Interviews

Garou : "Dutronc m'a ramené à l'enfance"

Bien loin de ses débuts dans "Notre-Dame de Paris", Garou revient avec un album composé de reprises. Pour ce faire, le gentleman cambrioleur nous a reçus à son hôtel pour évoquer le plus grand casse de la chanson.

Sonia Ouadhi le 07/12/2009 pour MusicActu

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Lire l'interview complète :

Pourquoi avoir voulu enregistrer un album de reprises et non des chansons originales ?
J'ai toujours vécu grâce aux reprises et j'ai été connu par des reprises. J'en ai fait pendant des années dans les bars et, après cela, je me suis retrouvé à faire "Notre-Dame de Paris". J'étais venu faire ce spectacle pour le plaisir de l'expérience d'une comédie musicale, mais sans jamais penser que cela allait marcher, car avant ça, les comédies musicales ne marchaient pas vraiment ! Pendant trois ans, j'ai décidé de ne pas enregistrer d'album. J'étais donc au top de la popularité et à faire toutes les plus grandes télés en France et dans tous les pays francophones sans avoir d'album. J'ai donc fait des reprises tout le temps, assez fidèles aux originales. Là, j'avais vraiment envie de faire un truc complètement éclaté dans le choix des chansons et dans l'interprétation.

Comment as-tu fait le choix de ces reprises ?
Je ne voulais pas tomber dans la facilité des chansons que j'ai envie de chanter, que je connais et que j'ai déjà chantées. Je voulais évoluer, je voulais me surprendre moi-même pour surprendre les gens. J'ai donc voulu quelque chose de plus éclaté. J'ai eu l'aide d'amis, qui me faisaient écouter des trucs. Nous nous sommes fait un petit comité de choix de chansons où j'avais de l'aide pour faire ces choix. Je me souviens avoir passé en revue toutes les chansons de mon iTunes. J'en ai ramené une liste de 101. Nous nous sommes vraiment cassé la tête ! Sur les 101 chansons, il en reste seulement quatre ou cinq sur l'album.

Pourquoi alors avoir choisi ce titre, "Gentleman cambrioleur" ?
Quand j'ai recherché des chansons, je suis tombé sur Dutronc et j'ai entendu "Gentleman cambrioleur". Ca m'a ramené à l'enfance et au thème d'"Arsène Lupin". J'avais complètement oublié cette chanson pendant une vingtaine d'années et en la réécoutant, j'ai eu le déclic du concept de l'album : prendre ces chansons un peu oubliées parfois, tout comme des nouvelles, et cambrioler les chansons des autres. C'est comme si j'étais entré dans un musée de nuit, où j'avais fait mon plan pour voler des tableaux.

A ce sujet,, il existe de petites teasers sur Internet...
Oui ! On a tourné des teasers en faisant le shooting photo. Je pense que nous avons pris dix minutes pour faire cela. J'ai dit : "J'ai une idée ! On pourrait cambrioler dans une chambre d'hôtel, le look est top, on a des bijoux et on les cache !" On s'est fait un petit tournage où je suis suivi comme si je rentrais dans la chambre de quelqu'un pour voler des bijoux et que je laissais des dessous. Comme on ne voulait pas écrire les paroles des chansons dans le livret de l'album, nous avons mis des articles de journaux sur des coups du cambrioleur. A un moment, il va même chez le préfet de police pour voler le piano et laisser un tableau (rires).

Peux-tu nous parler de "New Year's Day", le premier single ?
En radio en ce moment, c'est "New Year's Day", mais en télé, j'ai chanté "Les Champs-Elysées", "Da Ya Think I'm Sexy" et "Gentleman cambrioleur". Je pense que tout est permis pour ce concept et pour la nouvelle mutation du monde de la musique aujourd'hui. Les gens aiment souvent un titre, mais moi, je veux présenter l'album ! Il n'y a donc pas de single officiel.

Il n'y aura donc également pas de clip officiel...
Non. On tourne des petites vidéos teaser, on s' amuse. J'ai même tourné dans un bar de glace, mais aussi dans un magasin où je m'amuse à voler mon album (rires) ! On part dans des délires comme ça, mais a priori, on ne va pas dans le monde du vidéo clip.

Comment s'est déroulé concrètement le travail sur cet opus ?
On m'a proposé un réalisateur que je ne connaissais pas : Philippe Paradis. Comme je ne le connaissais pas, j'avais mes doutes. Je lui ai donc proposé de faire deux chansons pour voir ce qu'il avait dans le ventre. Pour avoir un complice de cambriolage, il faut quand même avoir une bonne confiance ! Je l'ai testé avec "Les Dessous Chics" de Birkin et Gainsbourg et "Da Ya Think I'm Sexy" de Rod Stewart, donc deux titres, qui ne vont pas du tout ensemble ! La première enregistrée a été "Les Dessous Chics", une chanson que je ne connaissais pas à la base. Nous avons fait une prise et c'est celle que vous entendez sur l'album. C'était normalement une maquette, mais nous ne l'avons même pas refaite, car elle est magique. C'est le moment où il y a eu un genre de mariage et d'amalgame entre Philippe Paradis, les musiciens et moi. Nous nous sommes régalés.

Y a-t-il des reprises que tu n'as pas osées faire ?
J'ai tout osé. On a osé dans tous les sens ! Tout était permis. Pour faire du Birkin autant que du Ariane Moffatt, du Madonna et du U2, je pense m'être tout permis. Par contre, il y a eu des choses que j'aurais bien aimé faire. Par exemple, je voulais enregistrer une chanson de Bécaud. Puisque j'ai une grande carrière en Russie et que j'y fait beaucoup de tournées, je voulais reprendre "Nathalie". J'ai aussi une histoire avec la chanson, mais pas avec une Nathalie (rires) ! La structure de la chanson est complexe et pourtant j'ai la voix pour chanter du Bécaud. Mais la construction de cette chanson était faite d'une telle manière qu'il était impossible de la détruire et de la reconstruire. On a capitulé (rires) !

D'ailleurs, on reconnaît à peine ta voix sur cet album. Elle n'est plus du tout rocailleuse !
C'est mon album crooner. On peut entendre cela comme un terme ringard, mais le terme "crooner" vient de "crooning", qui signifie "murmurer". J'avais envie de déchanter, mais pas de chanter haut et de faire des prouesses vocales sur cet album. J'avais envie d'être dans l'intensité, dans la retenue et dans la texture vocale. J'ai donc fait du crooning. C'est un terme qui est arrivé avec les grands chanteurs de jazz. Je fais donc un clin d'oeil au crooner, notamment avec "I Love Paris", qui est totalement du Sinatra. J'ai toujours chanté fort dans les bars ou dans "Notre-Dame de Paris" avec les cris de Quasimodo et après cela, mes albums conçus pendant huit ans avec l'équipe de Céline Dion. Là , je me suis dit : "Du calme. Plus personne ne me demande de gueuler !". (rires)

As-tu déjà eu des retours sur cet album ?
J'ai envoyé la chanson à Bono. J'ai très hâte d'avoir son commentaire sur la version de "New Year's Day". Nous nous sommes souvent croisés, c'est pour cela que j'ai hâte de connaître son avis. Je lui ai dit dans mon mail que nous l'avons un peu "dérockisée".

Et sur scène, comment tes concerts vont-ils se présenter ?
Vivement la scène ! Pour moi, la scène va être la cachette du cambrioleur. Je vais mettre des tableaux, cela va disjoncter ! Les plus beaux des bijoux pour mois sont les instruments de musique et il y en aura beaucoup. Je vais avoir sept musiciens, c'est quand même plutôt rare aujourd'hui. Ils seront multi-instrumentistes. Tout le monde sautera donc d'un instrument à l'autre. Nous allons vraiment faire un spectacle dans l'esprit du cambrioleur et du musée avec les bijoux. La mise en scène sera tout de même un peu théâtrale, mais je ne mettrai pas le costume du gentleman cambrioleur ! Pour la tournée, je vais aussi essayer de faire des reprises de Garou. Donc, cela peut-être pas mal (rires) !

Connais-tu déjà tes premières dates de concert ?
Les 14 et 15 mai, je serai à L'Olympia et si vous avez l'envie, je commence fin février au Québec. Je suis content de revenir à L'Olympia, car c'est vraiment un show qui a été conçu en imaginant Brel ou Yves Montand dans cette salle.

Quels sont tes autres projets pour la suite ?
Peut-être un album de chansons originales l'année prochaine. Nous avons tellement kiffé avec l'équipe en studio que nous avons hâte de retravailler ensemble. Il y a également d'autres grands projets, mais dont je ne peux pas tout de suite parler.

J'ai entendu dire qu'il y aurait peut-être une reprise de "Notre-Dame de Paris" avec le casting orignal. Est-ce vrai ?
Oui, il y a eu une rumeur à ce sujet, mais nous ne referons pas le spectacle. Nous aimerions revivre une expérience ensemble ou peut-être un évènement spécial. Nous avons toujours eu envie de faire un truc avec un orchestre symphonique et rechanter ces chansons. Nous allons trouver le moyen et nous en parlons, c'est donc pour cela qu'il y a eu des rumeurs. Sinon, nous n'allons pas remettre les costumes et refaire le spectacle dix ans plus tard. Cela serait un peu pathétique ! Mais pour moi, cela serait plus simple, car je pourrais jouer Quasimodo jusqu'à 75 ans (rires) !

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