Interviews
Accueil > Interviews > Scène française > Chorus des Hauts-de-Seine

Chorus des Hauts-de-Seine

180 concerts sur 36 communes, le festival "Chorus des Hauts-de-Seine" se déroulera du 8 au 28 mars prochain. Rencontre avec l'un des trois programmateurs coordinateurs de cette manifestation : David Ambibard.

Olivier Delay le 18/02/2002 pour MusicActu

Partager
ChorusChaque année, il y a une dizaine de gros festivals qui se déroulent sur toute la France. "Chorus" ouvrira la saison le 8 mars prochain. Quelle est la spécificité de ce festival ?
Notre priorité, c'est de mettre en avant des découvertes en essayant d'inventer des formes qui assurent une promotion aux artistes. Les têtes d'affiche nous permettent de valoriser les premières parties. Si on se limitait à la programmation de ces seules découvertes, nous aurions évidemment de vraies difficultés de remplissage. On essaye donc de découvrir des artistes qui pourraient émerger dans les années à venir. Depuis quelques années, des artistes phares sont passés par les tremplins et les premières parties. Pour le style musical, on reste dans l'univers de la chanson française, mais pas forcément classique. Les nouvelles tendances de la chanson ont une place importante : chansons à texte, chansons réalistes, humour musical, chanson à la marge entre rock et chanson française. Il y a aussi toute une programmation sur les musiques amplifiées : tout ce qui est rock, reggae, ragga, hip hop, musique électronique. Enfin, il y a tout ce qui est musique du monde. Voilà les trois styles qui ressortent.

"Chorus" existe depuis quinze ans. Comment ce festival a-t-il été créé ? D'où est venue l'idée de monter un tel événement ?
Ca a commencé avec "le tremplin de la chanson". Cette manifestation est antérieure au festival. Il y a 19 ans, c'était un concours de jeunes auteurs interprètes doté de prix financiers. Un jury de professionnels se réunissait pour essayer d'accélérer le développement de carrière des artistes. A partir de ce tremplin, qui avait lieu dans une seule ville, s'est greffée une programmation dans cinq à six villes des Hauts-de-Seine. Depuis, ça a grossi. Au début, il y avait une quinzaine de concerts. Aujourd'hui, on en est à 180. La spécificité de "Chorus" sur les découvertes est historiquement liée au "tremplin de la chanson". Et puis, l'idée, c'était également de faire vivre cet événement à tout un département et de tenter de faire une programmation cohérente, éclectique, qui s'adresse à toute la population, à toutes les générations, d'où effectivement, le principe d'un festival éclaté. L'enjeu a consisté à réunir toutes les villes et les différents profils de salles : du petit lieu cabaret de cinquante places à la plus grande salle des Hauts-de-Seine qui en fait 1500.

Qui est derrière l'équipe de programmation de "Chorus" ?
Nous sommes trois personnes. Nous coordonnons la programmation générale des villes. L'équipe s'occupe de tout ce qui concerne les têtes d'affiches. Elle est à même de faire des propositions aux villes dès la fin de l'édition d'un "Chorus". C'est un travail sur à peu près un an. Ensuite, les événements qui font l'ensemble de "Chorus" sont répartis entre nous trois. Je suis chargé des premières parties, des tremplins de la chanson, d'une opération dans les universités. Anouchka Charbey travaille sur le secteur jeune public, tous les spectacles pour les enfants, en gros un tiers de la programmation du festival. On travaille ensemble sur le tremplin de la chanson. Elle travaille aussi sur tout le suivi avec les villes une fois que la programmation est faite. Alain Osowsky s'occupe de "Starting rock", le tremplin rock de "Chorus". Il suit aussi tous les partenariats. On travaille sur l'ensemble de la communication à trois.

En quoi consiste vos rôles respectifs de programmateur et coordinateur ?
faudelOn travaille avec plus de trente villes du département et environ soixante lieux. On ne fait pas la programmation de manière autonome et directe, mais on travaille en partenariat avec la soixantaine de lieux qui participent au festival. Il y a un travail de propositions aux villes. Les villes peuvent aussi nous faire des propositions. C'est cet aller/retour qui établit la programmation de "Chorus". C'est vraiment un dosage et un travail au cas par cas avec chacune des salles. Du coup, cela pose aussi des problèmes d'identité. Il faut trouver et respecter une homogénéité, une cohérence, un équilibre sur l'ensemble de la programmation, ne pas avoir le même artiste quinze fois, présenter le maximum de styles et de découvertes.

"Chorus" donne la priorité aux découvertes. Comment s'effectue ce travail de défrichage de nouveaux talents ?
D'une part, c'est l'ensemble des disques que l'on reçoit sur l'année. Ce sont des envois spontanés d'artistes ou de petits producteurs, de petits tourneurs. D'autre part, ce sont aussi tous les concerts auxquels on a assisté et sur lesquels on a flashé. Enfin, il y a aussi tout un travail de suivi à partir des tremplins qui se sont déroulés l'année précédente. On essaye de renvoyer l'ascenseur pour les lauréats et pour les candidats finalistes. On essaye de les mettre en avant, de les programmer l'année d'après. Ce fut le cas par exemple pour M, Lynda Lemay, Juliette, Louise Attaque...

Toutes les premières parties des concerts du festival sont des découvertes. Cette année on peut citer entre autres, Les Joyeux Urbains, Svinkel, La Compagnie du 26 Pinel, Les Pépitas... Ils sont une trentaine. Comment un artiste "découverte" se retrouve-t-il programmé en première partie?
Lorsque l'essentiel de la programmation des têtes d'affiche est déterminée, vers le mois de septembre, on se penche ensuite sur les premières parties. On essaye de trouver une adéquation entre un artiste découverte et une tête d'affiche. L'idée est de ne pas forcément chercher une découverte qui rentre dans l'univers musical de la tête d'affiche. Ce serait du clonage. Ca ne nous intéresse pas. Notre objectif est de trouver le bon équilibre : l'artiste un peu décalé mais pas trop, l'artiste qui va faire une soirée complémentaire ou le public et la tête d'affiche vont s'y retrouver. A partir de ce moment là, une proposition est faite au lieu qui accueille la tête d'affiche. Ensuite, c'est tout une série d'accords à obtenir de la part des grosses productions des têtes d'affiche.

Et ça ne doit pas toujours être évident ...
mCe n'est pas du tout évident ! Une première partie alourdit le plateau au niveau technique et allonge une soirée. Il n'y a pas une vraie volonté de la part des gros producteurs d'accueillir ces découvertes. Mais, au fil des années, on a réussi à imposer cette idée. Maintenant, les productions savent qu'on ne lâche pas le morceau. C'est notre spécificité. C'est intéressant pour ces premières parties de se retrouver dans un lieu avec un public conséquent et avec un artiste important. Ca met un vrai coup de projecteur sur cet artiste. De plus, il y a souvent des professionnels, des journalistes sur ces dates là. L'idée est aussi qu'il se passe quelque chose.

Qui sont les grosses têtes d'affiche de cette quinzième édition ?
Cette année, nous avons Arno, Alain Souchon, Julien Clerc, Faudel, Louis Chédid, Tom Novembre, Hubert-Félix Thiéfaine, Yann Tiersen, Les Wampass, L'Ultima Récital, Maxime Le Forestier, Kat Onoma, Jacques Higelin... La liste est longue. Par rapport aux tournées des artistes de grande notoriété, tous ceux que l'on a envie de défendre sont dans "Chorus". C'est plus un problème de disponibilité qui fait que l'on n'a pas tel ou tel artiste.

Toujours dans l'objectif de promouvoir les découvertes, le festival est composé d'une multitude d'événements qui ont cette vocation, notamment "Starting Rock". La finale se déroulera le 9 mars au Cadran Omnibus à Colombes avec en tête d'affiche Kat Onoma. En quoi consiste cette opération ?
C'est le tremplin rock de "Chorus". Il existe depuis 9 ans. Depuis cette année, c'est un appel à candidature sur toute la France. Il concerne tous les groupes qui évoluent dans le secteur des musiques amplifiées. On reçoit plus de 200 CD. Il y a plusieurs étapes de sélection. Une première se fait sur cassette par un jury professionnel. Lors des sélections sur scène, sur les 200 cassettes reçues, on en sélectionne une douzaine. La finale se déroule ensuite dans le cadre de "Chorus" avec quatre ou cinq artistes et une tête d'affiche qui parraine la soirée. A la clef, il y a différents prix financiers, une exposition devant les professionnels du jury et aussi devant d'autres professionnels qui viennent faire leur marché. Les années précédentes, des signatures sont venues quelques mois après dans l'année qui a suivi la finale. C'est le cas de Mister Gang, Baobab, Vercoquin...

Dans la même idée, il y a le "19ème tremplin de la chanson". La finale se déroulera le 23 mars au Théâtre de Vanves...
higelinLà, on est vraiment dans l'univers de la chanson française et francophone, pas du tout sur les musiques amplifiées. On s'aperçoit qu'il y a des passerelles, un métissage assez intéressant. Il y a maintenant plein de groupes qui peuvent se présenter aux deux tremplins. C'est le cas de tous ces groupes néo-guinguette comme Les Têtes Raides. Il est très difficile de dire à quels univers ils appartiennent. Il y a un esprit très rock, mais c'est quand même de la chanson. Les objectifs sont les mêmes : objectifs d'aides à la professionnalisation et de "booster" le développement de carrière des groupes qui arrivent au bout. L'année dernière était un cru exceptionnel. On s'est retrouvé avec six candidats qui pouvaient tous prétendre au premier prix. On a eu un plateau presque trop fort. Ce fut une belle soirée. Ca montre vraiment les artistes que l'on veut mettre en valeur.

Vous laissez également au FAIR la soirée du 22 mars pour promouvoir leurs artistes...
Le FAIR c'est le Fond d'Actions et d'Initiatives Rock. C'est un organisme qui sélectionne quinze artistes chaque année, et qui s'adresse à tous les artistes signés ou non qui démarrent leur carrière professionnelle. Il leur apporte une bourse d'aide sur une tournée, sur l'équipement, un soutien à la communication, des aides à la formation, à la professionnalisation, du conseil en management ou avec une attachée de presse, un soutien sur tous les aspects juridiques. On donne une carte blanche à cet organisme. On choisit quatre artistes qui font partie de la scène des quinze de la sélection FAIR de l'année et on fait un plateau. Ca se passe au Cadran, à Colombes. Le FAIR fait un travail un peu similaire au notre. Ca rejoint les idées que nous avons envie de défendre.

A noter, encore, vous laissez une place très importante à la chanson pour enfants avec "Chorus des Enfants". C'est un peu le festival dans le festival ?
Il y a des spectacles dès la crèche jusqu'à onze-douze ans. Il y a une vingtaine de spectacles différents pour 70 représentations. Deux créations ont été mises en place cette année : "Le Petit Bal Perdu" et "Mâcheur de Mots". Tous ces spectacles se passent à la fois dans des lieux importants comme les théâtres mais aussi dans de petits lieux avec 80 places. Quand il y a une création, "Chorus" est soit producteur soit co-producteur. Dans le premier cas, on va apporter tous les moyens nécessaires pour faire une vraie création avec du matériel, des intervenants, un compositeur, un créateur du spectacle, le tout étalé sur plusieurs mois. Dans le cas d'une co-production, il peut y avoir une collaboration avec d'autres lieux ou d'autres organismes. "Chorus des Enfants" s'est vraiment développé. Ce sont des vrais spectacles. On n'en est plus à de l'animation jeune public. Il y a des vraies compagnies professionnelles. Ca pourrait être un festival à part entière, en dehors de "Chorus", sauf que là, il s'intègre bien dans l'esprit que l'on veut amener. C'est une couleur et un angle que l'on défend vraiment.

Enfin, il y a une autre initiative originale toujours à destination d'un public jeune mais un peu plus âgé, c'est "Chorus du Collège à la Fac ". En quoi cela consiste-t-il ?
mistergangC'est la troisième édition. L'objectif c'est de s'associer à des universités avec des petits groupes d'étudiants et de les accompagner sur le montage d'un concert dans leur université ou dans leur lycée. On les met dans des conditions professionnelles, en les sensibilisant et en les investissant sur toutes les étapes de l'organisation. On fait donc de minis ateliers, sur la programmation, l'administration du spectacle, la rencontre avec un tourneur, la communication, la régie. J'arrive ensuite avec des propositions sur la programmation. On la détermine ensemble. Ils prennent alors en charge toutes les autres étapes sur l'organisation du concert. Nous, on va évidemment chapeauter le tout et intervenir en tant que conseil quand il y a blocage. Jusqu'à maintenant on travaillait avec des facs : l'école Centrale, l'université de Nanterre, le pôle Léonard de Vinci. Cette année, on a voulu faire une expérience avec les lycéens. On a choisi le lycée Michelet à Vanves. C'est un peu le même principe sauf qu'évidemment, ce sont des gens plus jeunes, donc c'est un peu plus difficile. L'an dernier, on a fait un concert avec K2R Riddim à Centrale. On a réussi à faire une soirée exceptionnelle avec 800 personnes alors qu'au départ ça ressemble plus à un hall de gare.

Autre rendez-vous particulier de Chorus c'est le festival "Son Urbain" les 15 et 16 mars au Cadran Omnibus de Colombes...
C'est un festival qui s'étale sur deux ou trois jours selon les années. "Son Urbain" essaye de proposer des plateaux thématiques sur les musiques actuelles. Cette manifestation est confiée à l'association "Les Hurluberlus", qui gère la salle rock Le Cadran, à Colombes. Ils ont carte blanche sur la programmation pour proposer des plateaux différents. Cette année, on aura des plateaux reggae et électro, prévus sur deux jours. L'idée est de mettre en avant ces tendances là.

Justement, la techno et le rap ne sont pas très présents dans la programmation globale du festival. Est-ce une attitude volontaire de votre part et pour quelles raisons ?
Ce n'est pas du tout une non-volonté. On essaye de s'adapter aux lieux et aux équipes. On a peu de lieux qui accueillent ces musiques. C'est délicat dans les salles généralistes, or c'est la majorité des salles avec lesquelles on travaille. Les configurations assises ne sont pas adaptées à ces concerts. Avec les salles avec lesquelles c'est possible, on essaye de faire des moments assez forts et privilégiés. Pour la musique électro, même si ce n'est pas la majorité cette année, il y a un vrai plateau électro dans le cadre de "Chorus à la Fac", à Chatney. Il y a également une soirée électro dans le cadre de "Son Urbain". Pour les plateaux hip hop, il y a surtout la salle Daniel Fery à Nanterre, à tendance plutôt hip hop tout au long de l'année. C'est avec eux que l'on arrive à faire ce type de programmation.

Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées pour l'organisation de ce festival ?
tiersenLa communication ! On peut avoir jusqu'à 20 concerts le même soir sur différentes villes du département et l'on s'auto-concurrence. La difficulté pour "Chorus" est de lui donner une vraie marque identitaire pour le public. "Chorus" est un festival complètement éclaté, d'où un manque d'identité. On n'a pas un lieu central qui représente le festival, un lieu dans lequel on réussirait à mettre en place un village pour réunir la presse, les professionnels, pour essayer de mettre en avant les découvertes.

Combien de personnes attendez-vous et qu'espérez-vous pour cette quinzième édition de "Chorus" ?
En gros, nous attendons chaque année un plus de 50 000 spectateurs. C'est ce cap là qu'il faut au moins atteindre. Après, les paris et les risques que l'on prend concerne surtout les découvertes, lorsque l'on n'a pas l'appui d'une tête d'affiche pour remplir les salles. C'est là l'enjeu et c'est là où l'on essaye de ne pas se planter. Au fil des éditions, on espère qu'à un moment donné on arrive un peu, sans être trop prétentieux, à former le public. On espère qu'il va prendre des risques, qu'il ne va plus venir forcément sur un nom. L'objectif, c'est qu'il fasse confiance au festival. Il a découvert un artiste par hasard en allant voir une tête d'affiche. Il s'aperçoit l'année d'après que cet artiste est programmé dans un tout petit lieu mais avec un nouveau plateau d'artistes découvertes. Et là, il va avoir la curiosité, il va prendre le risque d'aller dans ce type de lieux où il ne serait pas allé auparavant. A ce moment là, cela devient intéressant.

Commenter

Partager

Bookmark and Share

NEWSLETTER

CONNECTEZ-VOUS !

Publicité

Publicité
Publicité

BIOGRAPHIES

TOP SONNERIES

PHOTOS DE SOIRÉE

Retrouve MusicActu sur

Copyright © 2000-2012 MédiasActu · Publicité
En savoir plus sur MusicActu et contacter la rédaction, cliquez-ici

 
Edité par MédiasActu SARL - RCS Paris B 432 148 732
Adresse : 10 Rue Nicolas Appert - 75011 Paris
Directeur de la publication et de la rédaction : Fabien Lacoste
Tel : 01 40 21 58 68 - E-Mail : direction@mediasactu.com
Hébergement : Les Argonautes
224 Rue du Fbg St-Antoine - 75012 Paris - 01 55 25 50 70