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Cut Killer

Après des années passées dans le mouvement hip hop, Cut Killer n'est pas seulement devenu un des DJ's les plus célèbres de l'hexagone. Il est aussi compositeur, producteur et chef d'entreprise. Rencontre avec le big boss du Double H.

Comment es-tu devenu DJ et pourquoi tu t'es-tu intéressé au hip hop ?
C'était en 1984, lorsque le mouvement a commencé à exploser. Je me suis un peu incrusté dans ce monde là. L'envie de devenir DJ, c'est à force d'écouter cette musique et de voir que derrière, il y avait un mouvement, que l'on pouvait faire des disciplines : DJ, MC, graff, danse, beat box... Mais j'ai réellement voulu être DJ lorsque j'ai vu Dee Nasty officier au Globo, et surtout à partir du moment ou DJ Cash Money, qui était à l'époque champion du monde de DJ Technics DMC, a fait une démo à Paris. Là, vraiment, je me suis dit, voilà, c'est ça que je veux faire.

Ensuite, très vite, tu vas véritablement t'investir dans ce milieu en participant notamment à la création d'IZB, une association à l'époque destinée à promouvoir la culture urbaine...
Au début, on a commencé tout doucement. Quand on fait partie d'un clan, d'un groupe, on rencontre des gens, on discute, on voit ce que l'on peut prendre. IZB était une plaque tournante. A partir de là, on était un groupe de gosses, on voulait faire des choses constructives. Ces choses constructives, c'étaient de faire des soirées, et qui dit soirées dit obligatoirement DJ. C'est là que tout a commencé...

Un peu plus tard, tu as également contribué à populariser en France le concept américain de la mix-tape, c'est à dire la diffusion de cassettes de nouveautés rap mixées et dans lesquelles on peut trouver des freestyles d'artistes...
Complètement ! Pour être reconnu en France, il faut faire les championnats de DJ. Une fois que tu as passé le stade des championnats, tu fais ton petit bonhomme de chemin. J'ai donc été le premier à sortir une mix-tape avec DJ Clyde et puis aujourd'hui il y a les compilations.

Enfin, il y a eu la création du Double H.. Comment as-tu fondé cette structure ?
Le Double H, à la base c'est un label de production que j'ai créé avec mon pote East qui est mort maintenant. On voulait faire un label indépendant. On a crée cette association et de là, on a enchaîné sur nos maquettes. Malheureusement, East a eu son accident. On n'a pas pu continuer. Ensuite, j'ai commencé à élaborer la direction de l'association vers la société. Quand j'ai commencé à faire des compilations, on a vu que ça marchait plutôt bien. Avec DJ Abdel, on a décidé de créer une société ensemble. On a monté Double H Production. C'est devenu un label indépendant. J'avais juste commencé à faire mes compilations chez Universal puis après on a signé un label diff chez Sony Music et aujourd'hui on revient indépendant et on signe des artistes à droite à gauche.

Comment s'est faite la rencontre avec Abdel ?
Ca s'est fait, il y a maintenant douze ans. C'est simple, je ne le connaissais pas officiellement mais je le croisais à Ticaret à Paris. C'était un magasin hip hop à l'époque. On s'est réellement rencontré en 1989, 1990. Ca s'est passé à New York. C'était la première fois qu'il y allait, moi aussi. On a commencé à sympathiser et à discuter.

Dans cette activité de label du Double H, peux-tu nous présenter les différents artistes qui en font partie ?
Au départ on avait signé Fab. En DJ, il y avait Cut Killer et Abdel. On a enchaîné sur une co-production avec 113, on a signé 113. On a sorti les premiers maxi d'Ideal J. On devait travailler avec Ideal J et puis ça ne s'est pas fait, ça s'est passé avec Arsenal. Depuis, on a signé d'autres artistes comme Doudou Masta et Pierrot Battery qui est un chanteur R&B. On a enchaîné avec des groupes pas connus tels que Extase, Cassidy. Il y en a plein qui ne sont pas sortis. On veut vraiment faire un travail de terrain avec les artistes et au fur et à mesure, on développe. Ensuite, de leur côté, les DJ's font leur petit bonhomme de chemin et chacun essaye d'avancer comme il peut.

Le double H, c'est aussi d'autres choses. Tu t'es également lancé dans la production d'une ligne de vêtements hip hop ?
Oui, HH Wear ! En fait, HH Wear c'est une marque que j'ai commencé à développer, il y a peu de temps. A la base, on a juste fait ça pour nous ! A force de porter sur nous des vêtements HH Wear, les gens ont commencé à nous demander où est-ce qu'ils pouvaient les avoir. Au départ, ce n'était pas notre direction. Mais c'est vrai que les gens apprécient cette marque. On a sorti deux trois modèles, on va arriver au dixième modèle. Je pense que ça va bien prendre. HH Wear n'est pas encore implantée réellement mais je crois que l'on va déclencher la machine de guerre courant 2002 ou début 2003.

Est-ce compliqué de développer une structure indépendante dans le hip hop comme le double H ? Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées ?
C'est très compliqué ! Le problème avec une structure, c'est que, quoiqu'il arrive, il faut gérer : ça veut dire créer des emplois, gérer l'argent qui rentre et qui sort, faire attention à payer ses créanciers, ne pas oublier l'URSSAF... et puis après il y a les problèmes juridiques... Ca va super loin ! Au départ quand tu montes une société, c'est beaucoup d'attention. Il faut vite comprendre comment ça marche et savoir ce que tu veux faire. Par rapport au travail de production, de conception de morceaux, ça m'a mis des bâtons dans les roues. Je ne pouvais pas vraiment faire tout ce que je voulais. Entre les soirées, les mix-tapes, les compiles, plus la production, plus faire des morceaux, tu ne peux pas tout faire. Il faut aussi faire attention avec les maisons de disques. Quand on parle business, c'est business. Il faut faire super attention pour rester très intègre. On sait que la maison de disque veut faire de l'argent, c'est clair, mais il faut garder ton produit, ton artiste aussi crédible que possible : ne pas tomber dans un créneau commercial, se débrouiller pour pouvoir continuer à faire ce que tu as envie de faire et ce qui te plait, ne pas rentrer dans un quota ou dans un concept.

Tu mènes également ta carrière personnelle de DJ. Tu as déjà sorti pas mal d'albums. Ta dernière production en date, c'est " Hip hop soul party 5 ". Quel est le concept de cette série de compilations ?
Les trois premières c'était Cut killer qui présentait les hip hop soul party. A l'époque, c'était chez Universal. Après une interruption de trois ans, je suis revenu chez Universal. J'ai poussé mon collègue Abdel à faire le deuxième partie du CD, la partie R&B. Depuis, sur "Hip hop soul party 4" et également sur "Hip hop soul party 5", c'est devenu un binôme. La tonalité est hip hop R&B. On ne développe pas réellement beaucoup d'artistes français. En général, il n'y a que deux ou trois inédits par compilation. En revanche, c'est plus dans le "Cut Killer show " qu'une place importante est réservée pour le rap français. C'est d'ailleurs le concept de cet autre CD. "Hip hop soul party", c'est vraiment ambiance soirée fête mixée par les DJ's et "Cut killer show ", c'est plus ambiance radio et rap francophone.

Tu as l'occasion d'animer des dizaines de soirées par mois, tu as mixé dans différents pays du monde entier, récemment, notamment, en Pologne, en Allemagne, au Portugal... Comment réagissent ces différents publics et leur perception du hip hop est-elle différente de celle du public français ?
Ca c'est génial ! On a des bons retours. Lorsque l'on va à l'étranger, les gens s'attendent à écouter du Français. Maintenant, il y a des pays beaucoup plus réceptifs que d'autres. En France, le public est beaucoup plus R&B dans les clubs. En Allemagne, ils sont beaucoup plus hip hop. Ils sont plus ouverts car ils sont déjà dans un concept anglais-allemand. Ils sont plus bilingues que nous. En France, on ne comprend pas ce que les Américains disent. On apprécie surtout la musique, plus que les paroles. En Suède, c'est le même concept sauf qu'ils sont un peu plus R&B. En Australie, c'est vraiment hip hop. En Pologne, c'est mélangé... En général, dans les pays européens ils sont plus pointus en hip hop qu'en R&B.Ensuite, ça dépend aussi beaucoup du concept de soirée où tu vas. Si tu vas dans des clubs, c'est vrai qu'ils s'attendent à avoir un truc assez commercial mais quand même plus pointu qu'en France. En France, c'est commercial tout court. En Angleterre ils sont là pour les nouveautés. Ils savent tout ce qui sort. Il faut que tu sois présent sur tous les styles de nouveautés. En Europe, et même dans les pays étrangers, voir au Japon, ils ont une culture Old School qui est plus importante que nous car ça fait plus longtemps qu'ils écoutent ce type de musique. En France, le problème, c'est que malheureusement, le hip hop est pris comme une musique urbaine et limite racaille, comme une musique à problème. Les boites ont mis du temps avant laisser entrer cette musique. Dans les autres pays, c'est différent. Le hip hop, ce sont plus des fans, des gens qui apprécient cette musique. C'est là leur force et c'est aussi pour cela qu'ils ont beaucoup plus de budget, de structures pour pouvoir accueillir des concerts ou de soirées. A l'étranger, le hip hop est considéré plus comme une musique qui rapporte de l'argent sans avoir de problèmes.

Enfin, tu as aussi composé des musiques de films. Pourquoi t'es-tu engagé dans ce type d'activité et comment travailles-tu pour composer ?
Moi, je suis un grand fan de films et de musiques de films. Chez moi, j'ai une collection impressionnante de DVD. Le cinéma, c 'est ma deuxième passion. Du coup, je me suis dit, pourquoi ne pas essayer de rentrer dans un créneau musique de films. C'est la seule direction que je pourrais avoir pour rentrer dans le cinéma. Il était hors de question que je fasse acteur. Il y a quelques années Mathieu Kassovitz m'avait appelé pour faire un rôle de DJ dans "La haine". On m'a appelé aussi pour le film "The dancer" toujours pour un rôle de DJ. C'est un peu restreint mais en même temps je ne suis pas acteur. C'est plus derrière la caméra que je voyais ma place. Et puis on a eu une proposition. On a commencé sur "La squale". C'était un film urbain, donc musique urbaine, hip hop. On a enchaîné sur "Gamer" et puis Abdel a continué avec "La Vérité si je mens 2". Maintenant, comment ça se passe ? On voit le film qui n'est pas monté ou alors on nous fait parvenir un scénario. De là, on commence à s'inspirer pour essayer de sortir quelque chose.

Artiste, producteur, DJ, compositeur, chef d'entreprise... Quelles sont tes activités préférées ?
C'est celle de base : faire des soirées, être DJ. C'est vraiment ma passion, j'ai commencé comme ça et je finirai comme ça. Il y a le contact du public et là tu sais tout de suite ce qui va marcher ou ce qui ne va pas marcher. Il y a aussi la radio. C'est un vecteur, c'est comme un journal du hip hop où tu passes tes nouveautés, tes disques fétiches et tu les mixes à ta façon. La composition vient en troisième plan. C'est un travail personnel où tu te dis qu'il faut encore qu tu arrives à faire danser les gens, à leur faire apprécier ta musique. Enfin, la production vient vraiment en dernier. C'est vraiment du travail. C'est une question de logistique, de gestion, de réunion, de placement de terrain pour pouvoir faire de bonnes sorties.

Quel regard portes-tu sur le rôle des DJ ?
Concrètement, il faut être content car on n'a jamais eu autant de choses que maintenant. En tant que DJ, le fait de faire des compilations, d'avoir un bon marché de mix-tapes et le fait que les gens reconnaissent un peu le travail de DJ en soirée c'est très glorifiant et gratifiant. Maintenant, il y a plein d'autres choses à faire. Il faut continuer à travailler. Aujourd'hui, on a un meilleur développement d'artistes DJ rap et R&B qu'il y a deux ans. Moi je suis assez content de la direction.

Quelle est ton opinion sur l'évolution du courant musical hip hop ?
Pour le mouvement hip hop en général, on a été un peu déçu. Je parle des gens qui vivent avec cette musique qui, pour eux, est plus qu'une passion et qu'un travail. On a été déçu de la direction des maisons de disque. Il y a eu une explosion du rap français avec des signatures à tout bout de champs d'artistes qui n'étaient pas prêts pour faire un album. Cela a étouffé le rap français. Beaucoup de gens ont travaillé dans leur coin. Des artistes qu'on aurait pu pressentir majeurs et qui se sentaient prêts pour faire un album, se sont en fait rendus compte qu'après la sortie de leur album, il n'y avait pas assez de choses et de concepts intéressants pour arriver à un disque d'or. Aujourd'hui, il y a moins de signatures, il y a beaucoup plus de sociétés indépendantes. Il faut tenir le coup, il faut vraiment analyser en fonction du marché, faire de bons concepts, de bonnes musiques. Maintenant, quand on s'investit quand on crée des sociétés, il ne faut jamais oublier qu'il faut bien gérer pour ne pas tomber. Mais, ça doit aussi rester un truc super fun. On doit toujours s'amuser.

Quel sont tes principaux projets pour l'année 2002 ?
Début février, on enchaîne avec une compile ragga, le ragga parce que c'est un truc que j'apprécie. C'est une compile comme "Hip hop soul party" mais en ragga. On continue avec la sortie de l'album de Doudou Masta. On poursuit dans trois quatre mois avec le lancement de l'album de Pierrot Battery, et on termine avec "Hip hop soul party 6" en juin. On ne sait pas encore si je vais le faire avec DJ Abdel. Pour l'instant je suis parti pour le faire tout seul mais on va voir. Egalement au programme, un LP avec nos artistes du Double H, des artistes qui pour l'instant ne sont pas connu. Il y a toujours, des mix-tapes, des soirées, mes émissions de radio. Enfin, on a deux gros projets pour mi 2002, mais pour l'instant, il est trop tôt pour en parler.

On va sortir un peu de la réalité et imaginer que tout est possible. Quels seraient alors tes rêves les plus fous comme DJ, compositeur et producteur ?
Mon rêve fou, ce serait de faire une grosse tournée aux Etats-Unis. C'est là où tout a commencé ou ça a explosé. Mais c'est quasiment impossible de se développer à moins d'avoir de gros coups de pouce. Aujourd'hui, j'ai un gros coup de pouce de la part de Fonkmasterflex. C'est le DJ numéro 1 aux Etats-Unis. Il m'a fait rentrer dans son pool de DJ internationaux. Ca peut être une direction mais de là à faire une tournée... Maintenant en tant que compositeur de musique, ce serait de rencontrer Georges Lucas car je suis un grand fan de Sar Wars. Si je pouvais juste voir John Williams travailler, ce serait un gros rêve. Enfin, en terme de producteur, s'il n'y avait pas de limites, ce serait de travailler avec tous les artistes américains qui me plaisent !

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Auteur

Olivier Delay, le 31/12/2001 pour MusicActu
olivier.delay@musicactu.com

Cut Killer
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