Sinik : "En France, si tu es rappeur et en plus musulman, ça ne passe pas !"
Sinik annonce son départ de la scène rap avec la sortie de "Ballon d'or". Le rappeur dévoile sa future reconversion dans l'univers du football et répond aux critiques concernant Thierry Henry et Diam's.
Non, ce n'est pas une auto-proclamation, mais simplement un délire par rapport à ma passion, le foot. Ce titre est plus symbolique, c'est plus un petit clin d'oeil à cette passion qu'un titre que je me décerne. C'est aux gens de dire si on mérite ce titre ou pas. C'est une question que l'on pose et on verra. L'album est sorti et on a les premiers retours. On verra comment cela se passe par la suite. Mais ce n'est pas dans ma mentalité de me décerner un titre que cela soit le ballon d'or ou celui du meilleur, du numéro un.
Et alors quels sont les premiers retours sur cet album ?
Les retours sont très bons. Ça fait plaisir. Les gens ont vu les évolutions, toutes les choses différentes. Globalement, les gens disent que c'est l'un de mes meilleurs albums, ce qui fait vraiment plaisir. J'en attendais pas plus. Cela me suffit de savoir que j'ai fait plaisir aux gens et que mon travail en studio leur parle.
Tu viens de parler d'évolution. Comment décrirais-tu cet opus par rapport au précédent ?
Il est tout simplement différent des autres, mais toujours avec ma base d'écriture. Il est assez différent au niveau des flows. Au niveau des sons, nous avons aussi essayé de faire quelque chose de différent. Nous avons essayé de le varier, d'apporter des nouvelles couleurs d'instrus qu'il n'y avait pas forcément sur les autres albums. En gros, c'est un mélange de ce que j'ai toujours su faire avant, en mieux écrit, mais c'est surtout une grosse part de nouveautés.
Le morceau phare de cet album est "Adrénaline". Peux-tu me parler de son histoire ?
Il n'y a pas vraiment de thème. C'est ce qu'on appelle dans le rap de l'ego-trip. Tout est dans le style du flow et des phases. On parlait de changement tout à l'heure et ce morceau symbolise un peu le renouveau sur "Ballon d'or". Ce sont des sons sur lesquels les gens ne m'imaginaient pas avant. Je pense que peu de gens m'auraient imaginé sur un son comme celui-là, avec un tel flow. C'est bien aussi d'arriver à surprendre les gens et c'était le but sur cet album. Il faut continuer à impressionner les gens, à les surprendre.
Pourquoi avoir attendu quatre albums pour t'essayer à un nouveau style et tenter des choses ?
Je ne sais pas. En général, je suis comme ça dans la vie. J'ai besoin de me pousser et il faut vraiment que je me motive pour essayer des trucs nouveaux. Sur le premier album, j'ai fait vraiment ce que je savais faire, j'ai imposé mon style et ma manière d'écrire. Maintenant, je peux me permettre d'essayer d'autres choses.
Justement, pour "Mort ou vif", tu proposes un clip plus élaboré que les précédents. As-tu également participé au scénario ?
C'est vrai que c'est un truc que je ne faisais pas énormément sur mes premiers clips, mais je participe en général au scénario, aux choix des emplacements et du site. J'essaie de m'impliquer beaucoup plus dans mes clips que je ne le faisais sur mon premier ou deuxième album. Les clips sont très importants et avoir son mot à dire lorsqu'on est artiste, c'est aussi important.
Dans "Mort ou vif", tu joues un peu l'acteur. Comment s'est passé le tournage ?
J'ai pris beaucoup de plaisir à le faire. Sincèrement, j'ai kiffé, mais je n'avais qu'un seul doute : il fallait que cela ressemble à quelque chose, que cela ait l'air vrai. J'ai donc été coaché, j'étais bien entouré. Si c'était à refaire, je le referais avec beaucoup de plaisir. Je me suis permis de faire l'acteur pendant deux jours, ça m'a changé parce qu'en général mes clips comportent beaucoup de playback et beaucoup de scènes où je rappe. Là, c'était totalement différent, j'ai plus fait l'acteur dans ce clip que le rappeur. C'était une belle expérience.
Et cette expérience t'a-t-elle donné envie de faire du cinéma ?
Franchement, je ne te le cache pas. Ce n'est pas un appel d'offre, mais cela donne envie. Jouer des scènes d'action m'a bien plu. J'ai pris cela comme un jeu qu'il fallait faire très sérieusement. J'ai vraiment kiffé, donc pourquoi pas si on me propose des choses de mon univers. Mais jouer D'Artagnan ou Louis XVI, ce ne serait pas trop mon truc.
En général dans tes albums, tu as des textes assez personnels. Est-ce un besoin pour toi de te confier à ton public ?
En fait, c'est paradoxal. Dans la vie, je suis quelqu'un d'assez réservé. Tu ne m'entends pas, je suis assez discret. Mais dans la musique, c'est différent. Je pense que c'est d'ailleurs pour cela que j'ai commencé à faire de la musique très jeune. C'est une manière de se libérer, de pouvoir dire des choses que tu ne peux pas forcément dire dans la vie de tous les jours. Paradoxalement, je suis quelqu'un de très réservé, mais qui n'hésite pas à se livrer dans ses chansons pour dire des trucs perso. Pour moi, il y a une barrière. La musique est un peu thérapeutique. Par moment, elle fait du bien et c'est aussi une marque de fabrique. Je n'hésite pas à dire des choses sincères, à être franc envers moi-même. Je pense que les gens s'y reconnaissent plus que lorsque tu veux jouer le robot, ou le mec blindé. Pour être proche des gens, il ne faut pas hésiter à se livrer.
Tes morceaux sont aussi généralement tristes. Est-ce que Sinik est tout le temps mélancolique ?
Non ! Ça m'arrive de faire des trucs un peu plus second degré, mais dans tout ce que je fais, que ce soit du clash ou des morceaux à thèmes, j'aime bien faire des morceaux tristes. C'est toujours bon d'avoir un texte poignant sur un instru triste et d'arriver à sensibiliser les gens, les émouvoir, les toucher. C'est toujours intéressant de donner des frissons aux gens sur certains morceaux. Je n'ai pas la prétention de dire que j'y arrive mais j'essaie au maximum.
"Ballon d'or" est ton dernier album. Quels sont tes projets pour la suite ?
J'ai d'autres pistes comme le cinéma, mais il n'y a pas que ça. J'aime bien tout ce qui touche au foot, par exemple les métiers de consultants. Je vais essayer, parce que "qui ne tente rien n'a rien". En ce qui concerne la musique, j'ai fait le tour. Je vais sûrement ressortir un street CD en 2010. Je pense que ce sera une belle manière de partir comme je suis venu, c'est-à-dire avec un street album.
As-tu déjà des propositions ?
Oui, j'ai des propositions pour le foot. C'est vraiment quelque chose qui me botte parce que je suis un passionné de foot et je parle de ça toute la journée. C'est naturel. En ce qui concerne le cinéma aussi, mais j'ai de petites pistes. J'aime bien essayer. Je pense que c'est toujours bon dans la vie de redémarrer à zéro et je suis prêt.
En tant que futur consultant de foot, que penses-tu de l'affaire Thierry Henry ?
J'ai du mal à être objectif parce que Thierry Henry vient de la même ville que moi, Les Ulis ! J'ai toujours été pro-Thierry Henry. Il y a eu main, on l'a vue. Mais il n'est pas un tricheur. Je pense qu'il l'a largement prouvé, sa carrière prouve qu'il est plus un grand footballeur qu'un tricheur. Les gens sont ingrats. Il n'y a pas d'autre mot : ce n'est que de l'ingratitude. Un mec qui a mis autant de buts, qui a fait autant de choses dans les clubs, qui a sa carrière... Ce mec a tout gagné dans la vie. Se lâcher sur lui parce qu'un jour il a fait une main, je trouve que c'est abuser. Certains veulent s'acheter une conscience : des mecs comme Dechavanne, qui ne connaissent rien au foot et se permettent de parler pour dire que c'est une honte de se qualifier comme cela. C'est lui la honte ! Ça m'a déçu. Moi, je le félicite. Il a fait main, mais on s'en fout. On va kiffer, on va aller à la Coupe du monde. Elle est belle !
Revenons à toi. Après ton départ de la scène rap, qu'est-ce qui va le plus te manquer ?
On va continuer à faire des scènes, mais à un moment où un autre, on s'arrêtera. Sans aucun doute, c'est cela qui me manquera le plus. Tu n'es pas un vrai artiste, si tu n'aimes pas faire des scènes. Mais ce qui va aussi me manquer est le fait de me dire que les gens n'écouteront plus mes morceaux et que certains messages ne passeront plus. Le lien sera un peu coupé. L'écriture est quelque chose que je ne pourrais pas arrêter, c'est naturel.
Dans le morceau "Mort ou vif", tu parles des critiques que tu as reçues pendant ta carrière. Penses-tu qu'en France le succès est mal perçu pour un rappeur ?
Je pense qu'en France, il n'y a même pas besoin d'être un rappeur. C'est typiquement français de critiquer quelqu'un qui a du succès. Les gens ne peuvent pas s'empêcher d'ouvrir leur gueule. Aux Etats-Unis, il y a une autre mentalité. Les gens critiquent, mais ils auraient fait exactement la même chose que toi s'ils avaient pu le faire. La critique ne me dérange pas, parce que quand elle est constructive, elle te fait avancer. Mais ce qui me dérange, ce sont les petits cons, qui se permettent de juger et de parler alors qu'ils ont simplement téléchargé ton album et n'ont pas pris la peine d'écouter plus de trois morceaux. Il y a toute une génération de mauvaises langues, qui est apparue avec Internet et depuis qu'il suffit juste d'être chez soi et de se connecter pour pouvoir écrire tout et n'importe quoi. Ce sont les années 2000. Cela fait partie du succès. Je me dis que si les gens ne parlent plus de moi, c'est qu'ils s'en foutent de ma gueule. Personnellement, cela ne me dérange pas, au contraire. J'ai besoin de cela. Si des jaloux nous écoutent, lâchez-vous la famille ! Les jaloux vont me manquer aussi (rires) !
En parlant de critiques, que penses-tu de la mini-polémique autour de Diam's et ?
Comme pas mal de polémiques, ça ne sert souvent à rien. Il y a des choses plus importantes dans le monde que la polémique sur la main de Thierry Henry. Concernant la polémique sur Diam's, il y a aussi des choses plus importantes dans le monde. Si les médias sont venus à en parler comme si c'était un évènement national, ça m'inquiète sur leur capacité à bien faire leur boulot. Je pense que dans le monde, il y a des choses plus inquiétantes et plus intéressantes. Je me demande aussi qui sont ces gens pour juger une personne, que ce soit Diam's ou n'importe qui. Qui sont-ils pour dire si elle a raison ou pas de croire en Allah ou de croire en qui elle veut ? Pour moi, elle est libre de faire ce qu'elle veut. On est dans le domaine de la vie privée et lorsque tu y rentres à ce point, il y a un manque de respect. Cela devient irrespectueux d'en parler. Il faut la laisser tranquille. Je pense qu'il y a un vrai problème en France avec l'Islam et le rap. Malheureusement, elle est une rappeuse qui est aujourd'hui cataloguée comme étant proche de l'Islam. Ce n'est pas le bon créneau. En France, si tu es rappeur et en plus musulman, ça ne passe pas !
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