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Y.A.S. : "quelque chose a tilté dans la tête de Mirwais"

Après des collaborations avec Madonna ou encore Daniel Darc, le producteur français Mirwais copine avec Y.A.S. La chanteuse libanaise arrive sur le devant de la scène dans un style électro-pop arabe, avec son premier album : "Aräbology". Rencontre avec la nouvelle sensation du moment.

Sonia Ouadhi le 03/08/2009 pour MusicActu

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Tu es très peu connue du grand public. Peux-tu te présenter et nous raconter tes débuts dans la musique ?
Je m'appelle Yasmine Hamdan. J'ai commencé à faire de la musique en 1998-1999 avec un groupe que j'avais, au Liban, qui s'appelait Soap Kills. Nous proposions un genre d'électro trip-hop acoustique en arabe. J'ai tourné pendant des années avec ce projet dans la région, en France et un peu en Europe. Nous avons ensuite sorti localement des cd. Nous étions assez underground et nous faisions nous-mêmes presque tout : du pressage de cd aux enregistrements, clips et pochettes, etc. Petit à petit, nous nous sommes construit une identité, car le groupe était un peu pionnier de ce genre de musique dans la région et dans le pays (le Liban, NDLR). Je suis ensuite venue en France en 2001 pour suivre des études de psychologie à la fac. Je travaillais également avec un agent en France. Finalement, en 2004-2005, nous avons arrêté le groupe et j'ai commencé à travailler sur de nouvelles maquettes. Je cherchais à proposer un projet en arabe à un producteur ou à un musicien, en France.

Sur ce projet, tu as travaillé avec Mirwais. Comment s'est déroulée cette collaboration ?
Je l'ai rencontré par hasard, via mon copain qui est réalisateur et qui avait utilisé un des titres de Mirwais dans son film. La rencontre s'est passée à un concert de Madonna. Mon ami lui avait déjà fait écouter ma voix et il avait aimé. Mirwais m'a branchée avec des gens pour que j'essaie des collaborations, mais cela n'avançait pas trop. De son côté, il venait de finir son projet avec Madonna. Nous nous sommes finalement revus, je lui ai parlé de ce que j'avais envie de faire et je lui ai donné mes maquettes. Quelque chose a "tilté" dans sa tête et il a senti que cela pouvait être intéressant de participer à un projet en arabe. Nous n'avons pas essayé de fusionner nos univers, mais nous les avons croisés dans cet album.

Comment décrirais-tu cet album musicalement ?
C'est la rencontre avec Mirwais qui donne l'originalité de ce projet. Pour moi, c'est de l'électro-pop arabe.

N'as-tu pas été tentée d'utiliser l'anglais pour cet opus, peut-être pour "t'internationaliser" ?
Il y a le premier single, "Get It Right", qui est un mélange d'anglais et d'arabe, mais cela s'est fait d'une manière très naturelle et non intentionnelle. Je chante en arabe car cela est naturel pour moi. Je suis arabe, j'écoute de la musique arabe et j'ai envie de chanter en arabe. Cette langue m'est familière, mais à la fois pas tout à fait car j'ai vécu dans plusieurs pays. J'injecte donc un peu de ce monde dans d'autres univers. Je peux aussi chanter en anglais et en français, mais c'est un choix. Je sens que ma voix est plus belle en arabe, je sais interpréter et écrire les chansons beaucoup mieux en arabe que dans une autre langue. Pour moi, cela se passe au niveau de l'émotion.

Comment as-tu travaillé sur ce projet, notamment pour les textes ?
Je suis partie de certaines de mes maquettes, je les ai retravaillées pour les donner à Mirwais. Il m'avait présenté Abdel Abrit, qui est aujourd'hui mon directeur musical, mon batteur et qui est avec moi sur scène. Nous avons travaillé ensemble sur les maquettes pour les présenter à Mirwais, notamment la composition. Il y a d'autres titres que j'ai travaillés un peu en ping-pong avec Mirwais. Il me donnait un instrumental pour que j'en fasse quelque chose qui me ressemble. J'ai également retravaillé quelques mélodies. En composant ces chansons, j'avais deux choses en tête : je voulais que les gens du monde arabe puissent s'identifier à cette musique, mais aussi ceux qui allaient le recevoir d'une manière plus abstraite au niveau de l'émotion et de la musicalité de la langue, du rythme, ou de la structure du morceau. Avec toutes ces contraintes, j'ai écrit les textes. Ce sont souvent des situations que j'ai imaginées avec des personnages qui se parlent et à qui je fais dire des choses mais de manière détournée, par de l'humour, des connotations sexuelles, politiques, ironiques. Sur scène, c'est un plaisir pour moi d'interpréter parce que j'imagine des situations. C'est pour cela que je ne suis pas forcément intimidée de chanter devant des gens qui ne parlent pas l'arabe ou qui ne comprendront pas du tout ce que je raconte. Je cherche le moyen de faire passer l'émotion et la mélodie différemment. La langue n'est pas une barrière, on peut passer au-delà.

Peux-tu me parler du premier single extrait de l'album, "Get It Right" ?
"Get It Right" est né au studio. Mirwais m'a dit qu'il pensait à une chanson qu'il avait proposée à Madonna. Elle ne s'est pas faite et il a eu une idée derrière. Il m'a demandé de trouver un refrain en arabe et il m'a donné quelques directives. Je voulais trouver quelque chose de très simple, de rythmé, qui aille avec l'anglais et qui ait relativement un sens. Le refrain est abstrait : je fais un calcul mental, à la fin j'arrive au chiffre 12 et en dialecte palestinien je dis : "qu'est-ce que vous êtes mignons tous les douze". Cela peut-être beaucoup de choses : cela peut avoir une connotation politique, ou encore sexuelle. Pour moi, c'est ludique et léger.

Tu as tourné le clip en Egypte...
Oui, nous avons tourné le clip avec Stéphane Sednaoui en Egypte. C'était super. Nous avions fait un autre clip sur le titre précédent, "Yas Pop", dans lequel Mirwais et moi sommes sur la lune : une femme arabe et un Afghan sur la lune, c'est un cauchemar ! (rires). Stéphane a repris l'idée dans ce nouveau clip où il filme Le Caire : nous sommes en 2017, une fusée arabe va sur la lune et il y a un sentiment de fête. On me voit sur ma moto et je vais aller danser dans des vêtements assez 'fashion'. En collaborant avec Mirwais, nous nous étions mis d'accord depuis le début sur le fait de sortir de l'exotisme et ne pas du tout être classé "world", "musique du monde". Il ne suffit pas de parler en arabe pour être classé "musique du monde", c'est très restrictif. Il fallait vraiment gagner ce pari et des gens comme Stéphane Sedanoui, Jean-Baptiste Mondino, qui nous a pris en photo, ou encore notre styliste, Leïla Smara, nous ont compris et aidé à sortir de la "world". Nous avons essayé de ne pas trop donner le choix, il fallait donc que nous ayons un réel contrôle sur l'image.

As-tu un morceau préféré sur cet opus, qui te touche particulièrement ?
Chaque titre a une histoire particulière. Il y a des titres pour lesquels cela a été laborieux, où j'ai galéré. Il y en a d'autres pour lesquels cela a été plus facile. J'ai fait aussi beaucoup d'expérimentations avec les titres, les instrus. Parfois, j'avais des instrus de Mirwais et il fallait que je trouve le bon ton, le dialecte qui aille avec la mélodie et le rythme qui aille avec l'instrumental. Il y a un titre que j'aime beaucoup car j'ai toujours voulu le chanter. Il est très difficile, c'est une chanson traditionnelle irakienne, "Mahi". J'ai passé des mois à enregistrer chez moi cette chanson folklorique. J'enregistrais par bribes, je travaille souvent comme cela. J'essaie souvent de créer des reliefs avec les mots dans l'interprétation et dans l'émotion. J'ai pris beaucoup de plaisir à enregistrer ce titre encore et encore et à l'écouter, à le retravailler. J'adore la manière dont Mirwais a travaillé l'instru, qui est devenu un truc complètement électro-pop un peu années 80, mais sublime ! Je n'aurais jamais imaginé que ce titre devienne comme cela. Mirwais a bossé pendant deux à trois ans sur les titres sans comprendre les mots, sans vraiment avoir les traductions par écrit, il procédait donc vraiment par instinct. Il y avait une marge de liberté que nous avions tous les deux.

Quels sont tes autres projets ?
Je vais rester focalisée à fond sur cet album, car je vais le défendre jusqu'au bout. Il y aura ensuite un autre album avec Mirwais ou d'autres personnes. A côté de cela, j'ai des envies. J'expérimente des choses avec la langue arabe, avec des artistes, ça me nourrit. Je suis actuellement sur un projet avec une danseuse. Je viens également de collaborer avec mon copain, Elia Suleiman, qui a réalisé le film "The Time That Remains", qui sort en salle le 12 août. J'étais consultante musicale sur son film. J'essaie de faire différentes choses au fil des rencontres. J'ai également très envie de faire de la scène.

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