Raphaël
Son deuxième album, "La Réalité", vient de sortir avec le single "Sur La Route" en duo Jean-Louis Aubert. Il sera également en concert le 14 octobre prochain à l'Olympia. Rencontre avec Raphaël.
Parce que cet album parle du mince voile qui existe entre le rêve et la réalité et que beaucoup de chansons sont sur ce thème-là. J'ai choisi d'évoquer cela parce que je trouve que c'est un thème assez philosophique, assez important dans la vie, c'est le thème de beaucoup de chansons, de beaucoup d'oeuvres d'artistes. La vie est un songe, c'est un thème important, beaucoup plus intéressant que pas mal d'autres thèmes.
Comment définis-tu ce nouvel album par rapport au premier : "Hôtel de l'Univers" ?
Je ne sais pas trop... C'est toujours difficile de définir, ce n'est pas tellement à moi de définir un disque... Je trouve que c'est un disque romantique, de voyage, de route. C'est un disque de nostalgie aussi. C'est une expérience sur la mémoire. C'est sûr que c'est un disque qui est beaucoup moins rock que le précédent. Dans les thèmes, c'est beaucoup plus personnel, beaucoup plus nostalgique. Au niveau des textes, c'est une expérience sur la mémoire, beaucoup plus qu'un jugement social sur le monde. Maintenant, je ne sais pas trop si c'est philosophique, tout est philosophique. Enfin, il n'y pas de volonté de ma part de faire de la philo, je n'ai pas lu de bouquins de philo.
Désolé, on va pourtant en faire un petit peu. Pour toi, "La Réalité" est-elle triste ?
Non pas du tout ! Cet album, c'est tout simplement le rapport entre l'irréalité et la réalité, il n'y a pas de jugement de valeur. Maintenant, je pense que la réalité n'est pas triste du tout. Ca dépend des gens, ça dépend de ta vie. Quand on est tout en haut, c'est sûrement plus facile que quand on est tout en bas. Quand on est un gamin des rues, la réalité est beaucoup plus difficile mais pas forcément plus triste que pour d'autres.
Comment s'est passée la conception de l'album ?Du mois d'octobre 2001 au mois d'août 2002, j'ai écrit une trentaine de chansons, il y en a finalement douze sur l'album. Il y a quelques faces B sur le vinyle, il y a trois titres inédits. Il y a également encore d'autres titres qui sortiront, je ne sais pas où et quand. Après cette phase d'écriture et de choix des chansons, à partir de fin août début septembre, il y a eu les séances en studio avec Jean Lamoot, le réalisateur du disque, avec Caroline Manset, co-réalisatrice du disque. Elle m'a vachement aidé et avec tous les musiciens qu'on a fait venir, qui sont géniaux. J'ai travaillé avec le batteur Mathieu Rabate, le bassiste de Talk Talk Simon Edwards, le guitariste de Portishead Adrian Uttley, un autre guitariste malien qui s'appelle Djeli Moussa Kouyate, un claviste et pianiste français qui s'appelle Albin de la Simone et enfin Mike Garson le pianiste légendaire de Bowie. On a fait venir tous ces gens-là, ils ont joué les morceaux et je crois qu'ils ont pris du plaisir à faire ça. En tout cas, moi j'ai pris beaucoup de plaisir à les écouter. Enfin, on s'est retrouvé avec tout ça en boîte et puis on a eu trois à quatre mois de boulot avec Jena Lamoot pour trier et se donner du mal pour que ce soit bien.
Pourquoi as-tu fait appel à Jean Lamott pour la production ?
Je l'avais rencontré parce qu'il avait mixé quelques titres du premier album. Et puis, c'est un mec adorable. Il ressemble un peu au petit prince. Il est très poétique, très doux, très respectueux, il a vécu toute son enfance en Afrique. Il a fait des disques qui sont les meilleurs disques français depuis cinq ans : Noir Désir, Bashung, Salif Keita... Je n'ai rien entendu d'aussi bien. J'avais vraiment envie de bosser avec lui et j'ai eu la chance qu'il accepte de bosser avec moi.
Au niveau de la composition musicale et de l'écriture des textes, comment se déroule la création de tes morceaux ?
Moi, ça sort très rapidement. Il me faut trois à cinq minutes pour faire un texte. C'est à dire que je ne peux pas réfléchir sur un texte. En règle générale, je ne peux pas réfléchir dans la vie.
| J'ai une incapacité totale à la réflexion. Donc ce sont des choses qui sortent comme ça, comme par réflexe |
Sur ce dernier album, Gérard Manset a écrit deux titres pour toi : "La Mémoire des Jours" et "Etre Rimbaud". Tu travailles également depuis longtemps avec sa fille, Caroline. Comment s'est faîte la rencontre avec Manset ?
Avec Gérard, on s'est rencontré petit à petit. C'est quelqu'un de très protecteur et de très chaleureux, passionnant intellectuellement, c'est un mec vraiment intéressant. Il m'a peut-être pris un peu en affection, en tout cas, ça l'a touché un peu. Il a écouté mes chansons, il a toujours donné son avis, il m'a toujours dit : "Ca, tu devrais faire ça comme ci ou faire ça comme ça". Depuis longtemps, il m'avait fait un titre qu'il ne voulait pas me montrer. Puis, un jour, il m'a dit : "Je t'ai fait un titre, fais-moi écouter tes maquettes, si j'aime bien je te le filerai". Il a écouté les maquettes et il m'a filé le titre "Etre Rimbaud". Ensuite, j'ai fait la maquette d'un autre titre, je suis revenu le voir et je lui ai demandé s'il n'avait pas envie que l'on fasse autre chose ensemble. Je lui ai proposé de me faire un texte avec une musique que j'aurais composée. Il a été d'accord et le lendemain du jour où l'on s'était parlé, il a fait le texte de "La Mémoire Des Jours". Moi, le soir même, j'ai fait une musique. Il a écouté et on a tous les deux trouvé que le morceau était super bien, qu'il se passait un truc.
Tu as aussi enregistré le single "Sur La Route" avec Jean-Louis Aubert...Avec Jean-Louis, on s'est rencontré par l'intermédiaire d'un ami commun qui est guitariste. Il s'agit de Thomas Semence, c'est mon guitariste et c'est aussi le sien. On a sympathisé, on a fraternisé, on s'est bien entendu, on s'est vu beaucoup. Je lui ai fait écouter des maquettes, il m'a donné des conseils, on a chanté des chansons ensemble. C'est quelqu'un avec qui je m'entends très bien et pour qui j'ai beaucoup de respect, d'admiration. Lorsque j'ai été en studio, à la fin de mon enregistrement, je suis allé le voir et je lui ai demandé s'il avait envie de chanter une chanson avec moi. Il a accepté, on l'a fait ensemble, on a écouté le résultat et on a trouvé ça bien.
Il y a effectivement une bonne complicité entre vous. Je crois qu'il t'a même offert une chanson pour tes 27 ans ?
En fait, je suis venu chanter avec lui lors d'un de ses concerts au Zénith. J'ai été chanté une chanson de Barbara, c'était en novembre dernier. En réalité, il m'avait appelé avant et m'avait donc demandé si je voulais venir chanter cette chanson de Barbara avec lui. Ca m'a fait super plaisir parce que j'adore cette chanson et que j'adore ce mec. Et puis dans la conversation, je lui ai dit que c'était aussi le jour de mon anniversaire, donc voilà, ça a fait un lien, c'est tout.
En regardant attentivement les textes de l'album, il y a aussi des phrases qui rappellent quelques morceaux de Téléphone...
J'ai vu Aubert récemment, on a fait une télé ensemble, il a fait trois quatre titres de Téléphone et qu'est-ce que c'était beau !
| En quatre mots, ça dit presque tout ce qu'il y a à dire sur la vie |
Sur ton album, on trouve également "1900", une chanson qui est dédiée à Juliette Gréco. Pour quelle raison lui as-tu dédicacé ce titre ?
En fait, j'ai écrit cette chanson pour elle, elle va l'enregistrer sur son prochain album. Vu que mon album est sorti avant le sien, ça me paraissait courtois de lui mettre une dédicace. Je ne suis pas très proche musicalement de Juliette Gréco mais en même temps, j'aime beaucoup sa voix et ça m'intéresse énormément de travailler pour elle, enfin simplement de lui faire un titre et qu'elle le chante. Je ne la connais pas, je l'ai juste eu au téléphone, je ne l'ai jamais rencontrée. On m'a simplement dit qu'elle cherchait des chansons pour son album, j'ai envoyé cette chanson et on m'a répondu qu'elle avait envie de l'enregistrer. Moi, j'étais ravi, je trouve que ce morceau lui va bien. Je suis content que la chanson lui ait plu et que ça l'ait touchée.
Tu nous as expliqué que cet album était plus personnel que le premier. Quels sont tes titres préférés et pour quelles raisons ?Presque toutes les chansons me touchent, en alternance, ça dépend des moments. En tout cas, à chaque fois que j'ai fait une chanson sur cet album, j'étais super heureux de l'avoir faite. C'est d'ailleurs un peu comme ça que je me suis guidé pour savoir les titres que j'allais mettre sur le disque. Ensuite, tu as les sensations après l'écriture, puis les sensations après la production, des sensations très différentes. Parfois, il y a des titres où tu es très heureux à l'écriture et puis moins à la production. Parfois, c'est l'inverse. En fait, ce sont des choses très changeantes. Tu peux être enchanté d'un titre pendant trois mois et ensuite ne plus le supporter. C'est difficile à dire, mais disons que je suis fièr de toutes ces chansons et que je les aime toutes. Après, il y en a que je peux écouter plus facilement que d'autres. Pour moi, les plus tristes et les plus pesantes sont plus dures à écouter. Les chansons que je préfère seraient : "Comme Un Homme à La Mer", "Compagnon", "La Mémoire Des Jours", "Il y a Toujours", "Au Temps Des Colonies", "1900", "Sur La Route" et "La Réalité". Huit sur douze... Voilà, il y en a trois quatre qui sont un peu plus dures, un peu plus sombres, que j'adore aussi, mais que je ne peux écouter que la nuit, le soir, mais pas la journée.
Sur la liste des remerciements de l'album figure David Bowie, un personnage important pour toi. Est-ce vrai que c'est lui qui t'a donné envie de faire de la musique et que tout ça s'est passé alors que tu avais sept ans ?
Oui, c'est vrai ! C'est quelqu'un que j'ai découvert très jeune, j'entendais "Modem Love" à la radio, à la télé et je trouvais ça génial ! Il était là, avec ces cheveux blonds, il faisait des clins d'oeil à la Tom Cruise !
| ce sont des gens qui font rêver qui font voyager, même quand la musique est triste, c'est très beau |
Avant de te lancer dans une carrière musicale, il paraît que tu as tourné dans des films comme, entre autres, "Peut-être" de Cédric Klapisch...Non ! J'ai fait de la figuration de manière alimentaire comme j'aurais fait des mailings. Le cinéma, ça ne m'intéresse pas ou il faudrait vraiment que je tombe sur une occasion. Je n'irais jamais faire un casting, je n'aime pas. Maintenant, s'il y a un réalisateur qui pour une raison obscure me veut absolument dans un de ces films, que le film à l'air super et qu'il trouve que je joue bien, ce qui m'étonnerait parce qu'à mon avis je joue très mal, je serai très content. Mais, vraiment, je pense être totalement sous doué pour le métier de comédien. J'ai d'ailleurs beaucoup d'admiration pour les comédiens. L'autre jour, j'ai vu le film "Smoking, No Smoking" avec Sabine Azéma, je l'ai trouvé géniale, elle m'a fait rigoler. Je l'avais vu aussi dans "Tanguy". Elle joue avec Dussolier, Arditi, tous ces artistes qui prennent un pied fou à jouer. Quand tu sens que les comédiens prennent du plaisir à jouer, c'est génial. Al Pacino, dans Scarface, quand tu le vois jouer, tu sens qu'il s'éclate, il se marre. J'ai l'impression que c'est ça le critère numéro un quand tu fais ce métier. Mais moi, je ne suis pas capable de ça. Pour les musiciens, c'est plus dur. Bowie, par exemple, on sent que ce n'est pas un acteur qui se marre quand il joue... Il est dans un truc un peu plus : " Attention, je suis David Bowie, je suis milliardaire, alors foutez-moi la paix ".
Tu seras en concert à l'Olympia le 14 octobre prochain. Une tournée est-elle prévue ? Que représente la scène pour toi ?
Il y aura une tournée, je ne sais pas combien de dates, certainement une quarantaine d'ici le mois de décembre.
| il faut toucher le coeur des gens au maximum et donner tout ce que l'on peut donner, quitte à y laisser un peu de peau |
Est-ce que tu as des souvenirs de scène qui t'ont particulièrement marqués ?Oui, le premier concert que j'ai fait à Paris, le Café de la Danse. J'en ai fait un autre aussi à l'Elysée-Montmartre où j'ai pris un peu moins de plaisir parce que j'avais du mal à prendre conscience de mon bonheur à ce moment là. Mon premier concert a été assez féerique, je n'ai plus touché terre pendant un jour ou deux. Justement, je n'étais plus dans la réalité, mais dans le bon sens du terme. Puis, la première partie de Bowie, ça a été génial. C'est un souvenir démentiel parce que c'est mon idole, c'est un type que j'admire. J'étais super content de le rencontrer pendant cinq minutes et de mettre les pieds sur la même scène que lui, de pouvoir assister aux balances, de parler avec ses musiciens.
Que serait ton plus beau rêve musical ?
Jusqu'à présent, toutes les personnes avec lesquelles je voulais travailler, j'ai pu travailler avec elle sur ce disque. Travailler avec Daniel Lanois, ce serait un rêve. Mais, en fait, c'est simplement de faire le plus de chansons magiques, inédites, qui ne ressemblent pas à d'autres chansons et qui puissent toucher le coeur des gens, que les enfants aient envie de chanter. C'est vraiment ça qui m'intéresse dans la vie, c'est la petite chanson populaire mais pas stupide, la belle chanson, le truc qui a un élan. Quand j'écoute "Un Autre Monde" (NDLR : Téléphone), je trouve que c'est une putain de chanson. Quand j'écoute "Voilà, C'Est Fini" (NDLR : Jean-Louis Aubert) ou des trucs comme ça, je trouve que ce sont des chansons magnifiques qui ne vieilliront pas. Ca a vingt ans, ça continue d'être joué et tous les mômes passent par-là, ils n'ont pas le choix, parce que c'est beau.
> Raphaël sur le net : www.surlaroute.fm.fr






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