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Jean-Louis Murat : "A Nashville, tout est fait pour la musique"

Embarqué à Nashville, berceau de la musique country, Jean-Louis Murat délaisse quelque peu son Auvergne natale pour réaliser un rêve de gosse. Rencontre avec l'un des derniers artistes et poètes français en marge d'un système qu'il s'évertue à décrier.

Guillaume Torrent le 28/09/2009 pour MusicActu

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Lire l'interview complète :

Chaque année sort un nouvel album de Jean-Louis Murat, est-ce un besoin d'être aussi prolifique ?
Ce n'est pas un besoin, c'est une nécessité. Si je n'écris pas de chansons, je m'emmerde, ce n'est pas plus compliqué que ça. Vivre aussi, c'est savoir se désennuyer et pour moi ma façon de me désennuyer, c'est d'écrire des chansons. C'est de l'ordre de l'intime tout ça, je ne me dis pas : "Tiens, je vais sortir un disque !". Le dernier, je ne peux même pas dire quand il est sorti... Je ne fonctionne pas en terme de mois ou d'années, ce n'est pas une volonté délibérée. Ce serait complètement idiot dans ce cas.

Pourquoi êtes-vous parti à Nashville pour enregistrer ce disque ?
Je pense que c'est le dernier lieu où on travaille encore comme dans les années 1970. Les musiciens sont tout à fait exceptionnels et les studios aussi. Ce n'est pas une légende, j'y allais un peu sans trop d'illusion. Je me suis retrouvé là-bas, un peu bluffé par la haute tenue des studios. C'était vraiment un plaisir du coup. Je n'ai qu'une hâte, c'est d'y retourner, c'était vraiment extra !

L'amour et le sexe sont encore très présents sur cet album, est-ce une obsession chez vous ?
Qui connaît mieux que l'amour comme thème... La question qui se pose à nous, c'est d'être heureux et cela passe par l'amour et les relations avec les autres. Mes chansons tournent autour de ces thèmes là : l'affection, le désir, l'envie, le plaisir... Je ne vois pas ce que je pourrais chanter d'autre. C'est aussi une façon de parler de la mort, du temps qui passe... 99% des chansons ne parlent que de cela et si on traduit des chansons arabes, africaines ou andalouses, on retrouve cela. La chanson est là pour sublimer les choses simples de la vie. Les problèmes fondamentaux sont liés à l'amour, qu'on en ait trop ou pas assez. On peut toujours faire des chansons sur les sciences, les techniques ou la mécanique quantique, mais je ne pense pas que ce serait très intéressant.

Pouvez-vous nous parler du single qui ouvre l'album, "Comme un incendie" ?
C'est une chanson comme une autre mais j'ai plus d'affection pour celle-là. Je l'ai chantée plusieurs fois sur scène. C'est tout à fait moi, je revendique chaque mot de A à Z. Si on me demandait : "En 2009, qu'est-ce que tu penses ?", il me suffirait de photocopier le texte de cette chanson. C'est tout ce que je pense profondément. Le cours ordinaire des choses me va comme un incendie, je me retiens, je suis à peu près d'accord avec rien. Rien ne me va.

Comment composez-vous vos chansons, avez-vous des rituels ?
Il n'y a pas de journées types. Parfois, c'est le matin, l'après-midi ou le soir. Avant d'être papa, j'avais peut-être des habitudes. Mais je suis avant tout père avant d'être auteur-compositeur. Leur intérêt passe avant. Donc en gros, je travaille quand ils dorment. Je travaille souvent la nuit alors qu'avant je détestais cela.

Que pensez-vous de l'importance donnée au texte en France ?
Je crois que c'est une sorte de malédiction et qu'il faut faire avec. Les gens jugent beaucoup la chanson sur le texte. Je pense beaucoup que le rock français n'a jamais existé. Notre langue connote les choses et si on chante du rock en français, d'un seul coup, cela devient de la chanson française. Notre langue ne porte pas, c'est plutôt une langue de la réflexion. Rythmiquement, elle ne porte pas. Alors le rock le plus effréné devient ainsi de la chanson française. Je fais de mon côté des chansons un peu lourdes et je n'arrive pas à faire des trucs légers. Il y a une musique que j'aime et une langue qui est la mienne, j'essaie de mélanger les deux mais ce n'est pas l'idéal. On fait avec, je ne me vois pas chanter en anglais mais je comprends ceux qui ont envie de le faire.

Comment comptez-vous transposer cet album sur scène ?
Je ne l'envisage pas, c'est une affaire économique la scène. Si j'en vends suffisamment je pourrais monter sur scène avec les musiciens de Nashville. C'est trivial mais c'est la réalité. Si je tourne seul, c'est pour des raisons économiques. J'aimerais beaucoup remplir des Zénith ou Bercy mais ce n'est pas le cas. Si tout se passe bien, je partirai en tournée avec les musiciens de Nashville, sinon je resterai chez moi ou j'irai donner quelques petits concerts, seul, avec ma guitare. C'est la réalité de la chanson française et de la crise. La vérité des choses, c'est bon pour la santé alors je dis des choses triviales mais j'aime cela. Je suis toujours stupéfait d'entendre des chanteurs qui, comme ils vendent quatre fois moins de disques, ne sont pas sûrs de remplir Bercy, alors ils disent qu'ils vont jouer dans des petites salles, qu'ils en ont marre des grandes salles et qu'ils vont jouer trois soirs au Bataclan. C'est de la fumisterie tout ça, ce n'est pas terrible...

Vous avez souvent dénoncé Internet, qu'en est-il aujourd'hui ?
Toutes les nouvelles technologies sont dangereuses. Depuis la nuit des temps, on a vu les méfaits qu'elles avaient pu avoir, malgré les avancées qu'elles offrent. Je pense que tous les acteurs du secteur doivent se dresser contre cela. Car ce qui nous guette c'est de l'amateurisme. La phrase clé sera : "Quel est ton job à côté ?". Les auteurs, artistes, écrivains, journalistes... Ils devront avoir un emploi en plus de leur activité initiale. Moi le "job à côté", je n'ai jamais pu et je pense qu'il faut lutter contre cette forme d'amateurisme qui approche. Par exemple, la Renaissance italienne, c'est le triomphe des professionnels et non des amateurs. La civilisation qui avance, c'est avec des professionnels. Internet, c'est la civilisation qui recule dans un certain sens.

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