Kool Shen : "Le rap ressemble à la jeunesse d'aujourd'hui"
De retour seul, sans son complice JoeyStarr, Kool Shen, la quarantaine passée, fait sa "Crise de conscience", évoque le rap d'aujourd'hui et l'évolution de la société depuis une vingtaine d'années, sans oublier de donner des nouvelles de NTM, qui devrait refaire parler de lui en 2010.
"J'reviens" est le premier single qui annonce ton retour, tout cela était-il préparé depuis longtemps ?
Déjà, j'avais annoncé que j'arrêtais après mon album "Dernier round", paru en 2004. A l'époque, je faisais de la prod avec mon label IV My People et cela me prenait énormément de temps. J'ai donc décidé de mettre ma carrière artistique entre parenthèses. Il se trouve que pour des raisons économiques, le label s'est arrêté en 2006, j'ai donc recommencé à écrire à ce moment-là. Voilà, donc le premier single s'appelle "J'reviens", featuring JoeyStarr, car je trouve que la prod lui correspondait bien. Le morceau parle notamment de lui, donc je trouvais assez naturel de l'inviter. On venait juste de refaire Bercy avec NTM, donc ça tombait bien.
Le titre "Crise de conscience" annonce-t-il un album défaitiste, voire résolument sombre ?
En général, les gens disent que l'album est plutôt sombre. Il correspond surtout à une réalité que je me fais du monde qui m'entoure. Et c'est pour ces raisons que je suis revenu. Depuis 2004, des choses se sont passées dans ma vie, j'ai eu un enfant. Des choses se sont également passées autour de moi, au niveau social, politique... Le titre de l'album est un jeu de mots avec "prise de conscience ", car on espère tous que ce qu'ils font aujourd'hui, les réunions avec le G20, vont aboutir à quelque chose. On est dans un état de crise et quand les spécialistes viennent à la télévision nous parler des problèmes climatiques ou géopolitiques, on se rend compte que cela va être compliqué de vivre ensemble de la meilleure manière si on continue comme ça. D'ailleurs, il y a un morceau, "Grandeur et décadence", qui nous projette en 2030 et qui explique ce que le monde pourrait être si tout ça se confirmait.
Avec qui as-tu travaillé sur ce disque ?
A la prod, j'ai fait appel à Ko et Pedro, qui viennent de Grenoble. Ils m'ont proposé une centaine de sons afin d'en garder qu'une douzaine à l'arrivée. Ils sont super productifs. Une chose est différente aujourd'hui : je n'ai pas travaillé avec des samples. Avec eux, tout est joué : les guitares, les basses, les claviers... Ils ont supervisé 80% de l'album, au niveau de la réalisation également. Pour les featurings, j'ai fait appel à l'entourage, des gens de IV My People comme Salif. JoeyStarr, cela me faisait vraiment plaisir de faire un morceau avec lui. Jimmy Sissoko, je le connais depuis vingt ans, à l'époque où on était plus danseurs que rappeurs. Enfin, il y a Blacko, qui est le plus éloigné de mon cercle. Quand il ouvre la bouche, j'ai directement les poils qui se hérissent, sa voix est unique.
"J'reviens" n'a-t-il pas des relents de "le rap, c'était mieux avant !" ?
C'est juste un ego-trip et une façon de revenir aussi. On fait croire que l'on est le meilleur même si ce n'est pas forcément vrai. Avec NTM, quand on revenait, les premiers singles que l'on balançait étaient "Seine-Saint-Denis Style" ou "Back dans les bacs", des morceaux qui ne racontaient pas grand chose mais qui expliquaient qu'on était les meilleurs. Il ne faut pas y voir plus que ça avec "J'reviens". Concernant le côté réac', ce n'est pas du tout ça. Je ne fais pas du tout partie de ces gens qui disent que le rap était mieux avant. Quand je suis arrivé dans la musique, les plus vieux qui disaient cela m'énervaient un peu. J'ai plus l'impression que le rap actuel ressemble à sa jeunesse. Dans les années 80-90, l'état d'esprit n'était pas le même, il y avait encore une certaine utopie. Malgré la virulence de NTM, on essayait de mettre en avant un esprit de "vivre ensemble" pour modifier la société dans laquelle on évoluait. Cela n'as pas marché au final. Les jeunes ont grandi dans la société individualiste que l'on a créée malgré nous.
Justement, ces jeunes, tu les as vu lors de la reformation de NTM. Qu'as-tu ressenti ?
Je ne vais pas te cacher que cela m'a fait plaisir. Je me demandais quand même comment ils sont arrivés là. Des jeunes de 15 ou 16 ans... Je pense que leur frère ou leur père les ont emmenés voir NTM ! Quelque part, ça veut dire qu'on a traversé les générations et que notre musique touche toujours les gens, même si je trouve que nos titres sont plutôt des "oldies". Je reste quand même surpris quand je vois des jeunes écouter nos morceaux, je me dis : "comment ont-ils pu tomber dessus ?"
Avec le titre "La France Hallucine ", tu dresses un constat d'échec social...
Oui, oui, on peut dire ça. On en parlait déjà dans "Le Monde de Demain" où l'on disait que si on ne faisait rien, la situation allait empirer. De toute façon, maintenant, je ne sais pas vraiment si tout ça peut changer... C'est beaucoup plus difficile aujourd'hui, l'euro a mis pas mal de gens dans la merde...
Quant à "C'est bouillant", il représente l'état d'esprit d'une certaine jeunesse ?
J'avais envie d'un petit coup de frais dans l'album. J'ai fait appel à Salif sur ce morceau. Il est fait de punch-lines qui expliquent qu'en 2009, ça c'est bouillant, ça c'est bouillant... Par exemple, ne te prétend pas sportif si tu prends des produits, ça c'est bouillant. Arrêter l'école à 14 ans aujourd'hui, ça c'est plutôt bouillant. Ce sont des séries de phrases qui sont un peu des clichés, ce n'est pas la plus grand morceau du disque, mais c'est quelque chose de léger.
Tu prépares ton retour sur scène ?
Oui, je suis déjà en train de réfléchir à ça. Cela devrait être aux alentours de février. Puis l'été prochain, je compte bien refaire les festivals que l'on n'a pas pu faire l'été dernier avec Joey.
NTM a-t-il un avenir en dehors de la scène ?
Quand on s'est reformé, c'était pour faire du live. On l'a fait et c'était au-delà de nos espérances. On ne pensait pas faire cinq Bercy et une tournée complète. J'espère donc bien revenir l'été prochain avec Joey, mais les projets discographiques avec NTM ne sont pas à l'ordre du jour. Moi, j'ai mon album qui sort et lui je sais qu'il prépare le sien pour 2010. Un album ensemble ? On n'en parle pas en tout cas.





Déconnexion
