Kery James : "on voulait des thèmes forts"
Un an à peine après "A l'ombre du show-business", le rappeur est déjà de retour avec "Réel", opus ancré dans l'actualité récente. Il revient sur la genèse de ce disque, sa collaboration avec Médine et la tournée présente et à venir.
En règle générale, entre deux albums, je laisse toujours trois à quatre ans. Là, avec "A l'ombre du show-business", qui m'a permis de me réinstaller et qui a eu un certain succès, on voulait marquer le coup assez rapidement et faire une mixtape tout de suite après la sortie de l'album. Je me suis rendu compte que j'avais une même exigence artistique sur cette mixtape que sur un album alors on a décidé de faire en album en définitive. Il a été enregistré dans un espace d'un an, ce qui a ses avantages et ses inconvénients. On a vraiment un album qui parle de faits de société, d'évènements récents et c'est pour cela qu'il s'appelle "Réel".
Peux-tu nous parler de ce premier single, fort, "Le retour du rap français" ?
C'est un morceau qui a pour vocation de placer le rap dans sa fonction première : revendiquer et contester. Avec la professionnalisation de notre musique, à un moment donné, on a perdu, moi le premier, une part de notre spontanéité, on fait plus de calculs car c'est devenu un métier pour nous. Il y a eu un succès dans tout le côté "racailleux", qui a pris le dessus ; les vrais textes avec des thèmes forts ont peu à peu disparu. Le clip a été réalisé par Leïla Sy, avec qui je travaille depuis "A l'ombre du show-business", et qui a fait les vidéos de "Banlieusards", "Le Combat continue" et "Je représente".
Il y aussi le duo "Le prix de la vérité" avec Médine...
Cette collaboration m'a presque été imposée par mon public, elle était vraiment attendue. On a appris à se connaître en jouant sur scène tous les deux lors de nos tournées respectives. J'attendais de trouver le morceau qui nous correspondait. J'étais persuadé qu'il fallait que l'on soit à la hauteur de cette attente et que les gens nous attendraient sur quelque chose de lent et moralisateur. On a plutôt fait quelque chose de plus agressif, plus rythmé. Il fait partie de ces rares gens qui ont un charisme fort et qui pouvaient apporter quelque chose à mon album.
"Au pays des droits de l'homme" et "Avec le coeur et la raison" sont également des titres forts...
Je voulais un album plus contestataire que "A l'ombre du show-business" et déjà "Banlieusards" était le morceau le plus révolutionnaire de mon répertoire. On voulait parler de thèmes forts, de choses qui dérangent à propos de l'actualité et ne pas rester uniquement sur nous-mêmes.
Avec "Paro", tu vas instaurer une nouvelle expression en France !
C'est une expression que l'on utilise dans le 94 et plus spécifiquement avec les membres de la Mafia K'1 Fry. C'est justement Jessy Money qui l'a ramenée. Selon le contexte, elle a plusieurs sens. Par exemple, on peut dire de quelqu'un qui parle peu qu'il est "paro" ou au contraire de quelqu'un qui parle beaucoup qu'il l'est également. J'ai voulu lancer cette expression dans la France entière.
Comment se passe la tournée actuelle et quelle est la suite ?
On a fait une tournée presque pleine jusque-là et j'ai senti un réel désir des gens de me supporter. Depuis quelques mois, on a commencé à jouer "Le retour du rap français" dans le show de "A l'ombre du show-business". Maintenant que l'album est sorti, on va faire un show qui mélange les deux albums et on va gagner en densité, avec un show de deux heures.
Que penses-tu du rap français actuel et peux-tu revenir sur ton refus de te rendre aux Victoires de la musique ?
En ce qui concerne le rap français, je suis content qu'il y ait des artistes comme Médine ou encore Keny Arkana. Ils me font réfléchir et ils m'interpellent. Après, il y a une dérive "racailleuse" qui est dans le fantasme, à laquelle je n'adhère pas du tout. On n'est pas dans une dictature mais je me sens obligé de m'opposer à ce genre de musique. En ce qui concerne les Victoires de la musique, j'ai refusé d'y aller car j'estime qu'il y a un système de votes qui favorise les maisons de disques les plus puissantes. Je ne voulais pas crédibiliser une cérémonie qui n'est pas une victoire de la musique mais de la puissance financière. En plus, il n'y a toujours pas de catégorie rap, avec le nombre de disques que l'on vend, elle pourrait exister et elle devrait être votée par des gens qui connaissent cette musique.
Quel regard portes-tu sur le téléchargement, toi qui communiques beaucoup avec tes fans via ton blog ?
On a mis cet outil dans les mains des gens, en période de crise, on ne peut pas leur reprocher de l'utiliser. J'essaie de sensibiliser mon public et de dialoguer avec lui sur mes blogs, et qu'il souhaite que je continue à faire mon métier, je lui dis qu'il doit continuer à acheter mes albums. Mais je ne peux pas lui reprocher de télécharger.





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