De Palmas : "J'aime la mélancolie"
De retour après cinq années d'absence, De Palmas, animé par sa douce mélancolie habituelle, sort de sa réserve avec " Sortir ", un album auquel il a voulu donner une portée très cinématographique.
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Ton dernier album est sorti il y a cinq ans, comment as-tu vécu cette période dans l'ombre, après tes succès passés ?
En général, je prends pas mal de temps entre deux albums. Ce n'est pas la première fois que je prends un délai aussi long puisque quatre ans se sont écoulés entre les deuxième et le troisième albums. J'ai besoin de ce temps car je fais les textes et les musiques, ainsi que les arrangements. Il faut dire qu'il y a eu une longue période de flottement avec ma maison de disques, on a eu un vrai désaccord. On a trouvé une issue. Maintenant c'est fini : je suis bien content de ne plus avoir à me soucier de ce problème.
Comment as-tu travaillé sur ce disque ? Tu es notamment parti à New York...
Le travail a été en réalité très solitaire car j'ai commencé à écrire et à composer les 2-3 premières années. Quand j'ai eu des chansons qui tenaient à peu près la route, j'ai appelé les musiciens et on s'est mis à travailler. Je me suis alors rendu compte que j'avais l'impression de refaire le même album et cela ne m'excitait pas des masses... Je n'en avais pas envie. On a donc arrêté les répétitions et je me suis dit que j'allais repartir en studio, seul, et tout refaire avec des samples. L'avantage d'être seul est de pouvoir passer des heures et des heures à chercher. Je ne pouvais pas bloquer des musiciens pendant deux ans avec moi. J'ai donc bidouillé avec des ordinateurs, tenté pas mal de choses et, ensuite, j'ai remis beaucoup d'acoustique. C'est un mélange de deux ans de bricolage. L'épisode à New York, c'était simplement pour le mixage de l'album. C'était plus l'occasion d'aller faire un tour après deux ans durant lesquels je suis resté enfermé. J'avais besoin de prendre l'air.
Cet album a un côté très cinématographique. Pourquoi ce choix ?
J'ai toujours adoré la musique de films, et, jusqu'à présent, je n'avais pas trouvé la clé pour l'intégrer à de la musique "pop-rock". J'ai passé beaucoup de temps en studio à essayer d'intégrer cette couleur à ma musique ; cela prend du temps forcément. Si c'était facile, je l'aurais fait bien avant. Je ne voulais pas d'une sorte de collage. C'était une envie depuis toujours mais je n'avais pas encore trouvé l'axe.
Quelle est l'histoire du single "Au bord de l'eau" et de son clip ?
Il est représentatif de l'album avec ce mélange acoustique très proche et le côté musique de film assez prononcé. Il était donc tout désigné pour faire office de premier single. Quant au clip, c'est un peu comme New York, on avait envie de faire un tour au Maroc (rires). Faire semblant de jouer devant une caméra avec mes potes, je l'ai fait, mais cela me gonfle prodigieusement. J'ai écouté la chanson en essayant de me représenter des images et je trouvais qu'un mec qui marchait dans le désert, ça collait plutôt bien. On est parti au flanc avec quelques idées de plans. Il n'a rien d'extraordinaire mais je trouve qu'il y a une vraie corrélation entre la musique et les images.
Tu as aussi voulu donner un son organique à cet album...
Quand tu joues de la guitare, il y a, en caricaturant au maximum, deux façons de jouer. Si tu joues très fort, tu captes le son général comme un bloc, sans les finesses. Si tu joues, au contraire, plus doucement, et que tu ouvres le son du micro à fond, il va prendre toutes les nuances et tous les bruits. Tu vas donc récupérer tous les sons de la guitare, si tu as bougé, tu entendras les frottements du vêtement sur la caisse ; l'ongle sur la corde va également faire beaucoup de bruit... Ce sont donc tous ces aspects que j'ai essayé de récupérer sur mon album.
On retrouve également la mélancolie dans les textes et la musique qui te caractérise...
Je pense que le mélange entre la mélancolie et ce côté chanson syncopée, où ça groove un peu, vient de mon île natale. Je suis né à La Réunion, où l'on peut dire que la musique est syncopée. La majorité des thèmes des chansons sont mélancoliques. Je l'ai toujours ressenti et j'ai du mal à faire des chansons au premier degré, joyeuses. J'aime la mélancolie, je trouve que c'est un vecteur fort pour les émotions. Je suis foncièrement heureux dans ma mélancolie et j'y prends beaucoup de plaisir.
Tu as concrétisé une collaboration avec Eagle Eye Cherry sur ce disque. Comment l'as-tu rencontré ?
L'album était presque fini. J'avais une chanson dont le texte n'était pas en français et je trouvais cela rigolo mais je ne voulais pas la chanter seul. J'avais fait pas mal de concerts avec lui en double affiche il y a quelques années et on s'était bien entendu. Je lui ai passé un coup de fil et proposé d'écrire le texte. C'était sympa et cela s'est fait librement.
Comment prépares-tu ta future tournée ?
Tu es toujours content d'intégrer de nouveaux titres afin d'apporter un peu de sang neuf dans le set. J'ai juste envie de jouer car cela fait longtemps que je ne l'ai pas fait.
Ressens-tu une pression après tes succès passés et cette longue absence ?
Je fais ce métier car j'ai envie de plaire aux gens. Dans le cas contraire je resterais chez moi, dans mon coin. Si jamais cela ne plaît pas, je le prendrais comme quelque chose de très personnel, comme un désamour. Cela m'est déjà arrivé et je sais que je le vis mal. La pression commerciale est beaucoup moins forte qu'à l'époque où c'était mon deuxième album et où je devais convaincre. Je me considère comme un miraculé de ce métier, je ne suis pas très médiatique, mais j'ai réussi néanmoins à faire un trou dans le milieu. Personne ne m'enlèvera ce que j'ai vécu.





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