Interviews

K.Maro : "La crédibilité, je n'en ai rien à foutre !"

Alors qu'il ne revient dans les bacs qu'en janvier 2010, le rappeur était de passage à Paris pour donner un avant-goût d'un projet radicalement différent de ses précédents albums.

Sonia Ouadhi le 05/10/2009 pour MusicActu

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Lire l'interview complète :

Pourquoi avoir choisi de dévoiler aussi peu d'informations sur ton prochain album ?
Le processus de cet album est long, surtout la phase finale, c'est-à-dire le mix, le choix des titres et le mastering. Ces étapes vont prendre du temps, c'est pour cela que nous préférons ne pas nous prononcer rapidement et laisser les choses se faire normalement. Nous avons voulu dévoiler un premier titre, "Elektric", que l'on a mis sur le web pour les internautes. Ce titre résume bien l'univers et la couleur de l'album. Il était donc important pour nous de le sortir bien avant l'album, tout d'abord pour nous laisser le temps de le finir et ensuite afin de pouvoir commencer à prévenir le public et leur faire découvrir mon nouvel univers. Le fait d'avoir un retour des fans via le web, nous permet aussi d'avoir un avis assez tôt dans le processus. En ce qui concerne le titre de l'album, il n'est pas complètement fixé, mais j'ai ma petite idée.

Cet album aura donc des influences électro ?
Oui, la couleur de l'album sera relativement semblable au single. Nous avons poussé les mélanges des années 80, de la funk, la disco, la musique électronique, et aussi des influences dance. Il y a un peu toutes ces influences mélangées à la musique urbaine à laquelle nous avons déjà habitué notre public. L'aperçu est "Elektric", mais aussi le prochain single qui va prochainement sortir en radio, ainsi que le reste de l'album.

Pourquoi t'es-tu dirigé vers des influences dance ?
C'est une tendance aujourd'hui, cela serait donc stupide de ne pas la tester. Cependant, il faut le faire à sa sauce et être absolument capable d'arriver à ce mélange un peu comme l'ont fait d'autres artistes comme les Black Eyed Peas. Nous ne nous sommes pas influencés d'artistes en particulier, mais de beaucoup de sonorités qui vont de Kool and the Gang, à Muse, Justice, Daft Punk et Kanye West. Tout le monde essaie de faire de l'électro en ce moment, mais pour que cela fonctionne réellement, il faut avoir la bonne démarche.

Peut-on qualifier cet opus de tournant dans ta carrière ?
C'est un changement, sinon je ne l'aurais pas fait. Je n'ai pas sorti d'album depuis quatre ans, j'avais donc vraiment besoin de ce genre d'approche pour m'inspirer à nouveau et me donner envie de refaire un album en français. J'avais donc réellement envie de faire autre chose, d'essayer de nouvelles façons d'être créatif musicalement et d'arriver à quelque chose qui n'avait pas encore été fait auparavant. Forcément, c'est un changement et beaucoup de gens l'ont remarqué sur "Elektric". Nous regardons les commentaires et toutes les interventions sur nos blogs afin de savoir comment les fans réagissent. Nous sommes très enthousiastes pour la suite, car les gens ont vraiment compris le changement de direction et ils semblent apprécier. Nous espérons donc que cela va se traduire sur le reste de l'album.

Parlons à présent des thèmes de ton album. Que pourra retrouver le public ?
Les thèmes seront très différents. Contrairement aux précédents projets, l'inspiration des thèmes et des textes est venue après l'univers musical. Le gros challenge était d'abord de créer cet univers musical dans lequel j'allais pouvoir m'inspirer. Dans cet album en général, il y a beaucoup de messages d'espoir pour les jeunes qui ont envie de réussir leurs projets, ou leurs études. J'évoque le fait de ne pas nécessairement abandonner et j'ai peut-être pris mon rôle de 'success story' un peu plus au sérieux que je ne l'ai fait jusqu'à présent. Je parle également de l'industrie de la musique aujourd'hui, de ce nuage noir qui plane au-dessus des artistes et de la musique. J 'évoque aussi le recul que j'ai pris par rapport à ma carrière et mes trois albums en France. C'est assez éclectique, tout en restant up -tempo et positif.

Tu parlais du recul par rapport à tes précédents albums, si tu avais un bilan à dresser, lequel serait-il ?
Je pense que le bilan est très positif. J'ai surtout appris énormément avec tout ce qui s'est passé autour de moi avec ces trois premiers albums. J'ai encore même parfois des difficultés à mesurer tout ce qui a pu se passer autour de mes albums et autour du succès que j'ai eu ici, notamment toute la polémique que cela a provoqué en raison du clash entre ma culture très nord-américaine et la culture française. J'ai mis du temps à comprendre ce buzz qu'il y avait tout le temps autour de moi dès qu'on prononçait mon nom. Il y avait toujours ce débat autour de moi. C'est assez curieux, car il a beaucoup d'artistes qui font de la musique, il n'y en a qui aime ou pas, mais il n'y a pas tout ce buzz autour d'eux ! Avec un peu de recul, on finit par comprendre ce clash de culture. Moi-même, je suis devenu un hybride entre la culture française et américaine. Cependant, nous nous sommes beaucoup amusés et j'ai aussi quand même pas mal profité du succès.

As-tu peur justement de revivre toutes ces critiques avec ce nouvel opus ?
Je pense avoir montré que j'étais un garçon qui en n'avait rien à foutre des critiques. Je pense l'avoir prouvé à maintes et maintes reprises et je continuerais encore à le faire. Chacun à la droit de penser ce qu'il veut d'un artiste ou de ce qu'il fait, c'est quelque chose de très personnel. Cela ne m'a jamais empêché de faire ce que je voulais. Si je suis en train de faire de mon quatrième album aujourd'hui, c'est bien parce que cela ne m'a pas affecté, et surtout n'a pas affecté mon public ou mon succès. Les critiques constructives ont forcément servi à améliorer mon univers musical, mais celles peu constructives sont être liées à la jalousie, au fait d'être aigri, ou à l'envie de chier sur tout le monde.

Les rappeurs remettaient en cause ta crédibilité...
Oui, mais qu'ils la gardent leur crédibilité ! J'en n'ai rien à foutre ! Aujourd'hui, ma crédibilité est d'être capable d'évoluer dans mon univers, de faire des chansons et d'agrandir mon univers musical. Ce sont toujours les mêmes sujets à la con qui reviennent quand on nous pose des questions, à savoir si c'est important d'être crédible ou pas. Je pense qu'il vaut mieux poser cette question aux rappeurs. Je crois avoir exprimé assez de fois que je m'en foutais catégoriquement d'une soi-disante "street-credibility". Pour moi, la crédibilité est de démarrer un projet, de l'amener au bout et de le réussir, d'en faire un autre, et ainsi de suite. L'important est de peser en tant qu'être humain et pas nécessairement d'avoir une réussite matérielle. S'il y a cela en plus, cela ne fait que fermer des gueules ! A un moment, cela me rend assez agressif de constater que des jeunes subissent cette influence et savent en démarrant leur carrière qu'ils doivent rester crédibles ! Il faut rester fidèle à ce que tu as envie de faire. Si tu refuse d'élargir tes horizons et de proposer un titre plus 'mainstream' pour être diffusé en radio, voilà la crédibilité ! Mais ce n'est certainement pas aux autres de savoir si oui ou non tu as perdu ta crédibilité ! Je laisse ce discours aux rappeurs. A mon avis, ils perdent beaucoup de temps.

Tu as changé les sonorités de ton album, mais tu as également changé ta manière de travailler. On retrouve notamment de l'auto-tune...
L'auto-tune fait partie de toute cette mouvance électro. Il y en a beaucoup qui l'utilise d'une façon qui ne fait pas honneur à ce procédé. C'est un procédé qui est simple, mais qui n'est pas facile à appliquer ! Ce n'est qu'une petite formule à allumer, mais qui demande beaucoup de traitements. Certains n'ont pas compris ça ! Ils sont allés sur internet, ont cherché comment faire de l'auto-tune et l'ont utilisé, mais c'est assez dérangeant à l'oreille. J'ai quand même essayé de le faire en suivant le modèle américain, mais j'en n'ai pas abusé. Il y en a sur quelques backs, des harmonies et sur quelques refrains, mais je n'ai pas fait un album d'auto-tune.

Y-aura-t-il des collaborations sur ce projet ?
Shym' sera sur l'album avec d'autres artistes du label, mais il n'y a pas eu de rencontres magiques durant l'enregistrement. Je n'ai pas nécessairement au l'envie de faire un chèque de 50 000 euros à quelqu'un simplement pour sa présence. Les collaborations de cet album sont celles de vrais artistes qui m'entourent. Je n'aime pas les occasions provoquées.

As-tu des rêves de collaborations ?
Oui. Chantal Goya, mais elle n'a pas retourné mon appel ! Je vais donc peut-être la solliciter pour un prochain album. Je rêve également de collaborer avec Jay-Z, mais lui non plus n'a pas retourné mon appel !

Quels sont tes projets pour la suite ?
De nouveaux artistes vont paraître sur Kapone (NDLR, son label), entre autres, Odessa Thornhill, que l'on peut entendre sur le dernier single de Shym', "Step Back". C'est une artiste de soul-folk américaine avec un talent assez rarissime. Nous avons également Virginie Comings, qui est également une artiste super talentueuse que l'on peut entendre sur mes singles, dont "Let's Go". Et pour finir, le nouvel album de Shym' qui sortira l'année prochaine.

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