Corneille : "Cet album crie la scène"
Corneille revient au français après une escapade anglophone. Si son nouvel opus est baptisé "Sans titre", le futur papa, qui a travaillé à partir des textes de son épouse, n'a pas pour autant manqué d'inspiration. Bien au contraire...
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Qu'as-tu fait pendant ces quelques années durant lesquelles tu étais moins présente en France ?
Depuis la sortie de mon deuxième album, "Les Marchands de Rêves", en 2005 - cela fait déjà quatre ans quand j'y pense - j'ai fait un disque en anglais et j'ai pris une bonne pause. J'ai eu le temps de me ressourcer et de me retrouver. J'ai aussi assuré la promotion de mon album en anglais aux Etats-Unis et, bien évidemment, j'ai élaboré ce nouvel album, "Sans titre".
Ne ressens-tu pas une forte attente du public après tes succès précédents ?
Ce serait mentir de dire qu'il n'y a pas une certaine appréhension. Cela fait quatre ans que je n'ai pas sorti de disque en France. Finalement, toute mon aventure d'auteur-compositeur-interprète, qui part en tournée, a été concrétisée par le public français. Tout a débuté ici, j'ai entretenu avec la France un lien privilégié dès le premier album. Tout s'était enchaîné très vite entre les deux albums. Là, c'est vraiment la première fois que je m'accorde une telle pause. Mais il n'y a pas cette même forme de pression qui suivait la sortie de "Parce qu'on vient de loin", qui avait connu un grand succès. J'étais fébrile et anxieux, ce n'est pas le cas aujourd'hui. Je suis un peu plus relâché, j'ai eu le temps de prendre le pouls de la vie et de me poser. J'ai eu un plaisir fou à faire ce disque et j'ai hâte de voir si ce sentiment va être partagé avec mon public.
Comment s'est déroulée l'écriture de ce disque et pourquoi l'avoir baptisé "Sans titre" ?
Je n'étais pas du tout méthodique auparavant, j'avais un thème en tête ou une mélodie que j'allais chercher dans un tiroir... C'était vraiment désordonné. Il y a deux ans, j'ai travaillé avec mon épouse Sofia sur son album, qu'elle a écrit en anglais. Elle me donnait un texte et, à la lecture de chaque phrase, venait me voir avec une mélodie. J'ai eu un déclic et j'ai trouvé que c'était une manière de me donner encore plus de liberté pour la recherche de sons et de mélodies. J'ai tellement apprécié cette méthode que je l'ai appliquée sur cet album "Sans titre". Elle est donc venue avec des textes et, encore une fois, cela n'a pas manqué, à la lecture de chaque phrase, j'avais une musique qui me venait tout de suite en tête. L'album est né comme ça, chanson après chanson. Quand il a fallu choisir un titre à l'album, j'ai trouvé que cet exercice était ennuyeux et je n'ai pas eu envie de le faire. Trouver une accroche qui résumait bien l'ensemble était difficile, et, quand il n'y pas d'inspiration, il vaut mieux ne pas le faire. Je l'ai appelé "Sans titre" pour toutes ces raisons.
La collaboration avec ton épouse t'a-t-elle permis de plus te livrer ?
Oui, justement, elle ne m'a pas bridé du tout. Les thèmes sont peut-être à caractère plus intime que par le passé. J'ai pu aller plus en profondeur. Toutes ces chansons sont nées dans un cadre où régnait beaucoup de confiance. Jusqu'à présent, j'ai eu du mal à partager ma musique, mais, cette fois-ci, pas du tout. En laissant entrer des idées, on enrichit son univers et cela n'a rien enlevé au caractère autobiographique de ma musique. Évidemment, les thèmes que je traite suivent l'évolution de ma vie sur les quatre dernières années. J'ai des choses à dire sur l'amour, sur le monde, sur les relations hommes/femmes. Tout ça est fortement influencé par la relation très forte que je vis avec mon épouse. Je pense que c'est assez palpable sur cet album.
Peux-tu nous parler du premier single, "En attendant", et de son clip fait "à la maison" ?
Il a été écrit dans la première phase de réalisation de l'album et je n'arrivais pas à trouver une mélodie qui collait au texte. Vers la fin de l'album, j'ai réussi à lui trouver une mélodie. Il pouvait à la base avoir des résonances "obamesques" : "brisons les barrières ethniques et sociales...". Il a été écrit justement alors que l'on suivait la campagne électorale américaine. On s'est alors posé beaucoup de questions sur l'identité et sur le fait d'être une minorité visible dans un pays donné. C'est après cette discussion que la chanson est née. Ce titre rejette donc un peu cette idée que l'on doit à tout prix s'unir autour d'une communauté, d'une couleur ou d'une identité ethnique, car les règles changent. Les cultures s'entremêlent, il n'y a plus d'identité... J'avais justement envie de dire, en tant qu'artiste "black", que je suis avant tout un homme et une artiste plutôt qu'un africain. La couleur de ma peau importe peu. Ce qui compte, ce sont les choix que nous faisons. Pour le clip, encore une fois, c'est une démarche d'aller à contre-courant, du fait que si je suis un artiste de tel statut, alors je devrais obligatoirement faire un clip d'une manière imposée par des critères définis. J'avais envie d'un clip dans l'esprit de l'album. Je trouvais ce petit clin d'oeil de "home made video" intéressant et je suis impatient de voir comment il sera perçu par le public. Il y a également une version plus conventionnelle. Il est intéressant de voir comment ces titres se complètent.
Un morceau dénote par son thème et sa construction : "Ma comédie"...
Je voulais parler de mes six dernières années durant lesquelles je suis passé de l'anonymat à la notoriété. J'ai pu le faire car j'ai justement pris un break par rapport à cette vie-là. Je me suis rendu compte qu'il y avait définitivement beaucoup d'illusions et que le rapport avec le public pouvait être parfois dénaturé sous prétexte que l'on appartient à une autre catégorie de gens. En tant qu'artiste, si l'on n'est pas équipé psychologiquement, on peut s'y perdre et passer complètement à côté des choses vraies de la vie. Ce titre exprime le désir que j'ai eu de vouloir me couper de tout ça à un moment donné de ma carrière. Je me suis rendu compte que cela peut s'appliquer à tout le monde : on joue un jeu quelque part à chaque fois dans sa vie de tous les jours, mais ce sentiment est amplifié si l'on est constamment sous le feu des projecteurs.
Tu alternes le français et l'anglais. Comment concilies-tu ces deux langues ?
J'ai commencé à faire de la musique à l'âge de 15 ans et c'était en anglais, car les disques qui m'ont donné le goût de faire de la musique étaient ceux d'artistes afro-américains. Mon rêve d'artiste était directement lié aux Etats-Unis, bien que je sois francophone. En arrivant au Québec, j'ai vite compris qu'être un artiste anglophone me fermait les portes. J'ai donc essayé d'amener mes influences anglophones dans la langue française. Ce n'était pas prévu et le succès en France m'a surpris. Je me suis forgé une identité musicale grâce à la langue française au final. Puis, à un moment, j'ai eu l'envie de revenir à mes racines et j'ai donc fait un album en anglais. Dans la foulée, le français m'a manqué. J'ai envie de continuer cette aventure ici.
Le retour sur scène doit te démanger...
Je suis très enthousiaste car cet album crie la scène, il veut vivre sur scène je pense. Il est plus rythmé, plus éclaté musicalement que ce que j'ai pu faire auparavant. J'ai testé quelques morceaux. Il retrouve toute sa vitalité et son dynamisme en live. Je suis vraiment impatient de faire découvrir à mon public français cet album sur scène.





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