Laurent Garnier nous conte ses histoires
Le célèbre DJ français revient sur le devant de la scène avec l'album "Tales Of A Kleptomaniac". Quatre ans après "The Cloud Making Machine", il propose des morceaux taillés pour les pistes de danse.
Je n'ai pas attendu quatre ans, j'ai fait un autre album entre les deux, qui est passé complètement inaperçu. Il y a deux ans, j'ai sorti un album live intitulé "Public Outburst", qui était le résultat de ce que j'avais fait sur scène avec mes musiciens. J'ai également continué à tourner en tant que DJ. Entre temps, j'ai composé de la musique pour des chorégraphes tels que Pietragalla. J'ai fait beaucoup de choses. De toute façon, je n'aime pas être trop présent et je n'ai pas envie de ressortir un album tout de suite. Il y a quatre ans, j'ai sorti "The Cloud Making Machine" et j'ai eu besoin de le digérer. La production prend aussi du temps, il faut ensuite finaliser les mixes et choisir le tracklisting. Tout cela a été très long. Je n'ai donc pas abandonné les gens pendant quatre ans, j'ai bossé comme un dingue !
Ton album s'intitule donc "Tales Of A Kleptomaniac". Pourquoi ce titre ?
Le titre de l'album vient d'un constat : je suis DJ depuis une vingtaine d'années et ce métier consiste à jouer la musique des autres pour raconter sa propre histoire. Il ne faut quand même pas oublier que le DJ utilise la musique des autres pour se mettre en scène et cela représente quand même un gros boulot de cleptomane ! Je ne connais aucun musicien qui ne s'inspire pas de quelqu'un d'autre. Qu'est-ce qu'un musicien, un peintre ou un sculpteur ? Ce sont des gens qui s'inspirent de la vie pour faire leur art. J'ai ensuite choisi le mot "tales" qui signifie "le conte". Si j'avais choisi le titre "The Story Of A Kleptomaniac", cela aurait sonné plus dur, car la cleptomanie est une vraie pathologie. J'ai donc voulu lui donner un côté plus "fairy tales", car le cleptomane n'est pas forcément mauvais.
Il y a diverses influences. Quelles ont été tes inspirations ?
Tout m'inspire. Je suis un 'musicholic', un alcoolique de la musique. Elle est ma vie ! Toutes les musiques m'inspirent, car je suis quelqu'un de très ouvert. Cependant sur cet album, je pense avoir été inspiré par la musique noire, que cela soit le funk, la soul, le jazz, le blues, ou encore la techno. Au début, cette musique était noire, car elle est née dans les ghettos de Detroit. Historiquement, la techno vient d'un mélange des genres de l'électro, qui est le nerf central du hip-hop et de la techno. Sur cet album, je peux dire sans crainte que la musique noire m'a inspiré.
Comment as-tu travaillé sur cet opus ?
Ce disque est l'essai transformé de mon précédent album live. Ce dernier a été le résultat de rencontres et de moments qui se sont passés sur scène, où je me suis dit que je pouvais aller beaucoup plus loin dans la composition de ma musique. Je voulais utiliser la capacité d'improvisation de mes musiciens. J'ai travaillé sur des trames, des squelettes bien charnus et j'ai fait appel à mes musiciens lorsqu'il me manquait des éléments. Je leur demandais alors de travailler sur une section de cuivres ou un solo de piano. Ils improvisaient tout le temps et je les laissais faire jusqu'au moment où ils trouvaient la bonne phrase. Ce travail s'est apparenté à un jam sur scène, même si je retravaillais les séquences.
Le premier single est "Gnanmankoudji". Que signifie ce mot ?
Il signifie jus de gingembre en africain. J'ai commencé ce morceau après avoir vu "The Last King Of Scotland" ("Le dernier roi d'Ecosse", en français, NDLR), un film avec le comédien Forest Whitaker. Il y a notamment un passage où il se retrouve dans une fête et, à ce moment dans le film, il y a un morceau très rythmé sur lequel des femmes africaines dansent. Cela m'a donné envie de faire un titre à l'esprit africain, bien roots, avec des sections de cuivres. J'avais déjà fait un morceau de ce style, qui est sorti en Allemagne l'année dernière, intitulé "Back To My Roots", mais ici, j'avais envie d'aller plus loin. La première version de "Gnanmankoudji" n'est pas sur l'album, elle est seulement présente sur le maxi. C'est une version très 'broken-beat' à partir de laquelle j'ai fait un remix qui est devenu la version de l'album. Lorsque j'ai fini le morceau, j'ai cherché un titre et cela n'a pas été évident ! Avec mon équipe, nous cherchions des mots et mon associé m'a dit que "gnanmankoudji" signifiait jus de gingembre ! Ce mot était parfait, car il est difficilement prononçable, le morceau va un peu dans tous les sens et il respire la vie.
Pour le clip de ce morceau, tu as décidé de faire appel aux internautes. Quel a été le résultat final ?
Pour l'instant, j'ai quelques petites choses, mais rien de transcendant ! J'avais une idée de base : cet album est un retour aux racines pour moi, c'est-à-dire un retour sur les pistes de danse. Mon dernier album était très cérébral, celui-ci est plus joyeux et dansant. Avec mon associé Eric, nous avons décidé d'organiser un concours. J'en avais déjà organisé pas mal, dont un de remixes sur le précédent opus. J'avais envie de faire travailler les gens, car j'aime leur donner la chance d'être un peu créatif. Nous avons fait un 'edit' du morceau et nous avons demandé aux internautes de le télécharger afin de réaliser un clip sur le thème de la danse. Je ne sais pas si le fait d'avoir dirigé un peu le clip n'a pas été une erreur. Nous aurions dû les laisser plus libres, cela aurait peut-être été plus intéressant. J'ai tout de même eu des propositions intéressantes, mais rien de complètement surprenant. Il y a eu des propositions très drôles, notamment un internaute qui m'a fait mourir de rire. Il a envoyé la vidéo d'un couple dansant dans une cuisine et elle était très drôle (rires) ! Cependant, les autres propositions consistaient en des images d'archives placées les unes après les autres et cela a déjà été vu !
Cela fait déjà une vingtaine d'années que tu sévis sur la scène électro. Quel bilan pourrais-tu tirer de toutes ces années ?
Au départ, les gens étaient persuadés que cette musique n'allait jamais survivre et, vingt ans plus tard, elle encore bien là ! Cette musique est dans tous les festivals, comme le festival jazz de Montreux, ou encore les Eurockéennes. Cette musique existe vraiment, elle est acceptée et explose, car la scène électro est sans cesse en train de se renouveler. La scène française est actuellement en train d'exploser. Je trouve cela très rassurant et toujours très excitant que cette musique soit toujours pertinente au bout de 20 ans, ce qui n'est pas forcément vrai pour tous les autres styles. Bizarrement, l'électro s'est toujours renouvelée, car elle vient d'un mélange de beaucoup de choses, elle est donc plus apte à se renouveler que d'autres styles musicaux.
Justement as-tu des anecdotes aux cours de ta carrière à nous faire partager ?
Au cours de ma carrière, les fans m'ont offert des cadeaux insolites comme des cailloux ou des icônes. A un moment au Japon, tout le monde m'offrait des mangas de cul, j'avais dû dire que j'aimais les films de cul. Cela s'est finalement calmé ! Tu sais, je tourne et je fais beaucoup de shows la nuit depuis 20 ans et j'ai vu pas mal de choses. J'ai vu une nana se faire flinguer, j'ai vu des choses horribles et d'autres sublimes. Un jour, je me suis retrouvé dans une salle où des mômes ont organisé une soirée avec leur téléphone portable. C'était le jour de mon anniversaire et tout le monde a arrêté la musique pour chanter "joyeux anniversaire". Ce moment était très beau ! J'ai été d'un extrême à l'autre.
Quels sont tes projets pour la suite ?
Je prépare l'adaptation cinématographique de mon livre, "Electrochoc", sorti il y a cinq ans. Le tournage débute en 2010 et le film sortira l'année suivante. Il devrait s'intituler "Electrochoc, la face B". J'ai également beaucoup de lives jusqu'au mois de décembre. Je vais rester en Europe jusqu'en septembre, puis j'irai aux Etats-Unis, au Canada, au Brésil, ou encore en Australie. Je travaille aussi sur un nouveau spectacle pour le Bolshoï, qui verra le jour au mois de septembre 2010. J'ai une heure et demie de musique à composer ! Après la tournée live, je pense continuer en tant que DJ. Il y a encore pas mal de choses à faire. Je n'ai pas fini, je ne suis pas prêt de m'arrêter !






Déconnexion

