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Oxmo Puccino dégaine son "Arme de paix"

Après une précédente virée jazzy avec l'album "Lipopette Bar", Oxmo Puccino revient à l'essentiel avec "L'Arme de paix" en se voulant un messager du temps qui passe, mais également un "divertisseur".

Sonia Ouadhi le 23/03/2009 pour MusicActu

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Comment définirais-tu cet opus, "L'Arme de paix", car les influences sont assez variées. C'est assez indescriptible...
Justement c'est ce que j'aime : pouvoir trouver des choses qu'on ne peut pas définir tout de suite. J'ai essayé de créer un disque qui soit indescriptible dans les premières écoutes, c'est-à-dire qu'il y a tellement d'inspirations qu'on ne peut pas l'étiqueter. J'ai mis tout ce qui m'a fait et ce que m'a apporté le précédent disque de jazz ("Lipopette Bar", ndlr) au niveau de l'éducation musicale. Pour moi, cela a été le point final de mon éducation musicale. Sur ce disque indescriptible, j'ai réussi à mettre tout moi-même, sans obstacle, sans artifice. C'est peut-être pour ça que ce n'est pas facile à cerner, car je ne pense pas l'être.

Donc, l'album avec les Jazzbastards était en quelque sorte un tournant dans ta carrière, musicalement et personnellement ?
Disons l'entrée de virage parce que le précédent disque, "Lipopette Bar", était intermédiaire, dans le sens où c'était un moment où j'étais en pleine créativité, mais je ne ressentais pas la bonne opportunité de sortir un disque. J'aurais été certain qu'il n'aurait pas été bien accueilli. J'ai donc préféré prendre le risque de faire un disque inattendu comme "Lipopette Bar" pour m'exercer, pour me surprendre et pour découvrir quelque chose à cette époque où, pour être motivé, c'est un peu difficile dans le contexte.

Pourquoi as-tu appelé cet opus "L'Arme de paix" ?
C'est la démarche principale du disque : aujourd'hui j'arrive à cinq disques et j'ai exploré une bonne partie de mon spectre. Récemment, ces dernières années, j'ai pris conscience de l'intérêt que pouvait avoir le fait de communiquer avec son public. J'ai pris conscience de la manière dont je comptais pour le public. Et dans ce disque-là, après avoir épuisé tous mes discours, tous mes concepts, je me suis dit 'pourquoi ne pas faire un disque pour tous ces gens qui m'envoient des messages sympathiques sur Internet ?'. "L'Arme de paix" est la démarche, parce qu'aujourd'hui rien n'est marrant, absolument rien ! Dans notre boulot de divertisseurs que nous sommes, je me suis dit que le mieux que l'on puisse faire aujourd'hui est d'apporter un peu de mieux, un peu de bien. Et donc, lorsque j'ai écrit chaque mot de ce disque, je me suis dit qu'il fallait que chaque phrase puisse apporter quelque chose à l'auditeur, en plus de la musique qui a été soignée au maximum par les musiciens qui m'entourent. Il y a eu le boulot musical, qui était destiné à soulager et à apporter uniquement du bien, et le niveau textuel, qui était destiné à faire réfléchir et à apporter du plaisir. C'est pour ça que je parle d'arme de paix ; dans la notion d'appel à la paix, il y a cette urgence qui nous tombe dessus à chaque coupure de journal, à chaque émission de télé. Comprenez que c'est en voyant les choses avec un petit peu de positivité que cela peut s'améliorer. C'est une démarche que je demande à chacun de faire.

Justement, lorsque l'on te voit verser une larme sur la pochette du disque, on se dit qu'on va pleurer durant toute l'écoute...
A cette époque, dès qu'on voit une larme, on pense tout de suite à quelque chose de négatif alors qu'il y a quelques rares personnes qui ont la chance de pleurer de joie. Si j'ai gardé un visage assez inexpressif sur la pochette, et bien j'ai tout concentré sur la larme et sur la question que cela pose, car une larme fait beaucoup plus réfléchir qu'un sourire ou une grimace. En même temps, avec "L'arme de paix", il y a cette question que l'on pose et surtout cette notion de temps, très importante. Dans l'urgence d'appel à la paix, il y a l'évidence que ce n'est pas un temps infini que l'on a devant soit pour réagir. J'ai beaucoup aimé les réactions à la pochette, car chacun à son point de vue : beaucoup se demandent si c'est triste, mais la mélancolie pour moi n'est pas toujours de la tristesse, il y en a dans l'album, mais toujours teintée de positivité. Et il y en a qui demandent : "pourquoi tu pleures ? Et c'est ça qui est intéressant : pourquoi je pleure ? Donc, aucunement il s'agit de tristesse.

Penses-tu justement que dans la musique urbaine actuelle, il n'y a pas assez de messages, ou qu'ils se perdent ?
Dans les musiques urbaines d'aujourd'hui, je pense que le message ne doit plus être le principal. Le rap est né du hip-hop mais également d'une volonté d'espoir. Il a commencé par décrire les conditions de l'environnement de l'artiste. Forcément, quand l'horizon n'est pas très beau, les textes ne peuvent pas être roses. C'est quelque chose aujourd'hui, pour moi, qui ne s'est pas perdue mais qui devait disparaître un peu pour enlever l'étiquette de cette musique urbaine, qui, comme toutes les musiques, doit être divertissante. Ce qui s'est passé avec la musique urbaine, est que, longtemps, quand des artistes sont arrivés avec des textes purement musicaux et divertissants, on le leur a reproché à cause de cette étiquette de messagers. Je préfère donc me détacher de cette étiquette de message. Un message, c'est bien de le lâcher, mais il faut quelqu'un pour le recevoir et c'est là le principal souci. Pour moi, dès qu'un artiste prend le micro ou le stylo, c'est pour délivrer un message vu qu'il communique des paroles.

Te considères-tu vraiment comme un rappeur étant donné que tu explores plusieurs univers musicaux ?
Je me considère comme un artiste dans le sens où je crée et que mon principal souci est de créer quelque chose de nouveau, que ce soit par la musique, l'écriture ou l'expression corporelle dans la mesure de mes moyens. Aujourd'hui, le problème du terme "rappeur" est qu'il est victime de toutes les casseroles qui traînent et de toutes les images et les préjugés que l'on s'en fait. Pour moi, c'est minimisant.

Comment as-tu travaillé sur cet opus ?
J'ai travaillé sur cet opus d'une manière dont je n'ai jamais travaillé sur un disque, l'expérience aidant, j'ai déjà sorti cinq disques. Il y a eu trois ans d'écriture sur ce disque, dont j'ai commencé la réalisation avant même d'entrer en studio pour "Lipopette Bar" et un an de studio et de composition et recomposition. La particularité de ce disque fut l'acharnement, c'est-à-dire que l'on ne s'est arrêté de travailler uniquement lorsqu'on avait le consensus de toute l'équipe. Si tout le monde était content sauf une personne, nous retournions en studio pour écrire et pour recomposer. C'est de la répétition, de la fatigue, c'est beaucoup de patience, mais c'est à la hauteur de la satisfaction que j'éprouve à la sortie de mon disque, à l'écoute et même sur scène.

Tu parles beaucoup de la notion du temps sur cet album. C'est quelque chose qui t'obsède ?
Sur cet album, la thématique principale est le temps. Pourquoi ? Parce que le temps est ce que l'on a de plus important. Je suis obsédé par le temps parce que je suis obsédé par la vie qui passe, je suis obsédé par cette chose qui se terminera un jour. Et la notion de temps fait appel à quelque chose que l'on oublie. La notion de temps, pour moi, à l'échelle humaine, est un début et une fin. Ce qui compte est tout ce qui passe entre les deux et, quelques fois, on oublie la fin. Forcément, on n'a pas conscience de ce qui se passe entre les deux. C'est comme ça qu'on perd son temps et qu'on perd tout. Si on n'a pas de temps, on ne profite pas de sa famille, on ne vit pas. C'est quelque chose qui est négligé à tort. Le temps est tout ce qui nous définit, on a peu de temps à passer sur Terre. C'est pour cela que "L'arme de paix" est une démarche ultime parce que je ne sais pas combien de temps il me reste à vivre. Tous les gens d'un certain âge te diront qu'ils n'ont pas vu la vie passer, c'est quelque chose qui m'a marqué très jeune. Aujourd'hui, je la vois passer et cela m'inquiète. Mais j'en profite quand même.

Justement, tu en parles dans le premier extrait de l'album, "365 jours"...
Ce morceau a été le point de départ de l'album. C'est le premier morceau que j'ai écrit et c'était sur la notion du temps, cette conception qui diffère d'une personne à une autre alors qu'on partage tous ce temps et que la montre tourne au même rythme pour tout le monde. Pourtant, c'est ce qui fait la différence de l'âge, dans la manière de voir les choses et au point où on en est dans notre vie. Malgré tout, il y a ce proverbe qui dit : "mieux vaut tard que jamais", auquel je ne crois pas. Quand il est trop tard, c'est trop tard. J'attache une importance au fait qu'il y a des choses qui doivent se passer au bon moment, parce que la vie est faite de cycles. Lorsque l'on rate un de ces moments-là, on se retrouve en retard ou trop tôt et on se retrouve avec une vie bouleversée, qu'on ne comprend plus. Pour moi, "365 jours" cristallise tous ces problèmes et ces erreurs de perception que l'on peut avoir avec le temps. Pour moi, ce morceau est un recadrage : trois minutes de chanson où tout le monde est sur la même échelle de temps. Pour moi, c'est un sujet qui est assez peu développé dans la chanson et qui est pourtant beaucoup plus important que l'amour et tout le reste !

Peux-tu me parler du clip ?
Le clip a été laborieux parce que tout le monde avait son idée. Mettre en image le temps est quelque chose d'assez acrobatique parce qu'on peut facilement se tromper sur un sujet aussi évident. Il y avait des idées d'horloge, de costumes, beaucoup d'idées formidables, mais, pour moi, ça tournait beaucoup trop autour du temps et pas sur le temps en lui-même. Quand la réalisatrice est arrivée avec cette idée très simple de voyage en terre inconnue, avec un mélange de saisons, je me suis dit : "comment va-t-elle mettre ça en images ?" C'est une vision très simple en fait : de l'eau qui s'écoule, de la neige, du vert, ce sont des choses que l'on a oubliées, avec lesquelles on s'est coupé dans notre monde occidental, où on est dépassé par le Blackberry ! Pour moi, c'était revenir à la nature, à l'essence de l'homme, que de risquer un clip comme celui-ci. Il est aux antipodes de ce qu'on attend d'un artiste urbain. J'étais le premier surpris du clip ! Et ça s'est passé dans un pays que j'invite le public à deviner, mais c'est un pays où j'étais moi-même surpris du décor.

Tu as également un duo avec la chanteuse Olivia Ruiz sur le morceau "Sur la route d'Amsterdam"...
Ah oui, un duo, un brio avec Olivia Ruiz ! C'est un morceau qui est une réadaptation d'un morceau de Jacques, Jacques B alias Jacques Brel, un artiste sur qui je pourrais écrire des litres et des litres d'encre. J'ai fait cette réadaptation d'"Amsterdam", qui diffère de la vision que l'on pouvait avoir de la ville à l'époque. C'est un morceau qui est intéressant car il évoque les motivations pour aller dans cette ville rouge. J'avais rencontré Olivia à l'occasion des Eurockéennes, durant un concert qui avait été organisé avec des artistes de tous horizons ; c'était super et c'était la première fois que je la rencontrais. C'est là que j'ai découvert le charme scénique, la voix et puis surtout l'entente que l'on a eu presque immédiatement. En plein studio sur l'album, j'avais cette chanson qui s'appelait "Les unes et les autres", sur laquelle j'avais besoin d'une voix féminine, elle correspondait parfaitement. Et puis, un jour de rigolade, nous avons maquetté guitare-voix "Amsterdam" et, tout d'un coup, le studio est devenu une fête. Je me suis dit qu'il manquait la voix d'Edith Piaf dessus ; nous avons alors appelé Olivia Ruiz. Nous avons mis trois mois pour pouvoir nous retrouver en studio et faire ce morceau en un après-midi. C'était à la hauteur de ce que l'on peut entendre sur le disque. C'était festif.

Avec quel autre artiste rêves-tu de collaborer ?
Je ne rêve pas spécialement de collaborer avec un autre artiste parce que, lorsque j'apprécie un artiste, c'est dans toute son entièreté et pas forcément en travaillant avec lui. D'ailleurs, quand je vois un artiste qui m'épate, je ne me dis pas : 'il faut que je fasse quelque chose avec lui'. Je suis plus dans la recherche d'éléments organiques, d'un grain de voix, de quelque chose qui puisse toucher, de ce qui manque pour que le morceau prenne toute son ampleur, mais je ne cherche pas un artiste en particulier. Je suis plus dans la rencontre quand l'occasion s'y prête, mais quelques fois, il y a une grande différence entre l'oeuvre de l'artiste et l'artiste même. Ce sont des surprises que je préfère éviter quelques fois (rires) !

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