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Shakira : "J'ai écrit 'She Wolf' en à peu près dix minutes"

Trois ans après "Oral Fixation", Shakira fait son grand retour avec "She Wolf". Pour ce projet, la belle a décidé de sortir ses griffes et dévoiler son instinct animal sur des morceaux taillés pour les pistes de danse.

Sonia Ouadhi le 19/10/2009 pour MusicActu

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Apprécies-tu ton séjour à Paris ?
Oh mon dieu, c'est la plus belle ville du monde ! On ne peut rien dire à ce sujet (rires). C'est un lieu extraordinaire, j'adore être ici. Le mois dernier, j'ai passé une vingtaine de jours à Paris pour finir mon album et choisir quelques-uns des mixes. J'ai choisi Paris pour le faire car je sentais mériter être dans un lieu agréable pour travailler encore un peu plus longtemps.

Tu as expérimenté beaucoup de choses sur ce nouvel opus. Tu as notamment travaillé avec différents producteurs et tu proposes un nouveau son...
Cet album est très électronique, très dance et rythmé. Je voulais un album avec lequel les gens puissent s'amuser et oublier les problèmes et l'économie. C'est un challenge difficile, je le sais, mais si je peux réussir cela au moins durant une seconde sur une piste de danse, j'aurais accompli ma mission et me sentirais très comblée en tant qu'artiste. L'objectif principal était de faire un album avec lequel je pouvais m'amuser et avec lequel les gens pouvaient également s'amuser. J'ai cependant conservé la fusion de certains éléments du folklore de différents pays à travers le monde. Tu peux t'apercevoir que dans ce disque, même s'il est très électronique, tu as toujours les différentes influences de pays tels que l'Inde, une partie du Moyen-Orient, mon propre pays, la Colombie, ou encore la Jamaïque avec le dancehall.

As-tu été influencée par des artistes en particulier ?
Je voulais un album qui ait une fondation solide, je voulais plus de basses que sur mes précédents opus. J'ai toujours produit mes albums du point de vue d'une parolière, et, cette fois, je voulais vraiment prêter attention aux sonorités. C'était mon objectif principal. J'ai ensuite écouté des groupes comme Crystal Castles, qui m'ont ouvert l'esprit à la musique électro d'aujourd'hui. J'ai aussi fait mes propres recherches. J'ai toujours écouté les musiques du monde, comme la musique indienne, du Moyen-Orient, la musique colombienne et jamaïquaine.

Ce nouveau style a-t-il également été influencé par tes collaborations ?
Bien sûr ! Toutes les personnes que tu rencontres dans la vie t'influencent d'une certaine manière. Les collaborations sont intéressantes, car tu apprends toujours quelque chose des personnes avec lesquelles tu travailles. Il y a eu une grande synergie avec Pharrell Williams, il est très talentueux. Il est si rapide en studio et je suis si lente... Cela a donc été un bon échange de méthodes. Ça a également été super de travailler avec Wyclef Jean. Wyclef est l'une de mes personnes préférées au monde. Il est juste un gars extraordinaire. Nous avons tellement de points communs. Il vient aussi des Caraïbes, d'un pays en voie de développement, et il a, comme moi, vu beaucoup de choses. Nous entretenons vraiment une super amitié et travailler avec lui a été comme toujours vraiment marrant. Nous avons fait quelque chose de complètement différent de "Hips Don't Lie". Le titre s'appelle "Spy".

Tu as eu énormément de succès avec tes deux albums précédents. Cela a-t-il été difficile pour toi de te réinventer ?
Je pense que je m'ennuierais si je devais répéter les mêmes formules encore et encore. Le pire qui puisse m'arriver est que je décide d'essayer de m'imiter ou d'imiter les choses que j'ai réalisées dans le passé. Ce qui me permet d'être toujours intéressée et excitée par ce que je fais est la possibilité de trouver de nouveaux chemins et d'explorer de nouveaux univers. Cette fois, j'ai donc décidé d'être un peu plus tournée vers l'électronique, car je pense que ce style a beaucoup à nous offrir. Ce qui se passe actuellement dans le monde de l'électro est très stimulant. J'ai donc voulu un peu y goûter et poursuivre mes propres recherches à travers mes paroles et la fusion des sonorités.

Ressens-tu à présent plus de pression en écrivant ?
Il n'y a rien de plus effrayant que de rester devant une toile vierge quand tu n'as encore rien décidé. Tu ne peux pas prévoir la destination finale d'un projet créatif, tu ne sais jamais où tu vas finir. C'est donc effrayant au début, mais également à la fin (rires). Maintenant que mon album est sorti, je ressens l'adrénaline. Je suis excitée, mais à la fois angoissée, car j'espère vraiment que mon public va l'approuver et l'aimer autant que moi. J'ai toujours l'impression de repartir de zéro, comme si je n'avais rien réalisé. Pour tous les nouveaux projets, je ne regarde pas en arrière, je ne regarde pas les choses que j'ai accomplies dans le passé. Je sens simplement que le futur est tout ce qui existe devant moi ! C'est plutôt terrifiant, mais en même temps je suis prête à y aller et à mettre les voiles ! J'ai travaillé sur cet album durant une année entière dans le studio d'enregistrement. J'ai écrit à peu près soixante chansons. Je les ai arrangées, produites, comme un savant fou dans son propre environnement, dans son laboratoire ! J'étais plutôt retirée et j'y ai consacré mon corps et mon âme, ma chair et mes os. Tout a été mis dans cet album. Je suis donc vraiment heureuse d'être de nouveau ici, sur la route pour trouver et rencontrer de nouveau le public et partager mon travail avec lui.

Est-ce vrai que tu étais parfois en studio durant 12 heures consécutives ?
Oh oui ! C'est ce que je fais habituellement (rires). Je suis comme une étoile filante, je fais une apparition tous les quatre ans ! Je prends beaucoup de temps entre les albums car je fais de longues tournées et j'aime également prendre mon temps en studio et y passer de longues heures. Parfois, j'enregistre trente versions d'une même chanson ! Je peux donc continuer jusqu'à ce que l'on m'arrête. Je ne sais pas m'arrêter (rires) ! Je suis restée une année entière en studio à travailler sans m'arrêter à un tel point que cela m'a fait réaliser que je voulais en sortir. J'ai donc appelé mon manager pour lui dire : "Je suis prête pour le faire, fais-moi sortir de là !".

Dans le clip de ton single "She Wolf", tu révèles un côté un peu plus animal. Peux-tu m'éclairer à ce sujet ?
Je pense que nous avons tous une part en nous que nous cachons du reste du monde. Une part qui est plus basique, instinctive, animale et primitive ! Ces dernières années, je pense avoir été plus à l'écoute de mes désirs subconscients les plus profonds. Je me sens d'une certaine manière un peu plus libre et, par conséquent, plus heureuse. Je me sens un petit plus individualiste. J'ai acquis une certaine liberté pour m'exprimer à travers ma musique, mes clips, à travers ma propre vie. Tout d'abord, cet album a été écrit, je pense, avec moins de prudence, mais aussi d'un point de vue très féminin. Cela doit être dû au fait que j'ai grandi. Je me sens à présent plus femme et aussi plus consciente de cet autre aspect de ma nature, qui est un peu plus brute et sauvage. Je l'ai juste laissé sortir afin qu'il puisse respirer ! Je me sens propriétaire de ma propre vie, de mes propres décisions. A présent, je demande à la petite Shakira ce qu'elle veut ! J'essaie de satisfaire ma petite voix intérieure. Notre culture nous offre tellement d'opportunités, forme nos vies et nos personnalités, mais, en même temps, elle peut parfois nous mettre des barrières et étriquer nos esprits. Notre société nous impose tellement de limites, pas seulement aux femmes mais à chacun de nous, mais cette vie est si brève ! Nous nous imposons pourtant tellement de règles et de limites que nous passons notre temps à construire des cages et à y rester piégés. Pour être heureux, nous devons échapper à tout cela.

Dans le clip de "She Wolf", tu bouges comme personne, tu fais même des contorsions. Quel est ton secret ?
Plus jeune, j'ai fait de la gymnastique, je pense donc avoir gardé une certaine souplesse. J'ai souhaité montrer une nouvelle facette dans ma façon de bouger et de danser. Je voulais découvrir de nouveaux mouvements et c'est ce que la chanson m'a inspirée. Je ne suis pas une professionnelle de la danse du ventre. J'ai grandi dans un pays où il y a de très nombreuses influences. Il y a une culture africaine très présente au sein de la culture colombienne. Je suis également à moitié Libanaise et je suppose que c'est dans mon ADN. J'exécute des mouvements issus de la danse du ventre, mais je ne suis pas une professionnelle. Je ne suis pas une danseuse professionnelle. J'avais donc l'habitude de mettre une pièce sur mon ventre et j'essayais de la faire rouler et sauter autant de fois que je le pouvais et je suppose que c'est comme cela que j'ai l'estomac très souple. N'essaie pas cela chez toi, surtout si tu viens de manger un repas assez lourd. Je ne le recommande pas (rires) !

Tu explores de nouveaux pas de danse, tu as également changé de look...
Je ne fais jamais appel à des conseillers lorsqu'il s'agit de mon look ! Tout au long de ma carrière, j'ai été très honnête. Tout ce que je fais ou j'écris est ce que je ressens. C'est quelque chose qui vient de moi, c'est spontané. Cette fois, je me suis dit que je n'avais jamais montré mes jambes. Elles sont pas mal, peut-être un peu petites, mais elle m'emmènent où je veux (rires). Il y a dix ans, je n'aurais peut-être pas exposé mes jambes. Cela doit être dû au fait que tu grandis et que tu as plus confiance en toi. Quand tu grandis, tu commences à t'accepter et à t'aimer.

Revenons à ton single "She Wolf". Peux-tu me parler de son adaptation en espagnol, "Loba" ?
Lorsque j'ai commencé à écrire en anglais, je pouvais à peine parler la langue. Je ne sais même pas comment j'ai fait, c'était un miracle ! Avec le temps, j'ai appris beaucoup de la langue anglaise, notamment en terme de composition et d'écriture. Cela a été pour moi un super challenge intellectuel, mais, à présent, c'est plus naturel. J'écris parfois en anglais sans même y penser et sans le prévoir, parfois en espagnol. Dans le cas de "She Wolf", je l'ai écrite tout d'abord en anglais. Par exemple, j'ai écrit tout le premier couplet et le premier refrain, la mélodie et les paroles en même temps, en à peu près dix minutes. Ensuite, j'ai dû travailler sur l'adaptation espagnole. Il n'y a pas de règle : parfois certaines chansons te viennent en anglais, d'autres en espagnol. Parfois, il y a des chansons qui ne te permettent pas de les adapter. Elles ne veulent pas exister dans une autre langue !

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