Tanger
Avant sa tournée d'automne, Tanger se produira sur la scène du festival Rock En Seine le 27 août. Leur troisième album s'appelle "L'Amour Fol". Rencontre avec le chanteur Philippe Pigeard.
En fait, actuellement, Tanger est un collectif de cinq personnes. Ca varie beaucoup... Par exemple, pour les enregistrements, on est beaucoup plus, il y a toujours des invités. Mais, les principaux sont Christophe Van Huffel qui est guitariste, Didier Perrin qui est bassiste, un deuxième guitariste qui s'appelle Pierre Fruchard et Jean-Michel Bourroux à la batterie. Maintenant, lorsque nous sommons sur scène, vient s'ajouter Christopher Board qui tient les claviers. Tous ces gens là composeront la formation qui fera Rock En Seine et la tournée d'automne. Enfin, il arrive aussi que l'on ait des sections cuivre ou des cordes mais ça c'est plutôt pour les albums.
Tanger le groupe, n'a rien à voir avec la musique orientale, même si dans l'histoire du groupe vous avez séjourné à Tanger, la ville, à différentes reprises pour y trouver de l'inspiration. Pourquoi donc avoir choisi de s'appeler ainsi ?
J'ai un rapport avec les mots qui est très particulier, très mystérieux. Au départ, je ne connaissais pas cette ville. Ce nom là a débarqué dans ma vie je ne sais pas comment. Pour moi, il dégageait toute une atmosphère assez mystérieuse et un peu effrayante. Ce nom est resté comme ça dans mon esprit jusqu'au moment où je suis tombé sur un tableau de Matisse qui s'appelle "Fenêtre sur Tanger", un tableau que j'adore. Matisse a vraiment réussi à capter un moment de la journée que j'adore. C'est le moment ou l'excitation de la journée est retombée et où celle de la nuit n'est pas encore arrivée. Cette heure entre 17 H 00 et 19 H 00 qui est un peu suspendue, qui est très propice pour plein de choses, pour pendre un verre avec un ami, pour faire l'amour... C'est mon moment préféré de la journée. Et quand j'ai vu le nom de la toile, "Fenêtre sur Tanger", je me suis dit : "Tanger", ce sera le nom du projet que j'était en train de préparer avec Christophe Van Huffel. En plus, Tanger, ça avait la vertu de ressembler à un verbe du premier groupe pour lesquels j'ai beaucoup d'affection. Et puis, il y a aussi le mot "ange" au milieu. "Tanger", c'est un mot qui est très généreux car il n'est pas contraignant pour le groupe. Le territoire de Tanger, le groupe est une zone libre comme l'a été Tanger, la ville, à ses meilleures années.
Ton troisième album est sorti le 4 mars dernier. Comment le définis-tu par rapport à tes deux albums studio précédents "La Mémoire Insoluble" et "Le Détroit" ?Je pense qu'il est dans la même lignée. Tanger, c'est pour moi comme un "working progress". C'est quelque chose qui a démarré en 96, les positions esthétiques sont restées les mêmes, le groupe a grandi, a mûri, à travailler, a fait de la scène. Je pense que la différence, c'est un degré d'accomplissement qui est plus grand. C'est aussi un album qui est recentré sur un format chanson. On voulait vraiment faire un album avec des morceaux chantés, on voulait vraiment s'attaquer à ce style d'écriture parce que Tanger a été coutumier de faire beaucoup d'instrumentaux et d'improvisation. Une grande partie du répertoire du groupe s'est beaucoup construit sur cette idée d'improviser avec plusieurs types de protocole, avec des petits jeux. Il y a une recherche permanente surtout d'éviter la virtuosité au profit d'une qualité d'interprétation, d'intention et de surprises.
Ce nouvel album s'appelle "L'Amour Fol", c'est aussi le non d'un des morceaux de l'album. Pourquoi as-tu choisis ce titre ?
Initialement, il devait s'appeler "Music Hall". Ca a été le nom de code pendant un an à un an et demi de travail. Et puis, au moment de faire le mixage, Pascal Comelade, qui est un artiste toulousain, a sorti son album qui s'appelle "Psicotic Music'Hall". C'est un peu comme s'il m'avait coupé l'herbe sous le pied. Au début, ça m'a un peu mis les nerfs, mais comme c'est un artiste que je respecte beaucoup, je me suis dit qu'il voulait m'indiquer un autre choix. Et puis, après, on délirait sur le mot music Hall, sur les mots que l'on pouvait faire avec et je suis tombé sur "L'Amour Fol". C'est aussi un titre qui fait référence à André Breton qui a écrit "L'Amour Fou". Enfin, c'est un titre qui rassemblait encore mieux les dix compositions de cet album, parce que c'est un an et demi de travail avec évidemment beaucoup de boulot, mais aussi pas mal d'évènements dans nos vies respectives, des maladies, des accidents, des décès... Il a fallu une bonne dose d'amour fou pour aller au bout de cet album.
Kid Loco s'est occupé de la production de "L'Amour Fol". Comment l'as-tu rencontré et pourquoi as-tu décidé de travailler avec lui ?
En fait, c'était une proposition de mon manager. A un moment donné, on cherchait qui allait produire cet album. Cette fois-ci, je voulais travailler avec un français. On s'est rencontré pour boire un verre et tout de suite le contact a été bon.
| On écoute de tout, du jazz, du classique, du rock, de la pop, du hip hop... On fume les mêmes drogues... Enfin, bref, c'est un collègue quoi ! |
Tu as débuté la pré production de l'album en juillet 2001. Les sessions d'enregistrement suivront en mai 2002. Cependant, en seulement une semaine, il paraît que tu as finalisé six morceaux, soit plus de la moitié de l'album. Comment se passe ce travail de création ? Es-tu toujours aussi rapide ?
C'est variable. Il y a des choses qui sont extrêmement rapides. Tanger, c'est un groupe où il n'y a pas de recettes et pas de règles. Moi, mon boulot, c'est de définir un cadre de départ et des voyages pour tout le monde. Après, chacun inscrit sa personnalité là-dedans.
| On a eu des petits protocoles de jeux comme les enfants qui jouent. Sur chacune des chansons, il y a un protocole de jeux. |
Peux-tu donner quelques exemples concrets de ces protocoles de jeux par rapport à l'écriture des titres et des compositions musicales des morceaux de l'album ?
Il y a par exemple une chanson qui s'appelle "Postcardiogramme" qui est vraiment un jeu sur la carte postale. Je me suis amusé à collecter les formules typiques que l'on emploie dans les cartes postales. C'est un format d'écriture assez universel et pittoresque. On n'a pas beaucoup de temps, ce sont souvent des phrases laconiques, c'est souvent sujet verbe complément, il y a des phrases toutes faites. Je me suis amusé à bâtir un texte comme ça et après, avec le groupe, il s'agissait de faire la carte postale de ce texte. Sur "Nuits de Rêve", il s'agissait de mélanger des paroles sucrées d'Oum Kaltsoum avec la pulse du raï de Cheikha Remiti. Oum Kaltsoum et Cheikha Remiti sont deux figures de l'Orient. La première est un peu plus sentimentale, romantique alors que la deuxième, c'est vraiment plus du raï oranais. Elle parle de drogues, d'alcool de jalousie, de baise... C'était s'amuser que de faire cohabiter ces deux turcs là.
Lorsque tu as enregistré l'album avec Kid Loco, tu as décidé changer ta méthode d'enregistrement habituelle. Quel a été ce changement ?Moi, je tenais vraiment sur cet album à ce que toutes les assises rythmiques et groove soient vraiment costauds parce qu'une fois de plus, la palette d'instrumentation était vaste. Comme d'habitude la maison de disques m'a laissé entière liberté, liberté de temps et liberté de budget, pour pouvoir arranger les chansons. Quand on a fait les premières cessions de production, on a commencé à enregistrer les morceaux live. Mais, une fois qu'on a vraiment fait du définitif avec Kid Loco, on a enregistré simplement basse batterie et une guitare et une voix témoin. Après, on reprenait les batteries pour que ça soit parfait, que ça ne flotte pas. Et là, Kid Loco était vraiment appréciable. Lui, il ne lâche pas l'affaire tant que ça ne groove pas. C'est cela qui a changé, c'est que l'on est vraiment rentré au microscope dans les groove de manière à ce que le squelette de l'édifice soit parfaitement apte à recevoir tout ce que l'on voulait y mettre comme couleur.
Sur cet album, il y a le titre " Le Petit Soldat". L'album est sorti à la période où s 'est déclenchée la deuxième guerre du Golfe. Est-ce un concours de circonstances ? Quel a été l'étincelle qui a provoqué l'écriture de cette chanson ?
Dans cet album, les sujets abordés sont ceux qui me préoccupent, qui nous préoccupent, nous en tant qu'occidentaux, trentenaire. Globalement, qu'est-ce qui nous préoccupe ? Moi, je suis né en 1966 et depuis que je suis né, il y a des conflits partout dans le monde. On est la première génération à ne pas faire la guerre et néanmoins, la guerre, elle est permanente. J'ai commencé à m'éveiller, c'était la guerre du Vietnam. Après ça n'a pas arrêté : les Malouines, Iran Irak, les massacres en Afrique, la première guerre du golfe, la Yougoslavie, la Serbie... C'est une préoccupation permanente que cette menace toujours présente et cela d'autant plus depuis le 11 septembre. Comme beaucoup de gens, j'ai été très choqué par ce qui s'est passé, choqué et très impressionné. Pour moi, ça, ça voulait dire que le front est partout. Les guerres qui étaient racontées par nos parents, nos grands-parents et qui disaient, la guerre, c'est être mobilisé dans un autre pays, aller loin de chez soi, cette idée de guerre que l'on avait encore quand j'étais môme, et bien ça, c'est fini. Maintenant, ça peut péter n'importe ou au milieu des civiles. Cette préoccupation là, c'est vraiment un sujet majeur pour moi. "Le Petit Soldat", je l'ai écrite un peu avant octobre 2001, sachant très bien qu'il y avait déjà une menace qui plane à ce moment là, surtout après les attentats. Ce n'était donc pas innocent non plus. Moi, j'étais d'ailleurs sûr qu'à la sortie du disque, ce serait un morceau qui serait bien en phase avec l'actualité.
Peut-on dire que ce titre a l'époque a été censuré par les radios ?
Les radios refusent que l'on emploie le mot de censure. Ca les gène évidemment dans un pays démocratique comme nous. Néanmoins, moi, je pense que c'est une forme de censure. Leur truc, c'était de dire : Ecoutez, on ne peut pas passer un titre comme ça, entre des flashs d'information qui font état de tant de morts pendant qu'il y a une guerre.
| "Le Petit Soldat" a été l'un des dommages collatéraux de la guerre. Il a été complètement occulté et sa vie a été très clandestine |
Il y a un autre titre qui évoque la guerre. Il s'agit du morceau "Air Task Order". Quel a été le contexte particulier qui est à l'origine de ce titre ?
C'était pendant la guerre de Bosnie. Il y a eu deux pilotes français en mission dont les avions ont été touchés. Ils se sont éjectés de leurs appareils et ils se sont retrouvés en ligne ennemie. Ils ont été récupérés quelques mois après. Libération a fait une quatrième de couverture sur l'un de ces pilotes français qui était tombé en ligne serbe. Ce type racontait ce que c'était que d'être dans un cockpit, et d'avoir à affronter ce genre de mission : larguer des bombes avec le risque de faire des dommages collatéraux. J'ai trouvé que son témoignage était incroyable et tout de suite, j'ai eu l'idée de prélever ce texte pour en faire une chanson. Il faut savoir que j'utilise beaucoup cet outil là, le prélèvement, le détournement, le cut up. Ce sont vraiment des techniques d'écriture pour moi, c'est ma caisse à outil. Tous les mots de cette chanson, sont ceux de ce militaire. J'ai juste rajouté, cette phrase qui dit : " J'ai regardé la photo de ma fille". J'ai aussi rajouté une phrase qui est prélevé d'un film américain sur la guerre. Pour moi, la figure du pilote dans notre société, pilote mandaté par l'OTAN, par l'ONU, est très emblématique de notre société occidentale.
Dans un tout autre registre, il y a des titres qui renvoient à des instants de ta vie comme "Love Song" qui évoque ton fils et ton père ou encore "Barfleur". Barfleur c'est un lieu. Pourquoi as-tu choisi d'y consacré une chanson ?Déjà, il y a le nom. Moi, je suis originaire de Cherbourg et Barfleur est à vingt kilomètres de Cherbourg. C'est un tout petit port de pêche, il doit y avoir une quinzaine de bateaux qui continuent à faire la pêche et c'est un lieu où il y a un phare Barfleur, c'est un nom qui m'a toujours paru magique quand j'étais gosse. De plus, Habitant à Cherbourg, j'avais des aventures avec des petites anglaises qui débarquaient en ferry. Et forcément, un jour ou l'autre, ces jeunes étudiantes anglaises devaient repartir dans leur pays. Moi, je regardais leur ferry repartir depuis le port de Barfleur. Enfin, l'idée de base c'était aussi de faire un slow. Je voulais m'attaque à ce format qui est asses délaissé et qu'on aime bien dans le groupe. Nous, on trouve ça bien de danser avec les filles et ça, c'est plus ou moins en train de disparaître. Je trouve que les slows c'est toujours lié à un bord de mer. J'ai donc fait la jointure entre les deux : l'envie de parler de Barfleur, de raconter mes souvenirs d'ado et cette envie de faire un slow.
Hormis les chansons, tu as aussi écris des recueils de poésie. Artistiquement, ta liberté de création s'exprime-t-elle plus en tant que poète ou en tant que musicien ?
Auparavant, je faisais une distinction très nette entre les deux activités. Il y avait l'espace du poème qui est presque l'espace rêvé. Ecrire des textes qui questionnent le langage, qui le remettent en cause, ce qui est peut-être pour moi la meilleure définition de la poésie, c'est vraiment mon grand plaisir, c'est vraiment le lieu de création qui est le plus enivrant, qui est le plus puissant.
| Quant on écrit, pouvoir exprimer et chanter ce que l'on écrit c'est un vrai privilège |
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Tanger s'est produit au festival international d'été de Québec, il y a eu des concerts au Nouveau Casino et à la Scène en juin. Quel a été l'accueil du public ?
Le festival d'été de Québec est un festival un peu particulier. C'est un festival d'été, ce n'est pas les mêmes circonstances qu'une tournée d'hivers en France par exemple. Moi, j'ai trouvé que le public québécois était particulièrement accueillant, disponible. C'était agréable d'être là-bas, on a fait trois concerts. En même temps, on a fait trois scènes à Paris au mois de juin. On a reçu aussi beaucoup de chose de la part des gens. Les gens qui aiment Tanger donnent beaucoup.
Le 27 août, Tanger va donner un concert dans le cadre de la première édition du festival Rock En Seine qui se déroule au parc de Saint-Cloud. Que va-t-il se passer sur scène ?On va jouer à cinq heure de l'après-midi. On va jouer pour 45 minutes, ce qui est un set un plutôt court pour Tanger. On va donc jouer essentiellement des morceaux du dernier album. On aura sans doute Tcheky Karyo avec qui je suis en train de travailler en ce moment sur son album. Il fera probablement un titre avec nous, c'est un peu la petite surprise du jour. Sinon, ce sera un peu similaire à tous nos concerts. Maintenant, il y aura de versions qui risquent d'être différentes par rapport à celles que les gens ont déjà entendues au mois de juin. Chez nous, il y a toujours cette recherche permanente de réarranger les choses et de garantir sur scène le maximum d'inédits.
PJ Harvey, Keziah Jones, Massive Attack...Tanger sera le seul groupe de rock français présent à ce festival parmi toutes ces stars internationales. Quel sentiment cela te procure-t-il ?
Je suis ravi que l'on ait pensé à Tanger, c 'est même très flatteur ! Maintenant, je trouve que la programmation est très cohérente. J'espère que ça se sentira le 27. Et puis, moi, je suis ravi. Après, je vais voir de super concerts. Je suis complètement impatient d'aller voir PJ Harvey que j'adore et dont les derniers concerts parisiens étaient fabuleux. Je pense en plus qu'elle va venir avec un nouveau répertoire, donc on va découvrir l'album à venir.
Quelles sont les autres scènes prévues pour la rentrée ?
En septembre, on est en résidence pour préparer la tournée. La première date de la tournée c'est le 4 octobre. Il y a des dates jusqu en décembre partout en France. Il y a aura aussi pour les Parisiens et sur six à 8 dates sur toute la France, les premières parties de concerts d'Alain Bashung. Je suis particulièrement content de ça. Alain Bashung est vraiment pour moi, l'artiste français, le boss. S'il devait y avoir un patron aujourd'hui sur cette scène là, je pense que ce serait lui. Je pourrais aussi citer Christophe et Rodolphe Burger. On est vraiment très content et très fier de pouvoir ouvrir certains concerts de Bashung.
Et puis, il y a aussi prochainement un inédit, "Attendre" qui devrait sortir. Peux-tu nous présenter ce nouveau titre ?En fait, c'est un petit peu une réponse à la censure qui a eu lieu sur "Le Petit Soldat". Comme ça nous faisait un titre un petit peu condamné sur l'album, on a décidé d'en enregistrer rapidement un nouveau. Il se trouve qu'au détour d'une cession avec Tcheky Karyo, il y a ce titre qui est apparu sur un texte que j'avais écrit, il y a pas mal de temps. Il a plu immédiatement à tout le monde, à la maison de disques et surtout au public le 13 juin dernier lorsque l'on a joué au Nouveau Casino. On a donc décidé de l'enregistrer tout de suite. On l'a fait avec Dominique Blanc-Francard le 14 juillet dernier. Il est envoyé en ce moment au radio pour le 28 août.
Quel serait pour toi ton plus beau rêve musical ?
Je crois que le plus beau rêve musical que j'ai, c'est vraiment Tanger. C'est un projet qui a dix ans, mais c'est toujours un rêve parce que c'est un lieu qui est en perpétuelle évolution qui a un appétit permanent de nouvelles choses. Ce collectif, c'est un rêve. Moi, j'ai une équipe, les gars c'est plus qu'une famille. Pour moi, le rêve il est là, il est en train de s'accomplir. Après, il y a des choses que j'aimerais faire. Par exemple, à titre d'auteur, j'aimerais écrire les textes pour "les Gymnopédies" de Satie. J'aimerai arriver à écrire les textes qui restituent exactement note pour note la mélodie de Satie. C'est un projet qui est en cours depuis trois ans, qui est très compliqué. Mais, mon rêve et désir global de faire de la musique, il est complètement assouvi dans cette belle aventure qu'est Tanger.
> Tanger sur le net : www.tanger.com.fr
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