L'Algérino, le rappeur sage de Marseille...
"Les Derniers Seront Les Premiers" marque le début de l'aventure musicale pour L'Algérino. Le rappeur marseillais nous livre sa vision de la France, évoque sa rencontre avec IAM et adresse une critique sévère au rap hexagonal...
Assez sereinement. J'essaye d'être le plus franc possible, d'être moi-même et naturel quand je réponds aux questions. La seule chose contraignante est de répondre toujours de la même façon aux mêmes questions. C'est du rabâchement (rires).
Ton album "Les Derniers Seront Les Premiers" s'est récemment classé à la 32ème place dans les charts français. C'est un bon score !?
Je ne savais pas vraiment ce que ça voulait dire. On m'a dit que c'était la troisième meilleure entrée après Mylène Farmer et Mariah Carey et on m'a expliqué que c'était terrible sans radio, sans télé et sans promo. J'étais content !
Sur la pochette du disque on aperçoit tes yeux en gros plan avec une bande de jeunes dessous. Quel en est l'esprit ?Les yeux symbolisent le fait de regarder droit devant, ça montre ma détermination et mon optimisme. L'effet de masse en dessous sont des amis à moi, pour dire qu'on est tous ensemble, soudés, que les derniers seront les premiers pour avancer. C'est de l'espoir.
A l'écoute des titres de l'album, on a l'impression que tu écris tes textes d'un jet...
C'est souvent d'un jet, je retouche très rarement mes textes. J'aime bien le frais, la spontanéité, le feeling. Quand ils ne sont pas bons, je les déchire totalement. Pour écrire je me retrouve chez moi avec un papier, un stylo, seul avec moi-même. Ca m'aide à prendre du recul sur les choses.
Sur le morceau "On Revient De Loin", tu portes un jugement assez sévère sur les représentants du rap français, à travers la phrase "n'écoute pas les rappeurs, les premiers à prêcher le faux". Quelle est ta vision exacte de cette scène hip-hop hexagonale ?
Malheureusement il y a énormément de mythomanes dans le rap ! Je suis bien placé pour le savoir,
| Dans ce milieu beaucoup de gens prêchent le faux pour faire de l'argent. |
Tu te définis donc comme le meilleur rappeur du monde : conscient, vrai et sincère ?
Je vais pas me trouver des qualificatifs. Sans prétention aucune, je reste moi-même, j'essaye d'être le plus fidèle et recracher tout ce que je pense, sans retenue aucune. Cet album c'est L'Algérino, Samir, c'est pas un autre mec. Quand je vais dans mon quartier, on ne vient pas me dire : "attends, c'est pas vrai ce que tu as dit sur ton album". Je n'ai ni menti au public, ni à mes proches.
Tu évoques l'immigration en France dans "Le Rêve Français". Pour parler actualité, penses-tu que la France reste un "rêve français" avec plus de dix pour cent de chômage actuellement ?En tant que personne qui va souvent en Algérie, je te dis que c'est toujours un gros rêve pour tous les algériens de venir en France. Ils ne savent pas que la vie est difficile en France. C'est peut-être à cause de nous, smicars, qui rentrons avec de grosses voitures en Algérie. On fait des crédits à vie pour s'acheter une Golf. On laisse croire que la France c'est le paradis.
Tu as eu l'occasion de te produire plusieurs fois sur scène avec IAM. Comment s'est déroulée la rencontre ?
J'habite juste à côté des Psy 4 De La Rime. On rappe ensemble depuis tout gosse. Quand j'ai posé sur leur premier album, "Block Party", j'ai rencontré Akhénaton dans les studios à Poska. Ils aimait bien les maquettes et je me suis retrouvé à signer sur son label. J'ai signé deux mois avant de faire la première partie de IAM.
Comment analyses-tu la différence entre la scène rap marseillaise et la scène rap parisienne ? Je suis conscient que ce n'est pas un concours mais les deux sont bien distinctes...
Oui. Il y en a une avec le soleil, l'autre avec les nuages (rires). Je ne saurai pas vraiment te dire quelle différence il y a. Les thèmes sont à peu près les mêmes mais abordés d'une autre façon. Ca se joue peut-être au niveau de l'accent et au niveau du langage : on n'a pas le même argot que les parisiens, les mêmes façons de tourner les phrases. En plus ils sont supporters du PSG !
Quels sont les parisiens que tu apprécies ?
J'aime bien Kéry James, Ärsenik, Oxmo Puccino, NTM. J'étais aussi fan des premiers Solaar quand j'étais gamin, après il a un peu viré.
Tu baignes dans le milieu du rap depuis tout petit. Tu n'as jamais été tenté de quitter tes études prématurément ?Non. A la base je ne voulais pas faire du rap une carrière, j'en faisais comme ça le week-end. C'est venu après, quand j'ai rencontré les Psy 4 à la fac, puis Akhénaton. Je me suis dit : "pourquoi je ne ferai pas un album solo ?". J'ai fait ce choix un peu à l'insu de mes parents. Je ne regrette pas !
J'imagine que tu vas être pas mal occupé durant les mois qui arrivent...
Je vais partir en promo en mai, avec des showcases Fnac, des radios, j'ai des concerts prévus à Marseille, Dignes, Nîmes, Nantes, en Suisse, en Belgique et au Canada. Je vais aussi faire un concert pour les orphelins de l'Algérie, à Alès, avec 3000 personnes. C'est le 18 juin.
Et la phrase finale sera...
Sur mon album, j'ai pris le risque de parler d'un vrai truc, de prendre position sur l'amalgame entre l'Islam et le terrorisme, j'ai donné ma vision de la France, sur le voile. J'ai pris position et c'est ma fierté. Voilà.
> TOUT SUR... L'ALGERINO :
- à visiter : www.361records.com
- à télécharger : le clip du titre "On Est Là !"
- dans les bacs : album "Les Derniers Seront Les Premiers", déjà disponible.
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