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Daddy Mory

Après plusieurs années passées au sein de Raggasonic, il est de retour avec son premier album solo "Ma Voix Résonne" et il se produit à l'Elysée Montmartre le 9 octobre. Rencontre avec Daddy Mory.

Olivier Delay le 06/10/2003 pour MusicActu

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Le grand public t'a découvert avec Raggasonic, mais en 1998, c'est la rupture avec l'autre membre du groupe, Big Red. Que s'est-il passé ? Qu'as-tu fais pendant tout ce temps là ?
Tout simplement, il y a eu une mésentente musicale qui fait que l'on a préféré poursuivre notre chemin chacun de notre côté. Donc, effectivement, en 98, ça s'est terminé. Lui, il a sorti son premier album solo en 99 et moi, le mien est sorti depuis le 3 juin dernier. Auparavant, j'ai participé à pas mal de compilations, à pas mal de projets, de featurings dans des albums d'autres artistes. J'ai fait pas mal de 45 tours, j'ai fait pas mal de travail pour le public spé reggae. Pour ceux qui ne connaissent pas spécialement le mouvement reggae et qui ne sont pas spécialement au courant de tout ça, j'ai fait pas mal de sound system.

En 99, hormis le clash avec Big Red, tu as eu également quelques petits problèmes avec la justice. Comment as-tu remonté la pente et décidé de sortir ce premier album solo ?
C'est grace aux gens qui m'entourent. Ce sont les amis, la famille, mon cousin qui m'ont soutenu dans les moments les plus difficiles. C'est aussi tout simplement l'amour de la musique. Tout ça m'a donné envie de repartir à zéro pour refaire quelque chose de positif avec la musique que j'aime, le reggae.

Il y a deux personnes qui ont été particulièrement importantes : Rudy et Anka. Peux-tu nous les présenter ?
Rudy, c'est mon grand frère, c'est un peu grace à lui que j'ai commencé à chanter. Il a toujours été là dans les moments difficiles. Quand ça n'allait pas, il a toujours été avec moi pour me forcer à écrire, pour me pousser pour que j'aille répéter. Il a toujours été présent à mes côtés. Anka, c'est mon manager et c'est mon cousin. Il m'a pris en charge, il s'est tout de suite dévoué pour travailler avec moi alors que ça n'allait pas du tout. Ce sont vraiment des personnes auxquelles je dois beaucoup. Ils sont là pour moi, je suis là pour eux, et on est une équipe qui gagne. Il y a un an, on a d'ailleurs monté notre label Ce label s'appelle Atomic Dogz et je suis la première signature dessus. On compte faire des productions plus tard, mais pour l'instant, c'est tout nouveau, on se structure.

Ma Voix Raisonne, l'albumTon premier album solo s'appelle "Ma Voix Résonne". Pourquoi as-tu choisi ce titre ?
"Ma Voix Résonne", c'est en fait un choix, par hasard. Je ne suis pas trop titre. Pour moi, c'était ce titre qui allait le mieux pour l'album parce que ces deux dernières années, de 2000 à 2003, ma voix a pas mal résonné dans la communauté antillaise. J'ai donc décidé d'appeler cet album tout simplement "Ma voix Résonne".

Comment s'est déroulée la conception de cet album et quelles sont les personnes qui ont travaillé avec toi ?
J'ai commencé à travailler dessus en 2000. On est parti à Londres faire une vingtaine de maquettes avec Trevor Fagan, l'ancien batteur de Ruff Cut avec lequel j'avais déjà travaillé à l'époque de Raggasonic. C'est lui qui a fait toute la partie reggae de l'album avec un autre gars qui s'appelle Jazzwad qui travaille beaucoup avec Bounty Killer et Capleton. Quand je suis rentré de Londres, j'ai fait des morceaux ragga hip hop avec des gars de Paris. J'ai travaillé avec Quentin Bachelet qui a fait l'instru de "Ambiance" et DJ Fun qui est le concepteur musical du Saïan Supa Crew. Il m'a fait trois instru, il m'a fait "Le Soleil Se Couche Sur La Viille", "Bonne Vibration" et "Respect La Femme". J'ai aussi travaillé avec Stanley qui est le guitariste de Ruff Cut. C'est lui qui a fait le morceau "De Quoi Sera Fait Demain", le morceau acoustique.

Daddy MoryComment s'est déroulée toute la phase d'écriture des textes et de composition des morceaux ?
Moi, je préfère d'abord avoir le support musical et après je travaille dessus. C'est, le support musical qui me donne "la vibe" pour trouver le sujet. Une fois que tu as le sujet, après, ça coule tout seul. Il y a une exception pour "De Quoi Sera Fait Demain". Pour ce morceau, on a fait les deux à la fois : L'écriture et la musique ont été montées en même temps. Enfin, pour "Le Soleil Se Couche Sur La Ville", j'ai co-écrit le texte avec Nuttea. C'est quelque que chose que je voulais faire depuis longtemps et ça a plutôt bien réussi.

Busta Flex est aussi venu poser avec toi sur le titre "L'Ambiance" ainsi que le Saïan Supa Crew sur deux autres titres. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Comment se sont passées ces collaborations ?
Busta Flex, c'est un gars que je connais depuis 1997. On avait fait une tournée aux Antilles avec Kool Shen, Lord Kossity et depuis on a gardé de bons contacts. C'est aussi un artiste que je trouve très fort musicalement, autant sur scène qu'en studio. En revanche, le Sain, eux, je ne les connaissais pas. On, a fait connaissance sur le tas, mais franchement, ce sont des bonnes personnes. J'ai tellement eu une bonne "vibe" avec eux que, finalement, on a fait deux morceaux alors qu'à la base on ne devait en faire qu'un seul. Respect to Saian Supa Crew, c'est vraiment un groupe top.

La majorité des textes de l'album véhiculent des valeurs positives. Pourtant au départ, tu avais aussi fait des textes un peu plus sombres. Pourquoi ne les as-tu pas retenus et pourquoi as-tu opté pour cette tonalité optimiste ?
Moi, à la base, je suis quelqu'un d'optimiste. Je ne suis pas pacifiste, je suis rebel, mais je suis optimiste.
Je ne suis pas pacifiste, je suis rebel, mais je suis optimiste
Même si c'est la merde totale, je vais toujours garder un espoir. Mon album, je voulais qu'il soit totalement ce que je suis, je voulais que les gens voient ce que je suis à travers mes morceaux. Je voulais vraiment faire un album optimiste, je ne voulais pas faire un album sombre. Il y a plein de textes que j'ai mis de côté et que je n'ai pas pris car c'était un côté de ma vie que je n'avais pas envie de faire partager aux gens. C'est peu-être parce que c'est un peu trop sombre et un peu trop personnel aussi. J'ai préféré ne garder que les textes positifs, même si dans ces morceaux, je parle problèmes. Par exemple, "Dans Range Ton Couteau", je garde un côté positif dans le morceau même si je parle des problèmes qu'il y a dans les cités, des gens qui partent avant l'heure.

Peux-tu expliquer la signification du titre "Mêm Bagay Mëm Bitin" et les raisons qui t'ont poussé à écrire ce morceau ?
"Mêm Bagay", ça veut dire, la même chose, en Créole martiniquais et "Mêm Bitin", ça veut aussi dire, la même chose, en Créole guadeloupéen. Dans ce morceau, j'explique que la Guadeloupe et la Martinique, c'est la même chose. C'est d'ailleurs ce que je dis dans le refrain. En France, il y a un problème entre martiniquais et guadeloupéen. Il y a des petites rivalités et ce morceau je l'ai fait pour que ces rivalités cessent. Il faut savoir qu'en France, il y a une grosse communauté antillaise, de martiniquais et des guadeloupéens, et ces rivalités existent. Personne n'en a parlé jusqu'à maintenant. Moi, je voulais en parler parce que ça me fait mal de voir les Martiniquais et les Guadeloupéens se "fighter" alors qu'on a tous été dans le même bateau. Ce morceau là est un morceau très communautaire.

Daddy MoryDans le titre "Respect la femme", tu évoques aussi la condition des femmes dans les quartiers. Connais-tu les actions du collectif "Ni Putes Ni Soumises" et que penses-tu de cette initiative ?
C'est une action humaine et positive. C'est tout à fait normal que les femmes se battent pour avoir leur droit et pour qu'on les respecte un peu plus. C'est clair qu'en France, les femmes ne sont pas respectées. Moi, je suis un gars qui voyage beaucoup. Franchement, en France, c'est un des endroits où tu vois que les femmes ont du mal à se faire respecter. Ca, se sont des choses qui me révoltent et c'est pour ça que j'ai fait ce titre, pour elles et pour toutes celles qui se battent pour les femmes. Mais, je ne suis pas pour les féministes, je suis pour le respect de la femme tout simplement. Aujourd'hui, on est en 2003, les femmes, ont besoin d'avoir un minimum d'indépendance.

Dans cet album, il y a aussi une reprise de Bob Marley "Révolution". Pourquoi as-tu souhaité reprendre ce titre et que représente pour toi cette icône du reggae ?
C'est un morceau que j'ai écouté depuis très jeune. La première fois que je l'ai écouté, je devais avoir dix ans. Au départ, quand je l'écoutais, je ne comprenais pas les paroles, mais j'aimais quand même beaucoup la chanson. Ensuite, vers dix-sept ans, j'ai commencé à comprendre les paroles et j'ai vraiment commencé à me prendre la tête sur ce qu'il disait. Ce morceau là, Bob Marley l'a écrit en 1978 et je crois qu'aujourd'hui, en 2003, il est toujours d'actualité. C'est une des raisons pour lesquelles j'ai voulu reprendre ce morceau et puis, c'est aussi une belle chanson pour lui rendre hommage. Bob Marley fait partie des gens qui m'ont inspiré. Ce n'est pas la seule personne. Je n'irais pas jusqu'à dire que Bob Marley est une icône car si Bob Marley est une icône, il y a plein d'icônes en Jamaïque. A l'époque ou Bob Marley chantait, il a été le plus médiatisé, mais tu en avais d'autres là-bas qui écrasait pareil : Denis Brown, Jacob Miller, Peter Tosh... Tous ces gens là m'ont vraiment donné une inspiration, c'est grace à eux qu'aujourd'hui je fais du reggae. Bob Marley, c'est grace à lui, si le monde entier connaît le reggae.

Daddy MoryJe crois que tu as eu une passion pour le reggae lors d'un séjour à Londres. Comment as-tu découvert cet univers ?
Mes frères sont rasta depuis plus de vingt ans. Quand, ils étaient chez moi, avant qu'ils partent, ils avaient déjà des cassettes de roots, ils écoutaient la musique, ils fumaient leur spliff. Moi, j'avais sept, huit ans, j'écoutais sans écouter. J'écoutais du reggae par le biais de mes grands frères qui étaient déjà dans le mouvement et j'observais. Mes frères sont partis de chez moi à dix-sept, dix-huit an et je suis resté une dizaine d'années sans les voir. Et puis, quand je suis parti à Londres, là, j'ai eu le déclic. J'ai écouté plein de DJ, plein de disques, de 45 tours et c'est vraiment là que je me suis dit : c'est mon truc. Quand je suis rentré en France, j'ai commencé à écrire mes lyrics, c'est venu comme ça, tout simplement.

Quel est le titre que tu préfères sur cet album et pour quelles raisons ?
Mon titre préféré, c'est "De Quoi Sera Fait Demain" pour l'originalité du morceau. Et puis, même si c'est un morceau où tout le monde peut se retrouver, c'est aussi un morceau assez personnel. Je raconte un peu ma vie dans ce morceau. C'est ce titre que je préfère car c'est la première fois que je fais un morceau acoustique. C'est aussi la première fois que j'ai travaillé un morceau comme ça, c'est çà dire la musique et les lyrics en même temps. C'est la première fois également que je me dévoile autant dans un lyric.

Quelles sont les choses que cet album solo t'a permis d'exprimer mais que tu n'avais pas encore pu faire avec Raggasonic ?
Ma philosophie rasta, tout simplement.
Aujourd'hui, en solo, je me sens un peu plus libre
C'était une chose que je ne pouvais pas trop mettre en avant à l'époque de Raggasonic parce que Big Red n'était pas rasta. Mais, c'est une chose qui est normal. Dans un groupe, tu es obligé de faire des concessions pour l'autre avec qui tu travailles. Aujourd'hui, en solo, je me sens un peu plus libre. Je peux vraiment montrer aux gens ce que je suis. Avec Raggasonic, on montrait ce que Ragasonic était, ce qu'était le concept Ragasonic. On n'était pas là pour montrer ce que Daddy Mory était ou ce que Big Red était. Aujourd'hui, je me dévoile un peu plus.

Que t'a apporté cette expérience avec Raggasonic ?
Ca m'a apporté beaucoup, ça m'a apporté le professionnalisme, le travail en studio que je ne connaissais pas de tout, même la scène. Je connaissais la scène avant, mais je ne savais pas ce qu'était une vraie tournée avec dix dates d'affilée. Là j'ai vraiment appris ça et j'ai grandi comme ça. Je suis devenu un homme dans Raggasonic et je n'ai pas honte de le dire. Raggasonic s'est formé, j'avais dix-sept ans. On a sorti notre premier album j'avais 22 ans, le troisième, j'en avais 24.

Daddy MoryLes deux premiers albums se sont vendus respectivement a plus de 200 000 exemplaires. Il y a eu des tubes comme "J'Entends Parler Du Sida". A cette époque là, comment as-tu géré le succès ?
Je ne m'y attendais pas. Franchement, à 22 ans, je ne pensais pas qu'on allait vendre tout ça. Moi, je suis assez fort spirituellement, l'argent ne m'a donc jamais fait tourner la tête. J'ai toujours été protégé de ce côté là. Mais, j'avais beaucoup de mauvaises fréquentations et j'étais mal entouré. Je n'avais pas spécialement les gens qu'il fallait autour de moi pour me dire ce qu'il ne fallait pas faire. C'est aussi pour ça que j'ai eu des problèmes avec la justice. (NDLR : en 1999, Daddy Mory a été incarcéré quatre mois aux Antilles pour détention de marijuana) Ce sont des choses qui auraient pu arriver à n'importe qui. Ce sont des trucs qui arrivent quand tu es jeune et que tu n'as pas trop d'expérience, ce qui était mon cas. Maintenant, aujourd'hui, un truc comme ça ne pourra plus m'arriver. Aujourd'hui, j'ai trente ans, de l'expérience, j'en ai, humainement et musicalement.

Quel regard portes-tu sur cette période ? Est-ce que tu regrettes certaines choses ?
Non, parce que c'est un mal pour un bien. Je dis que ça a été un mal pour un bien dans le sens que s'il n'y avait pas eu tout ça, aujourd'hui, peut-être qu'il n'y aurait pas eu d'albums, j'aurais mal fini. Ca m'a ouvert les yeux sur pas mal de chose. Sur le moment, j'étais vraiment sur le cul, j'étais dégoutté. Mais aujourd'hui, avec du recul, je me dis que c'était un mal pour un bien.

Et pour l'avenir, "De quoi Sera Fait Demain" ?
De quoi Sera Fait Demain"... Je ne suis pas médium, je ne peux pas le savoir. C'est d'ailleurs pour cela que je pose la question dans ce morceau. C'est une question qui reste sans réponse. Il n'y a que Dieu qui sait. Maintenant, il y a aussi beaucoup de projets, il y a des gens avec qui on travaille, il y a le label, tout est en train de se structurer comme il faut. Il y a des prochaines productions qui vont sortir dans deux ans environ au minimum.

Tu vas aussi te produire sur la scène de l'Elysée Montmartre le 9 octobre. Tu as déjà fais différentes dates avec cet album solo. Quel a été l'accueil du public ?
On a commencé depuis fin avril et c'est le top. Franchement, ça m'a fait vraiment chaud au coeur.
Quand je suis sur scène, je kiffe à 200%
Dans les provinces où j'ai été, je fais toutes les petites salles de 400 à 500 personnes. Partout, c'est toujours rempli, il y a toujours du monde et ça me fait plaisir. Ca me fait plaisir, qu'il y ait des gens qui me suivent toujours. Je fais une heure et demi, presque deux heures de show sur scène, je fais 25 morceaux, je fais tous les morceaux qu'il y a sur l'album et aussi d'autres morceaux que j'ai faits à côté et que les gens connaissent aussi. C'est un show complet, un beau plateau. La scène, c'est vraiment mon truc, c'est vraiment l'endroit où je me sens à l'aise. La scène ne me fait pas peur. Quand je suis sur scène, je kiffe à 200%.

Tu as des origines martiniquaises et maliennes. Est-ce qu que tu as eu l'occasion de te produire là-bas et quels souvenirs en gardes tu ?
Il y a quatre mois, on a joué au Cameroun. Durant l'été 2002, on a fait une tournée aux Antilles. Martinique Guadeloupe, c'était nickel. Ils sont vraiment au courant de ce qui se passe, même plus que le public parisien, parce que j'ai beaucoup sorti de productions pour les Antilles de 99 jusqu'à aujourd'hui. J'ai joué en Guyane et là aussi, ça s'est bien passé. Je pense que l'on va bientôt retourner là-bas. A la fin de l'année, je pense que l'on va retourner dans tous ces endroits, toute l'Afrique francophone : Cameroun, Sénégal, Mali, peut-être Côte d'Ivoire et Réunion, les Antilles, le Canada, Tahiti.. On va bouger un peu partout.

Quel serait pour toi ton plus beau rêve musical ?
Mon plus beau rêve musical, ce serait que le reggae soit beaucoup plus reconnu et que tous les artistes reggae soient plus reconnus.
je fais de la musique pour l'amour de la musique
Mon plus gros rêves, ce serait que tous les artistes reggae puissent vivre de leur musique. Moi, je ne demande pas d'avoir des disques de platine, je m'en bat les couilles. Moi, je fais de la musique pour l'amour de la musique. Mon plus gros rêve, c'est que le mouvement soit plus structuré, plus big.

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