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Rocé

"Top Départ" pour Rocé ! Son premier album déboule dans les bacs le 29 janvier. "Arriver, Prouver, Partir", trois mots qui, à eux seuls, résument l'éthique de ce nouveau talent prometteur de la scène rap. Après un concert donné à Paris, au Nouveau Casino, rencontre avec un rappeur authentique et sans concessions.

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Olivier Delay le 28/01/2002 pour MusicActu

Ecoutez un extrait de l'interview

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Rocé, ton premier album "Top Départ" sort le 29 janvier. Même si le grand public ne te connaît pas encore bien, tu as déjà derrière toi un parcours d'une dizaine d'années dans le milieu hip hop. Peux-tu te présenter ?

Rocé pour l'album "Top Départ", un album produit par Chronwax. Pour l'instant j'ai sorti des maxis vinyles sur le label Espionnage, le label de DJ Mehdi, qu j'ai rencontré par l'intermédiaire de Manu Key. Le premier truc que j'ai fait c'était dans son album, l'album "Different Teep". C'était un interlude qui s'appelait "Respect". C'était en 96. Depuis, j'ai sorti des maxis vinyles, j'ai participé à des compilations comme "Première classe" et aujourd'hui je sors mon premier album.

Au cours de ces dix dernières années, je crois que tu as touché aussi à toutes les disciplines du hip hop : graf, djing, danse. Pourquoi avoir finalement choisi de te concentrer principalement sur le rap ?
J'ai commencé par la chanson. Après, effectivement, j'ai touché un peu à tout. En 1989, 1990, j'ai touché au tag, à la danse et au rap. Moi, c'est le rap que j'ai vraiment kiffé, j'ai donc continué dans le rap. J'ai suivi ma voie. A l'époque, j'écoutais Radio Nova, l'émission de Dee Nasty où il y avait tous les anciens. Ce sont eux qui m'ont influencé jusqu'à aujourd'hui. C'est un choix personnel. Chacun trouve son truc. Je continue à essayer de danser. Je kiffe toujours le graff. Mais, je suis plus en suiveur car je n'ai pas un super talent là-dedans. Si j'avais plus de temps, peut-être que je ferais aussi d'autres trucs...

La première personne qui t'a donnée un coup de pouce, c'est Manu key avec une participation sur son album "Different Teep". Comment vous êtes-vous rencontrés ?
J'habitais dans le 94 à Thiais, à côté d'Orly. On se connaissait de vue. Il savait que je faisais du son. Je savais qu'il faisait du son. Il connaissait bien mon frère DJ Ismaël. Un jour, je lui ai fait écouter une maquette. Il a kiffé. On devait faire un morceau ensemble et puis tout compte fait, il a pris l'interlude pour son album.

Une autre personne a beaucoup compté pour toi c'est DJ Mehdi...
Il faisait les sons pour l'album "Different Teep". Je suis venu poser, on a sympathisé. A l'époque, il montait son label Espionnage. Mis à part lui-même, j'ai été le premier artiste du label.

Résultat, en 1998, tu sors deux maxis "Pour l'horizon / De ma Haine à ma Haine" et "Ricochet / Encore et Encore". Les titres "Pour l'horizon" et "Ricochet" sont d'ailleurs sur l'album. Pourquoi avoir choisi le vinyle comme support ? Est-ce que c'était pour toi une manière de te tester ?
C'était pour se tester. On a fait avec les moyens du bord. Lorsqu'on est un artiste inconnu, sortir un album dès le début c'est bizarre. C'était pour voir la répercussion que ça aurait. Ca a bien réussi. Ca a fait un buzz. Tu peux faire un buzz avec pas grand chose. Les vinyles, les platines, c'est la base du hip hop. Sortir un truc ou tu as l'a cappella et l'instru pour passer sur scène, ça fait toujours plaisir. Ce n'est pas mieux ou moins bien qu'un album, c'est différent.

Enfin, avec 2002, c'est l'arrivée du premier album "Top Départ", un album pour lequel tu as pris ton temps. Pourquoi une gestation aussi longue ?
Ca a duré quatre ans. Le temps qu'on le fasse... On s'est pris la tête... Il y a eu pas mal de morceaux qu'on a jetés, d'autres qu'on a refaits au dernier moment. On n'a pas voulu donner comme ça le premier jet qui sort. On a voulu attendre, mûrir, faire ça le mieux possible.

Roce Que représente pour toi ce premier album ?
C'est vraiment le départ. C'est dix ans de vie dans le hip-hop. Tout ça, je l'ai mis dans cet album. C'est pour moi le début d'un départ officiel, d'un départ beaucoup plus officiel que des maxis. Ce n'est plus un jeu. On est les deux pieds dedans et puis voilà, c'est parti.

Contrairement à pas mal de rappeurs, ton album ne comporte pas une liste sans fin de featurings. Tu travailles plutôt en solitaire ?
Oui, en fait, j'ai toujours travaillé tout seul. Je n'arrive pas à travailler avec les autres. Je n'en ai pas non plus beaucoup l'envie. J'aime bien travailler seul. Je pense que plus tu travailles à plusieurs, plus c'est dur. Il faut savoir s'organiser. Ca dure plus longtemps. Déjà que tout seul, je mets beaucoup de temps alors à plusieurs...

Il y a tout de même quelques personnes qui ont collaboré avec toi pour la production de cet album ?
Il y a eu DJ Mehdi. Il y a eu Ol Tenzano, le DJ de Less du Neuf, ce sont des gens que je côtoie depuis longtemps et que je connais vraiment bien. Sinon, il y a Dave 1, un rappeur canadien qui a fait un son. On ne se connaissait pas vraiment mais j'ai appris à le connaître.

Il y a également une personne qui compte beaucoup pour toi et qui a été très présente tout au long de la conception de "Top Départ", c'est ton frère DJ Ismaël. Quel a été son rôle ? Le fait que ce soit une personne très proche de toi a-t-il facilité ton travail ?
C'est mon grand frère. C'est un truc qu'on partage ensemble. Il m'a beaucoup apporté. Il a ramené différentes touches. C'est un peu mon directeur artistique. Un truc qu'il trouve pas bien, je vais en tenir compte. Un truc qu'il trouve bien, je vais le prendre en compte aussi. Tous les conseils qu'il me donne, je les prends en compte. C'est un peu mon conseiller. Même, les trucs que je fais tout seul, il est toujours là derrière pour me donner son avis, pour me dire ce qu'il en pense.

Comment s'est déroulé le travail de conception de cet album ? Y-a-t-il des choses qui ont été plus difficiles à faire que d'autres ? Y-a-t-il des choses qui t'ont plus intéressées que d'autres ?
C'est un tout. Je me suis occupé de tout avec DJ Ismaël. Quand j'écris les textes, je lui rappe et il me dit ce qu'il en pense. S'il fait des sons, je lui donne mon avis, même chose lorsque c'est moi qui fait les sons. Le mis, la promo... Pour tout ce qui se passe dans cet album, j'ai été là. Les sons, ça fait longtemps que j'en fais. Ca fait longtemps également que je rappe. J'aime bien un peu tout voir, même si je ne touche pas encore à tout.

Quelles sont tes sources d'inspiration ?
Je les trouve un peu partout, là ou je regarde. Au début c'était spécifiquement dans le rap. Aujourd'hui, c'est le funk, la soul, mais aussi les films, les discussions avec les potes. C'est le vécu, c'est juste ça.

De quelle manière écris-tu tes textes ?
Ca dépend des morceaux. Il y a des morceaux ou ça peut arriver comme ça, d'un coup et puis il y en a d'autres ou tu te prends la tête pendant trois jours et ou tu n'as écris que deux phrases. En fait, le truc que tu ne peux pas commander, c'est l'inspiration. Tu as beau te dire que quand tu as fait un texte qui tue, tu va essayer de te souvenir de quelle manière tu l'as fait pour essayer d'établir des règles, mais en fait, il n'y a pas de règles. C'est l'inspiration. C'est comme ça, ça vient ou ça ne vient pas. Ca dépend des moments.

Roce Est-ce que tu as un titre qui te tient plus à coeur qu'un autre dans l'album ?
En fait, je ne sais pas. Ca change tout le temps. C'était "Pour l'horizon" malgré que ça soit le plus ancien. Puis, ça a été "Plus de Feeling". A un moment, ça a été aussi "Il assume Pas" et à d'autres moments, "Dix sur Dix". En fait, c'est avec le temps que je verrais. Tous les morceaux que j'ai faits, ce sont des morceaux que j'aime. Je me suis pris la tête pour les faire. Il y a des morceaux qui datent de vraiment longtemps. A la fin, j'ai changé deux ou trois rimes. Ce sont des morceaux que j'ai tellement mis de temps à faire, que j'ai tellement retouchés, j'espère qu'ils vont bien vieillir et que les gens ne vont pas les zapper au bout d'un an.

Dans cet album, il y a un single particulièrement fort au niveau du texte et de ton flow. C'est le titre "Plus de Feeling". Peux-tu nous présenter ce morceau ?
En fait, "Plus de Feeling" est un morceau dans lequel je me mets dans la peau de quelqu'un qui a réussi dans la musique. Ce personnage se prend plus la tête pour le niveau de ses ventes et pour plaire à tout le monde que pour l'amour pour la musique. Le morceau explique jusqu'où ça peut l'amener, avec tous les vices qui vont avec, la drogue, les relations, la corruption... En fait, il ne lui arrive rien de mauvais. Le monde est fait comme ça. Tu peux aller à fond dans un délire et à fond dans un autre. Ou tu as des principes, ou tu n'en as pas, c'est tout.

Dans ce titre, tu n'es pas très tendre avec l'industrie musicale...
Oui, mais c'est la réalité. Ca se passe comme ça. Ca se passe comme ça pour les radios, ça se passe comme ça pour les maisons de disques. Après, ou tu es dans le business et tu le sais, ou tu n'es pas dans le business et tu le sais pas.

Quelle est ton opinion sur l'évolution de la scène hip hop ?
Ca tourne un peu en rond. C'est l'histoire de la musique. Il y a un mouvement qui vient, après, il se fait récupérer. Ensuite, on reviendra peut-être aux origines, ou ce sera mis de côté. Tant mieux, parce que ça veut dire qu'il ne restera que ceux qui kiffent vraiment ça. Ils seront toujours là une fois que tous les autres attraits susceptibles d'attirer les gens auront disparus. Moi j'ai la chance d'avoir assez de recul pour faire ce que je kiffe et kiffer ce que je fais. Maintenant, aujourd'hui, on ne peut pas en vouloir à un gosse de douze piges qui croit qu'il suffit de rapper pour vendre plein de disques et être riche, vivre d'une autre manière que celle dans laquelle vive ses parents. Les maisons de disques ont fait croire ça en signant n'importe quoi. On ne peut pas en vouloir à quelqu'un dans cette histoire. Ca devient trop bateau de dire c'est la faute des maisons de disques, même si c'est cas. C'est plus l'histoire de la musique qui est comme ça. Quand il y a besoin d'avoir un mouvement, il y a un mouvement. Après, il se fait récupérer et puis voilà. Je ne dis pas que ça se passe obligatoirement comme ça. Je pense qu'il est possible que les choses se passent différemment. Mais là, ça ne s'est pas fait, en tout cas, pas en France.

Dans quelques heures, tu vas entrer sur scène. Tu te produis ce soir au Nouveau Casino à Paris. Est-ce que tu aimes faire ce genre de prestations et que se passe-t-il sur scène lors de tes concerts ?
Moi, je kiffe la scène ! Maintenant, je n'ai jamais fait de grosses scènes. Là, aujourd'hui, c'est ma plus grosse scène. Ca met un peu la pression, mais ça va. On reste sur des trucs basiques : DJ aux platines, moi au micro. Petit à petit, on essayera de rajouter des instruments et d'autres trucs, mais pour l'instant on essaye de faire le mieux possible avec les moyens qu'on a.

Quels sont tes projets, pour les prochains mois ? Pourra-t-on te voir sur une scène ?
Non, pour l'instant rien n'est prévu pour la scène. Il y a bien sûr la sortie de l'album et puis les clips qui tournent. Pour le clip "Changer le Monde", on s'est dit qu'on allait faire un truc au deuxième degré, loin des clichés. On s'est tapé un délire. Je suis sur un petit vélo, un vieux vélo pas beau et je rappe, tranquille, sur ce vélo. Je suis habillé en Superman avec Batman qui me course. C'est un petit truc marrant. Bientôt, il y aura le deuxième clip pour le morceau "On s'habitue".

Avec la sortie de ce premier album, quels sont tes objectifs pour la suite de ta carrière musicale ?
Mon but, c'est que ça reste dans le temps. Il n'est pas nécessaire que ça fasse une grosse vente au bout de six mois et qu'ensuite ça passe aux oubliettes. Je ne sais pas combien ça va vendre. Je m'en fous d'être disque de 'je ne sais pas quoi'. Ce que j'aimerais, c'est que dans cinquante ans on parle encore de moi. Que ce soit dans la musique, quel que soit le style, que ce soit dans un autre domaine comme l'art, la peinture, les artistes n'ont pas forcément connu leur moment de gloire quand ils étaient là mais parfois longtemps après. L'important, c'est d'avoir cette reconnaissance. J'ai envie que les gens soient fiers de moi, comme mes enfants, mes petits enfants. Sinon, plus tard, je me verrais bien aussi faire un truc avec des musiciens. J'aimerais bien pouvoir écrire des musiques, composer. Mais, pour ça, il faut encore que je taffe. J'aimerais composer des musiques et que des rappeurs viennent rapper dessus.

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