AqME
Leur nouvel album s'appelle "Polaroïds Et Pornographie". Actuellement en tournée dans toute la France, ils s'arrêteront le 7 octobre à Paris à l'Elysée Montmartre. Rencontre avec le groupe AqME.
Koma : Il y a Benjamin qui est guitariste, il y a moi qui suis chanteur. Il y a Charlotte à la basse et Ben à la batterie. En fait, on est une formation assez classique de rock : guitare, voix batterie, chant.
Ben : Etn, le batteur et moi, nous étions dans un premier groupe. Au bout d'un moment, on a eu envie que cela devienne plus sérieux. On est alors reparti sur une nouvelle idée de groupe avec Koma. C'était, il y a à peu près cinq ans, en 1999. A partir de là, c'est devenu de plus en plus sérieux. C'est vraiment là que l'on s'est donné les moyens de vivre de la musique. Ensuite, il y a environ trois ans et demi, on a recruté Charlotte. Maintenant, c'est vraiment devenu notre métier, on fait de la musique tous les jours. On a déjà sorti un premier album en 2002 "Sombres Efforts".
Quelle est l'origine et la signification du nom du groupe ?
Koma : En fait, AqME, c'est du latin. On cherchait un nom et c'était dans la liste des noms. En latin, c'est un synonyme d'apogée.
Ben : C'est assez prétentieux...
Koma : Oui, mais en même temps, ça peut avoir l'effet inverse. Ca peut être le point culminant de quelque chose, de quelque chose de bien comme de quelque chose de mal...
Votre deuxième album est sorti depuis le 13 avril. Un deuxième album, c'est toujours un peu l'heure de vérité. Dans quel état d'esprit êtes-vous ?Koma : On est assez confiant parce qu'on l'a beaucoup travaillé On a maquetté tous les titres. De plus, on avait une idée très précise des arrangements. On savait exactement dans quelle direction on voulait aller. Finalement, on n'a pas peur, on est assez sûr de nous. On connaissait le producteur, on avait tous les titres. En fait, on n'a jamais eu trop de pression.
Vous avez effectivement de nouveau fait appel à Daniel Bergstrand. Il avait travaillé avec vous sur le premier album. Comment l'avez-vous rencontré ?
Koma : Notre batteur Etn est suédois. Tous les deux, on connaissait ce producteur depuis plusieurs années et on aimait son travail. Le fait qu'Etn soit suédois, nous a aussi un peu faciliter les choses. Etn part souvent en voyage chez sa mère en Suède. Quand on était en train d'enregistrer les maquettes de "Sombres Efforts", il a pris l'initiative d'aller le voir dans son studio, et de les lui faire écouter, comme ça, sans aucune prétention. En fait Daniel a bien aimé et il nous a dits que ça l'a intéressé de faire l'album. Ca nous a pas mal motivé et résultat, l'été qui a suivi, on a enregistré avec lui pendant un mois et demi.
Pourquoi avez-vous souhaité continuer à collaborer avec lui pour "Polaroïds Et Pornographie" ?Ben : En fait, en repartant après la fin de l'enregistrement du premier album, on savait qu'on y retournerait pour le prochain car on sentait que l'on n'avait pas utilisé à cent pour cent nos capacités mutuelles. On voulait aller au bout du truc et c'est pour cela que l'on savait pertinemment qu'on reviendrait chez lui.
Koma : Le premier album, on l'a fait en cinq semaines. Quand tu travailles avec quelqu'un comme Daniel, cinq semaines, tu n'as pas assez de temps. Il est tellement minutieux que cinq semaines, c'est limite vite fait. Là, on avait envie d'y retourner en prenant plus de temps. On a pris sept semaines et c'était un enregistrement totalement différent. Ca n'avait rien à voir avec le premier.
Justement, comment s'est-il déroulé ?
Koma : Dans le travail quotidien ça a été beaucoup de rigueur et de perfectionniste. En fait, il essaye d'avoir le meilleur son possible et de faire les meilleures prises possibles. Ca implique beaucoup de tentatives, beaucoup de temps pour faire le son. On a mis deux jours pour faire le son de batterie, deux jours pour faire le son de guitare, même chose pour la basse. Au niveau des prises, ils ont passé beaucoup de temps à éditer pour tout bien placer sur le disque. Il laisse très peu de place à l'erreur.
Ben : c'est la fameuse rigueur suédoise !
Pour l'écriture des textes, quelle a été votre ligne directrice ?Koma : Pour les textes, c'est essentiellement moi qui m'en occupe. Après, je leur soumets, ils disent si ça va ou pas et on en discute ensemble. Pour cet album, j'ai essayé d'aller dans une autre direction. Le premier était très personnel. Sur celui-là, j'ai essayé de rentrer dans la vie des autres.
Ben : En fait, on l'a un peu poussé. On voulait aborder de nouveaux sujets. Ce n'est pas quelque chose de naturel pour Koma d'aller fouiller dans la vie des autres en extrapolant. On l'a poussé dans cette direction là parce que l'on regrettait que dans le premier album, il parle toujours à la première personne. On voulait qu'il utilise d'autres sujets.
Il y a tout de même des titres qui sont très personnels...
Koma : C'est pour cela que l'album s'appelle "Polaroïds et Pornographie". Il y a des chansons qui sont très personnelles, qui sont les polaroïds, qui sont un instant figé dans le temps. Et puis, il y a l'aspect pornographie avec un côté un peu plus voyeur, un peu plus fantasmes, pas forcément réaliste. Ce sont des chansons où je parle à la troisième personne ou à la première personne mais ce n'est pas moi.
"Pornographie", le premier titre de l'album est-il un titre personnel ?
Koma : Oui ! Là, pour le coup, c'est un peu moi... C'est une chanson "Polaroïd". Je suis un peu fasciné par les films porno, mais, pas seulement les scènes de sexe, tout le reste, les scénarios, les décors, les dialogues. J'ai toujours trouvé quelque chose d'un peu bizarre là-dedans. C'est un peu comme les films d'Ed Wood, des films qui continueraient tout le temps.
Ben : il y a un côté "addictif" à la pornographie que l'on voulait dénoncer. On voulait aussi montrer qu'aujourd'hui, la pornographie dérègle notre vision des choses, de l'amour, du sexe.
Quelles sont les personnes dans votre ligne de mire dans le morceau "Ce Que Tu Es" ?
Koma : Les deux couplets sont coupés en deux. En fait, chaque demi-couplet s'adresse à une personne ou à une masse de personnes en particulier. La première partie du premier couplet s'adresse à Damien Saez que je déteste cordialement ou même à Kyo que je n'aime pas non plus, à tous ces gens-là. La deuxième partie du couplet s'adresse à tous les gens qui sont totalement intolérants. Sous prétexte que l'on a pas mal de mélodies et pas mal de chants dans nos chansons, on n'a pas le droit de revendiquer l'étiquette métal. Pourtant, dans le fond, on est assez métal et on le revendique de temps en temps. Mais, pour certaines personnes, c'est gênant. La deuxième partie de ce premier couplet, c'est donc une réponse à ces personnes. Pour le deuxième couplet, la première partie c'est sur la Star Academy et tous ces gagnants d'émissions télé et la dernière partie, c'est sur moi.
Ben : On regrette qu'en France, pour devenir populaires, les artistes s'adaptent aux radios aux médias. Ils n'essayent jamais de bousculer toutes ces choses-là, en forçant via le public tous les médias à s'adapter à eux. Voila ce que l'on reproche à tous les gens qui ont visés dans ce morceau et à l'environnement musical français en général. Pour passer à un stade supérieur, il y a en a très peu qui arrivent à garder leur intégrité. Finalement, ils finissent tous par abdiquer au format qui leur a été dicté par les médias.
Le fait de faire beaucoup de scène, est-ce justement pour vous une manière de défendre votre intégrité tout en restant en contact avec le grand public ?
Koma : Disons, que c'est aussi de là où l'on vient. On a commencé par le live, pour ensuite faire des albums. Or eux, c'est le système inverse. Ils ont commencé par des albums et maintenant, ils sont obligés de faire du live. Nous, c'est quelque chose que l'on ne comprend pas, ce n'est pas comme ça que ça marche. Dans tout groupe, quand tu commences à jouer, ta première ambition, c'est de faire des concerts, ce n'est pas de faire un album.
Vous êtes sur un label indépendant : At(h)ome. Est-ce un choix délibéré de votre part ?Koma : Oui, c'est un choix. Au début on avait plusieurs propositions avec des majors et en fait, ça ne se passait pas comme on voulait.
Ben : A l'époque, notre principal single était "Si N'Existe Pas". Il y en a une qui nous a dits : Ecoutez, ce serait bien s'il y avait plusieurs "Si N'Existe Pas" sur l'album. Et ça, c'est vraiment quelque chose que l'on voulait éviter. A ce moment-là, on voulait sortir "Sombres Effort" tel quel. On ne voulait pas de compromis par rapport à la composition. At(h)ome ont été les seuls à nous dire : On le sort tel quel, il est parfait.
Koma : Ce sont les seuls qui nous ont toujours compris musicalement et humainement.
Ben : Si un jour on incorpore un truc plus gros, c'est qu'on aura vraiment la main mise, que l'on dictera notre loi et que l'on n'aura aucune pression artistique.
Pourquoi n'avez-vous pas développé une structure indépendante avec le collectif Nowhere ?
Ben : A la base, c'était un peu le but. Au début, on avait commencé avec Enhancer, Pleymo, Wünjo et Noisy Fate. Aujourd'hui, Noisy Fate a disparu mais le chanteur a un autre groupe. C'est vrai qu'au départ, le but était de faire un label. L'idée n'est pas complètement morte, mais aujourd'hui, on a tous un peu des idées différentes et Nowhere est un peu au second plan. A l'origine, Nowhere était quelque chose qui était vitale, qui nous permettait de faire des plateaux, de faire des concerts. A l'époque, on n'arrivait pas à jouer avec des groupes. Aujourd'hui, on n'a plus vingt ans. Personnellement, l'idée de collectif n'est plus un truc qui m'attire autant. On garde bien sur des amitiés très fortes avec des autres groupes, mais on a plus trop le temps de se voir. Tout le monde a suivi son chemin et maintenant chacun suit sa route.
Parmi les titres de l'album "La Vie est Belle" ressort et véhicule une tonalité plus positive...
Koma : En fait, c'est une chanson qui est assez ironique. On dit des choses assez positives, mais la musique est vraiment très lourde, triste... En fait, je la trouve assez dure. Pour ne rien tee cacher, pendant les prises, quant on a commencé à faire cette chanson là, ça m'a complètement ruiné le moral. J'ai terminé cette chanson en pleurant dans la cabine !
Pouvez-vous m'expliquer "La Théorie Du Poisson Rouge" que vous développez dans le titre du même nom ?
Koma : Là, je parle d'une jeune fille et je fais le parallèle avec le poisson rouge, Un poisson rouge a trois secondes de mémoire. Donc, en fait, quand il est heureux, comme il n'a que trois secondes de mémoire, il a l'impression d'avoir été heureux toute sa vie. Inversement, quand il est malheureux, il a l'impression d'avoir été malheureux toute sa vie.
Ben : C'est un petit peu sur la futilité que l'on peut avoir à certains moments. Je pense que tout le monde à des phases comme ça. Tout le monde a des moments où l'on va donner de l'importance à des choses qui n'en ont pas tant que ça. Là, il prend exemple sur une fille, mais, je pense que cela peut s'appliquer à beaucoup de gens.
Koma : Quand je dis "Elle", ça aurait pu être l'humanité.
Ben : En fait, cette chanson-là, elle me fait penser à une phrase que j'ai lue dans une interview de Britney Spears. Elle disait que, dès fois, quand elle allait mal, il suffisait qu'elle achète une nouvelle paire de chaussures et d'un seul coup, tout allait bien ! Cette phrase-là, elle illustre pas mal cette chanson...
Quel est votre titre préféré sur cet album ?Ben : Du point de vie du guitariste, ça serait "La Théorie Du Poisson Rouge". J'ai passé beaucoup de temps à travailler dessus. C'est sur ce morceau qu'il y a les riffs les plus élaborés et ceux dont je suis pour l'instant le plus fier sur tout ce que l'on a fait.
Koma : Moi, j'aime beaucoup un titre qui s'appelle "Vampire". C'est assez personnel. Sur ce titre, il y a deux sortes de chants. Il y a des chants très bas, un peu murmurés et après il y a des grandes envolées. J'aime bien, parce que c'est un mélange de tout. Au niveau de la musique, ça va dans le calme comme dans le lourd. J'aime beaucoup cette chanson-là.
Ben : Et en deuxième choix, je dirais "Pornographie". Pour moi, le riff principal c'est un riff majeur, il est implacable.
Koma : Alors, moi, en deuxième, je dirais "3.38" parce que c'est un texte contre la drogue et c'est un sujet qui me tient à coeur. Je voulais en parler sans forcément être démago. Plutôt que de dire la drogue c'est mal, j'ai préféré me mettre à la place de gens pour qui la drogue a gâché leur vie.
Vous avez déjà débuté une tournée avec entre autres une date à Paris au Nouveau Casino. Quel a été l'accueil du public pour ce nouvel album ?
Koma : Merveilleux ! Ca commence très bien ! On est vraiment surpris car il y a plein de gens que l'on ne connaît pas. C'est assez surprenant car d'un seul coup on remplit vraiment des salles.
Ben : On a beaucoup plus de spectateurs. C'est extraordinaire pour un groupe de rock comme nous. C'est super gratifiant !
Comment va se dérouler votre tournée ?
Koma : On espère aller jusqu'en juillet 2005, on espère faire une grosse tournée. On commence gentiment en se chauffant, en passant un petit peu partout à travers la France. Et puis, à partir de septembre, on fera vraiment des grosses salles pour terminer par les gros festivals en 2005. On sera à l'Elysée Montmartre le 7 octobre prochain.
Lors de la dernière tournée, vous êtes passés au Eurockéennes de Belfort. Est-ce votre souvenir de scène le plus fort ?Koma : C'était la plus grosse date de la tournée précédente. On a joué devant 10 000 personnes. On a été très impressionné. Moi, j'étais tout pâle, j'avais vraiment très peur. C'était vraiment un très très bon souvenir. Mais, j'aime bien aussi jouer dans des petits clubs où c'est un peu le bordel, où je me mets sur le bar et je chante avec le public et où il commence à y avoir un réel échange. J'aime beaucoup les festivals comme les Eurockéennes, mais devant 10 000 personnes avec des équipes de télé, des gens qui enregistrent le concert, des gens qui sont loin parce qu'ils sont derrière des barrières, il y a moins d'échange. C'est vrai que c'est un luxe parce que tout est parfait. Sur la scène on a de la place, de super retour, on a plein de matériel, on est vraiment à l'aise. Mais, je crois que je préfère quand c'est un peu plus risqué.
Ben : Moi, j'aime bien les deux. J'ai aussi un souvenir de la dernière tournée, c'était les Artefact de Strasbourg. On avait vraiment eu un super accueil, c'était vraiment un truc de fou. D'ailleurs, le Nord Est, c'est vraiment mortel pour AqMe. On a toujours eu un super accueil. En fait, un bon concert, c'est celui où l'on arrive à être un peu comme en répétition, où l'on arrive à communiquer entre nous, à faire passer notre énergie. C'est lorsqu'il y a un véritable échange avec le public, que l'on se sent bien avec lui. Quand on prend du plaisir sur scène, çaa se ressent, les gens le ressentent eux aussi et prennent également du plaisir.
Une semaine après la sortie de "Polaroïds Et Pornographie", vous vous classez seizième du classement des ventes d'album. Quel est votre sentiment par rapport à ce bon résultat ?
Ben : On est super content !
Koma : On est super impressionné ! On a un public qui nous soutient. A l'heure où pas mal de gamins gravent les disques, on peut se rendre compte qu'on a vraiment un public qui nous suit.
Ben : Peut-être que l'on fera ensuite la plus belle chute du top, mais en tout cas, sur une semaine, on aura vraiment botté quelques culs. On est vraiment très content. On aura fessé quelques personnes que l'on n'aime pas et c'est super !
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