Thomas Fersen, depuis le début de votre carrière musicale, il y a une dizaine d'années, vous avez sorti quatre albums studio : " Le bal des oiseaux " en 1993, " Les ronds de carottes " en 1995, " Le jour du poisson " en 1997 et " Qu4tre " en 1999. En 2001, vous sortez enfin votre premier album live " Triplex ". Pourquoi sortir maintenant cet album là ?
Ca faisait longtemps qu'on devait le faire. Il en était déjà question avant la fin de l'exploitation du deuxième album. On enregistrait toujours des choses... Comme ça... Puis, à un moment, on a eu le temps de le faire. Avant, je ne ressentais pas l'opportunité de sortir un live. J'avais des nouvelles chansons, j'avais envie de faire des disques en studio. Peu-être que ce n'était pas le moment... Enfin, je voulais aussi faire un disque qui ait un côté documentaire et ou il y ait beaucoup de choses. Il fallait donc accumuler de la matière, c'est à dire, avec plusieurs concerts, mais pas mélangés, avec vraiment trois disques. Depuis longtemps je voulais faire quelque chose d'assez conséquent, j'avais envie de faire un bel objet.
Effectivement, c'est un album conséquent puisqu'on pourrait même dire que c'est un triple album ! Pouvez-vous nous expliquer le concept de " Triplex " ?
J'ai voulu enregistrer trois concerts différents, dans des salles différentes, à des époques différentes et puis surtout avec un répertoire différent. Ainsi, j'ai essayé de montrer qu'on vit des choses différentes, que les ambiances ne sont pas toujours les mêmes et que c'est très contrasté. C'était mon point de vue à moi que j'avais envie de montrer.
Ces dix dernières années, vous avez fait pas mal de scène ce qui vous a donné l'occasion de vous produire et d'expérimenter de multiples endroits, comme par exemple l'Olympia, le Bataclan, ou bien encore des festivals comme les Francofolies. Sur " Triplex ", vous avez sélectionné trois lieux : L'Européen et la Cigale à Paris, le cabaret à Montréal. Pourquoi avoir choisi de retenir ces trois salles ?
Pour l'Européen, au départ, j'avais fait une quinzaine de spectacles avec le pianiste (NDLR : Cyrille Wambergue). En 1998, au milieu de la tournée avec la grosse formation, on avait répété un petit spectacle parce que l'on voulait de temps en temps faire de dates tous les deux. A l'époque, j'ai demandé à jouer à l'Européen pendant trois jours avec juste piano voix. Vincent Frèrebeau (NDLR : Vincent fut celui qui donna a thomas Fesren en 1988 la possibilité d'enregistrer sont premier 45 tours puis de signer en 1991 pour un premier album) s'est dit, " Tiens, on va les enregistrer, on les aura ". Pour le Cabaret, c'est un endroit à Montréal ou j'avais déjà joué. J'aime beaucoup ce lieu. Comme je vais souvent au Québec, j'avais aussi envie de rendre hommage au québécois. On a enregistré au Cabaret lors de ma tournée au printemps dernier. Enfin, la cigale, c'est parce que l'on voulait avoir pour certaines chansons une salle avec un peu plus d'ampleur. C'était aussi une série de concerts prévus pour finir la tournée, bien que j'aie refait ensuite une tournée à l'automne. On en a donc aussi profité pour enregistrer ce concert là.
Etes vous sensible à l'univers d'une salle ?
J'aime bien les salles sans prétention. Ca me permet d'avoir un rapport plus direct avec le public. Et puis, il y a des salles qui écrasent les gens, soit par leur histoire, soit par leur architecture, soit par leur acoustique.
Les différents titres que l'on retrouve sur " Triplex " sont extraits de vos quatre précédents albums. Il y entre autres, bien évidemment, vos singles les plus connus comme " le bal des oiseaux " ou bien encore " Dugenou ". Qu'est-ce qui a fait que vous avez choisi de sélectionner tels ou tels titres ?
Ce sont des titres que l'on a joués pendant toute cette tournée, une tournée qui a commencé à la sortie du quatrième album. Il y en avait quand même un certain nombre ! Pour la cigale, on a répété d'anciens morceaux qu'on ne jouait plus comme " Je t'attendais " ou " Juillet ". J'avais envie de faire un point sur une époque. C'était un aboutissement pour moi C'était les chansons qu'on a enregistrées parfois en déchiffrant les arrangements à l'enregistrement. Elles ont mûri pendant les concerts. Les musiciens se les sont appropriées jusqu'à les jouer en oubliant la partition. C'était ça le but. A ce point là, la chanson était mûre. C'est comme ça que l'on a choisi les chansons, parce que j'ai trouvé qu'elles avaient mûri.
Pour vous, une chanson a donc une vie ?
Oui !Bien sur ! Elle change, elle bouge. Je ne m'en rends pas toujours compte. Les chansons, on les possède, et puis chacun change un petit quelque chose, pas dans la partition, mais dans sa façon de l'interpréter. Il y a des petites nouveautés. Je pense que plus on possède une chanson, plus on va vers sa vérité. Je dis ça parce que mes arrangements sont quand même assez écrits. Ce n'est pas quelque chose d'immédiat. On ne s'approprie pas ça comme ça, juste à la lecture, il faut du temps.
Sur cet album live, vous n'êtes pas seul. Vous êtes accompagnés de vos musiciens qui font pleinement parti de ces trois enregistrements live. Qui sont-ils et que font-ils ?
D'abord, Il y a Norbert Lucarain qui joue du vibraphone, de la batterie et un peu des orgues. Cyrille Wambergue joue du piano, du clavecin, de l'orgue Hammond et du Wurlitzer, Alexandre Barcelona joue de l'accordéon et aussi des orgues. Jean-Luc Arramy joue du violoncelle et de la basse. Enfin, Pierre Sangra joue de la mandoline, du bandjo, de la guitare électrique, de la guitare nylon et du saz..
Justement, à l'écoute de cet album, on se rend compte que sur scène vous laissez une place assez importante à l'acoustique. Pourquoi ce choix ?
Oui, il y a tout de même des instruments électriques mais ils sont bien intégrés. Il y l'orgue Hammond, le Wurlitzer et puis un peu de guitare électrique. C'est à dire que j'ai envie de proposer plein de choses aux gens quand ils viennent. C'est une question de faire un spectacle complet.. Je veux proposer beaucoup d'instruments. Il faut qu'il se passe quelque chose. Il ne faut pas qu'on s'emmerde pendant un spectacle de chansons. C'est pour ça que j'essaye d'avoir des trouvailles et de faire en sorte qu'il se passe quelque chose.
Le climat que vous instaurez avec le public est assez étonnant. Vous semblez vraiment jouer avec lui. Est-ce que quelque part vous ne seriez pas un humoriste refoulé ?
Non ! Au début, quand j'ai commencé à faire des spectacles, je me suis mis petit à petit à écrire des trucs. Puis, je ne sais pas, je sentais que je m'épanouissais la-dedans. J'aime bien la cocasserie de mon personnage, le pittoresque, son côté un peu décalé. En fait, c'est ça qui m'excite le plus. Donc, j'ai orienté toute mon écriture pour alimenter ce personnage, pour lui faire dire des choses. Non, je ne suis pas un humoriste refoulé. Je trouve que mes histoires vont dans la forme de la chanson. Le décalage, il est par rapport à la chanson. C'est ça qui est amusant. Si l'on enlève la chanson, il n'y a plus de décalage.
Est-ce que vous avez un critère pour dire " Tiens, là, ce concert là je l'ai réussi " ?
Non. On ne peut pas toujours se fier à son appréciation. Il y a des choses qui nous échappent. Parfois, on possède tellement la musique que l'on a l'impression que l'on n'a rien fait. D'autres fois, on a peut-être été un peu plus débridé, c'était peut-être très intense mais d'un point de vue musicale, on a un peu pêché. Je ne sais pas... Bien sur, il y a quand même des moments ou l'on sent l'harmonie avec les gens.
Dans vos débuts, vous êtes passé par une période punk ! Vous avez monté deux groupes et puis ensuite vous êtes parti chanter dans des pianos bars. Cette expérience " pianos bars " vous a-t-elle beaucoup influencé pour vos prestations sur scène ?
Oui, c'est toujours la même ambiance, le même état d'esprit. C'est à dire qu'on est dans les gens. On est parmi eux. On n'est pas devant eux. Ce n'est pas facile de capter le public mais je pense qu'il est sensible à cette démarche, à cet effort. Quand on fait des spectacles, on essaye d'être le plus généreux possible, à tous points de vue. C'est pour ça que mes arrangements sont très travaillés. L'orchestration, les décors, on essaye de faire que ce soit le mieux possible. Les gens qui viennent au spectacle ont fait l'effort de sortir de chez eux, d'éteindre leur télé donc il faut leur donner raison.
Comment se déroule le travail de conception du spectacle, c'est à dire tout le côté scénique de vos concerts mise à part la musique ?
J'ai toujours fait selon mes moyens. Au début, je faisais le maximum de choses tout seul. Puis, petit à petit, il y a des gens qui ont travaillé ave moi, qui me suivent. Avant, par exemple, je n'avais pas d'éclairagiste. C'était, à chaque fois, celui de la salle. Maintenant, ça fait quand même deux tournées qu'on a quelqu'un et qu'on discute ensemble. Moi, j'ai toujours une idée de départ : Par exemple, les chapeaux qu'on retrouve sur la pochette de " Triplex ". Je voulais mettre des lumières dans les chapeaux. Il faut bien arriver avec quelque chose d'original ! Je n'ai pas envie d'arriver sans rien ! Ensuite, la personne qui conçoit les éclairages travaille sur mon idée et la réalise. C'est pareil pour tout, pour tout le reste.
" Triplex " est déjà sorti depuis quelques mois. Votre dernière tournée est terminée. Quels sont actuellement vous projets et vos occupations ?
Je suis en train d'écrire des chansons. Je ne sais pas encore ce que je vais en faire.
Un nouvel album ?
Certainement ! Pour la scène, on a arrêté définitivement le 15 décembre dernier. Maintenant, je suis un petit peu dans une phase d'écriture. Ca fait du bien de poser un petit peu sa valoche. C'est ça que j'apprécie : Savoir que je n'ai pas de rendez-vous sur mon carnet, que je n'ai pas de concerts, que je n'ai pas d'obligations, que je ne sais pas ce que je vais faire dans trois mois... C'est assez agréable... Mais, je sais qu'à un moment j'aurais besoin de retourner vers les gens.
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Olivier Delay, le 04/02/2002 pour MusicActu
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