Phoenix redéploie ses ailes...
Le plus anglais des groupes français revient avec "Wolfgang Amadeus Phoenix", nouvel opus en forme de retour aux sources pour les Versaillais. Thomas (chant) et Christian (guitare) reviennent sur la genèse de ce disque, le clip du single "Lisztomania" et la tournée à venir.
Christian: Cet album, on l'a fait en un an et demi. On a loué plusieurs lieux comme une péniche sur le bord de la Tour Eiffel, le studio de notre ami Philippe Zdar de Cassius... On a décidé de prendre notre temps et de s'inspirer de lieux très parisiens, sans se donner de limite artistique.
Thomas: On était prêt à rester le temps qu'il fallait en studio, ce n'était pas un problème pour nous. S'il avait fallu rester quatre à cinq ans dessus, on l'aurait fait. On voulait que cet album soit plus futuriste que les autres et plus sophistiqué. On s'attendait donc à ce truc abyssal, ce maelström qui allait nous pourrir la vie pendant quelque temps. Philippe Zdar nous a aidés à terminer plus vite ce disque. Mais au final, nous avons mis près de deux ans, ce qui est une bonne tranche de vie, certains pourront trouver ça long...
Cet opus rappelle en certains points "United", votre premier album...
Thomas: C'est tout à fait vrai. Déjà Philippe Zdar a mixé et co-produit les deux. Mais ce disque est aussi plus fou que les autres, il va un peu dans tous les sens. On est parti dans des endroits où l'on ne pensait pas aller, notamment avec un morceau comme "Like A Sunset", qui est beaucoup plus barré que ce que l'on faisait avant. On voulait vraiment aller vers l'inconnu, c'est ce que l'on cherche à chaque fois, on repart de zéro, on essaie de réapprendre à faire de la musique. On a tout détruit pour reconstruire. C'est peut-être pour cela qu'il ressemble au premier album, il a ce côté spontané, ce son de la première prise.
Comment vous est venu ce titre, "Wolfgang Amadeus Phoenix" ?
Christian: C'est Thomas qui en a eu l'idée, il nous l'a proposé et on était obligé de l'accepter, c'était un peu comme un cadeau (rires). On voulait quelque chose de frontal, de choquant. Jusque-là, nos titres étaient posés, élégants et nous avons eu envie de quelque chose de plus sale, d'enfantin. On prend quelque chose d'iconique et on le détruit d'une certaine manière.
Thomas: On a grandi à Versailles et on est donc sous le poids de l'histoire, dans une logique où tout ce qui est beau appartient au passé. C'était une façon de remettre en cause un peu tout cela. On aurait pu prendre le tee-shirt du Che Guevara ou Frida Kahlo, c'est comme mettre une moustache à La Joconde, c'est le même esprit. Et justement, la pochette est l'oeuvre de Branco, le frère de Christian. On voulait un truc iconique qui flirte avec le mauvais goût. On a pensé à plein de choses : au jaune d'oeuf, au majeur levé, l'insulte nous plaisait bien...
Vous avez mis "1901" en téléchargement gratuit sur votre site, comment vous placez-vous au niveau d'Internet et de ses possibilités ?
Christian : D'habitude, il y toujours un délai de deux ou trois mois, après l'enregistrement de l'album avant que le premier single ne sorte. Là, on en avait un peu marre et on s'est dit : on va le donner gratuitement comme ça.
Thomas: Et c'est donc devenu un single par le succès qu'il a rencontré grâce aux internautes, mais à la base il n'était pas prévu pour être un single. "Lisztomania" est le véritable premier single et a son propre clip. Pour "1901", on trouvait plus pur et plus beau qu'il n'ait que des clips réalisés par des fans. Ce qui est génial aujourd'hui, c'est que la musique a complètement changé. Il n'y a plus vraiment de single, chaque morceau peut avoir son clip et son public potentiel, cela nous plaît vachement.
Quelle est justement l'histoire autour du clip de "Lisztomania" ?
Thomas: L'idée du clip est venue de Christian, qui a dîné avec Antoine Amadeus Wagner, qui est, peut-être le petit-petit-petit-petit-fils de Liszt et de Wagner. Il se trouve qu'il a les clés de la ville de Bayreuth, en Allemagne, où se trouve l'opéra de Wagner et le lieu de résidence et de mort de Franz Liszt. On a voulu juste faire un film de vacances et visiter ces endroits avec lui. Cela nous plaisait bien cette idée d'esprit commando qui partait shooter un film à l'arrache, à Bayreuth, qui est un lieu pas si éloigné que ça au final de Versailles. C'est la même atmosphère, le même univers, il y a un code vestimentaire assez strict. On ne s'y sentait pas si mal finalement (rires).
Comment allez-vous transposer ce disque en live ?
Christian: On va aller jouer en Europe et aux Etats-Unis. On est super excité de le jouer en live. Notre studio d'enregistrement était à côté de La Cigale et on voyait les bus arriver avec les groupes, on avait une jalousie extrême et l'envie de partir nous aussi. Cet album, on l'a fait en pensant et en fantasmant sur des live.
On a l'impression que Phoenix est plus aimé et reconnu à l'étranger qu'en France, le ressentez-vous ?
Christian: Pas forcément, non. La tournée française sur notre dernier album, était, je pense, notre meilleure tournée. On a joué à L'Olympia, c'était fabuleux. Tout se passe bien et j'ai l'impression que les gens aiment bien notre musique (rires). C'est que l'on marche aussi à l'étranger, mais j'ai l'impression que c'est plus une fausse idée au final.
Thomas: Je vois un peu ce que tu veux dire mais on aime trop le côté amateur et indépendant, pour devenir plus gros et changer notre image. Après on est considéré comme un peu exotique à l'étranger, aux Etats-Unis, les gens sont vachement attirés. Quand tu es français, tu as fait la moitié du chemin, c'est triste mais c'est comme ça. Donc, c'est peut-être une explication à tout cela, mais bon on aime trop la côté amateur dans la musique, tout faire nous-mêmes. On ne changera rien pour avoir une autre image, c'est un truc que l'on aura toujours, je pense.





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