi tu parles ! Tu sais même pas comment cela s'est construit. Tout ça, c'est de l'auto-production à la base ! J'ai entendu de tels ragots débiles de "ouais, ils refusent de jouer pour telles ou telles causes". Mais de quoi tu parles ! Ca m'a meurtri pendant des années ce genre de ragots surtout que vraiment j'entends des trucs débiles. Là au contraire, "Règlement de compte" est là pour dire : "Vas-y ! Fais-toi plaisir. Je suis au-dessus de ça. Aujourd'hui, l'important pour moi est le regard des miens, de mes proches, que ceux-là jugent. Et ceux-là, on toujours pu juger qu'on est resté ce qu'on était".

L'album se referme sur le titre "Dernier concert". Rassure-moi ce n'est pas l'annonce de la fin prochaine du groupe ?
Non, il n'y a pas de message caché derrière pour dire "Attention ! Bientôt la fin de Sinsemilia !". Au contraire, il a été écrit en pleine tournée, où moi je suis au fond du bus. On adore ces moments, après les concerts quand on reprend la route et là il y a quelques heures qui sont magiques : tu en as 4-5 qui jouent aux cartes et rigolent, tu en as trois ou quatre qui refont le concert du soir en débattant, tu en as deux qui emmerdent les autres juste pour le plaisir de les emmerder. Et moi, je regarde ça et me dis : "putain, un jour tout ça s'arrêtera" Parce qu'on sait qu'un jour tout ça s'arrêtera. Soit la vie décidera que ça s'arrête, mais un jour ou l'autre ça s'arrêtera. Et je me suis dis : "Ok quand ça s'arrêtera, qu'est-ce que chacun de nous emportera avec lui ? Qu'est-ce qu'il nous restera ?" C'est un sujet dont on parle très rarement entre nous de la fin.

Vous avez une tournée de prévue. Tu sais déjà ce que vous allez faire sur scène ?
La tournée attaque fin février avec énormément de dates un peu partout en France. On est actuellement en train de préparer ça et justement on se fait plaisir à choisir quels morceaux de quels albums on va jouer, de modifier des versions, de les rejouer. Il y a des morceaux qu'on n'avait pas joué sur scène depuis plus de 10 ans. On prend du plaisir à se dire "Ah tiens, on va rejouer celui-là !" Il y a aussi le plaisir d'adapter les morceaux du nouvel album et d'en faire des versions pour la scène. On est en train de mettre ça sur pieds et c'est très agréable à faire, même si c'est beaucoup de boulot.

As-tu un souvenir de concert ?
On en parle dans l'album "Tout ce qu'on a" sur le morceau "Amour, gloire et beauté". Il y avait une fille qui était au premier rang au concert et elle nous a montré ses seins. On s'est dit : "Elle s'est trompée, c'est Sinsemilia. Patrick Bruel, c'est un autre jour !" C'était il y a longtemps, 10 ans, mais tout le monde l'avait regardé en se demandant ce qu'elle faisait.

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