Dans le communiqué de presse de ton disque, on a pu lire que tu avais "créé en six mois, la nuit, dans l'inconfort rassurant d'un bout de pièce de 6m2, sans chauffage". Pourquoi as-tu eu besoin de te mettre dans de telles conditions ?
C'est difficile à expliquer. J'ai un enfant, donc il faut que je trouve un endroit où je puisse travailler sans le réveiller. Ca joue dans le choix. De plus, je suis quelqu'un de la nuit. J'aime quand tout le monde dort et que moi je travaille. Cela me plait, je me sens plus serein. J'ai déjà essayé de travailler dans des endroits un peu luxueux, chauffés, mais finalement, j'ai besoin de me mettre dans une sorte de difficulté. Si je me mets dans une pièce froide et que j'arrive à oublier qu'il fait froid, c'est que ma chanson est bonne et que j'arrive à réchauffer l'atmosphère par la création.
Qu'est-ce que cet état d'urgence a apporté à ta musique ?
Ca a été comme une sorte de performance. Il a fallu que je mette en route le processus créatif. Après avoir écrit quelques chansons, je me suis rendu compte que je commençais à en pondre beaucoup plus. J'ai bien aimé ce côté-là qui est très fatiguant, mais aussi très intéressant. Maintenant, je ne ferais pas tous mes albums comme ça, parce qu'une fois qu'on est sorti du processus créatif, on rentre en studio, on se met dans le rôle du musicien et du réalisateur etc. A enchainer tout ça, j'ai fini dans un état de fatigue énorme, alors que je pensais que le fait de faire un album serait moins fatiguant que de faire une tournée.
Tu as déclaré que Le premier album, "L'aventure", ne te ressemblait pas tout à fait. En quoi "Ton image" colle plus à ta personnalité ?
Celui-ci colle à la période où j'ai écrit toutes ces chansons. J'ai dit ce que j'avais à dire, donc c'est vrai qu'il me ressemble. Mais, très honnêtement, le premier album me ressemblait à l'époque où il a été écrit. Il était très sincère. C'était quelque chose de nouveau pour moi, car c'est vrai que je viens du rock et des choses qui bastonnent et envoient le bois et j'avais fait un premier album qui était très positif, très posé, très folk. Les gens qui me connaissaient d'avant ne me reconnaissaient pas sur cet album là. C'est pour cela que j'avais dit ça, alors qu'en réalité, il me ressemblait à cette époque là, à la naissance de mon fils et cet état positif. Ton image me ressemble aussi. Ca a été 6 mois d'écriture. J'ai passé tout l'hiver dernier à l'écrire. J'ai sauté dessus pour faire un album un peu hivernal, sans tricherie. C'est de la poésie.
Le premier extrait de ton disque est "L'Heure d'hiver". Tu sembles avoir un rapport privilégié avec cette saison. Est-ce vraiment le cas ?
Oui. Franchement, l'hiver est une saison qui m'a toujours inspiré, certainement parce qu'on est moins dehors, plus refermés. En hiver on va toujours chercher un petit peu de chaleur, on essaye d'en trouver en allumant des cheminées etc.
J'aimais bien cette idée de faire un disque parlant d'hiver, mais qui ne serait pas un disque froid. Comme j'adore les contrastes dans les chansons, j'aimais bien l'idée de parler de l'hiver d'une manière plutôt chaude, sensuelle et énergique. J'aimais bien l'idée de faire un disque sur l'hiver
L'émotion est une nouvelle fois au rendez-vous notamment avec le titre "¼ de sang" dans lequel tu parles de tes origines ou bien encore avec le morceau "Alors, t'es là..." dans lequel tu parles d'un de tes amis décédé quand vous étiez adolescents. Etait-ce important pour toi d'aborder ces thèmes personnels?
C'était hyper important. Quand j'ai écris le morceau "Alors t'es là..." je l'ai fait écouter à la maman de mon pote disparu. Quand elle a écouté la chanson, elle était évidemment très triste, mais ça l'a beaucoup touchée. Elle m'a dit "cela faisait longtemps que tu voulais écrire une chanson sur Dom !". J'avais oublié ça. Il est décédé quand nous avions 17 ou 18 ans. Nous étions jeunes pour connaître ça. C'est quelqu'un qui est mort du sida par contamination sanguine. C'était dur de vivre ça à cet âge là. J'ai toujours essayé de faire une chanson pour lui et elle est arrivée maintenant. J'avais beaucoup hésité à la mettre sur mon album. Je l'ai enregistrée et, quand nous étions en studio, il y avait des gens qui passaient. La patronne de Warner l'a entendue à ce moment là et elle a été extrêmement touchée car elle venait de perdre quelqu'un. Je me suis alors dit que ce n'était pas qu'une chanson personnelle, mais qu'elle était aussi universelle parce que malheureusement, plus la vie avance, plus on voit des proches disparaitre. Il y a donc cette démarche personnelle, mais avec toujours l'idée d'aller toucher les gens.
Parmi les artistes ayant collaboré à ton second album, on retrouve notamment Michael Furnon (Mickey3D) sur le morceau "Sors de l'ombre" et -M- sur le titre "Cinq Minutes". Comment se sont passées ces collaborations ?
Ca s'est fait de façon non calculée. Ce n'était pas une volonté de ma maison de disques ou quoi que ce soit. J'ai travaillé dans le studio de Mathieu Chédid, le Labo M. Il est passé pour voir ses potes et pour voir si je me sentais bien. Il m'avait prêté toutes ses guitares. Du coup l'ambiance était bonne, il a pris une guitare. Le morceau du jour s'appelait "Cinq minutes", il a fait une guitare psychédélique dessus par sympathie. Quant à Michael Furnon, j'ai toujours apprécié son travail. Nous nous étions croisés il y a quelques années, mais nous ne nous connaissions pas vraiment. J'ai chopé son adresse mail et je lui ai envoyé du son, il m'a envoyé des mots. On a fait connaissance un peu comme ça. Lui étant aussi de la nuit, nous nous échangions des mails très tard. Nous avons écrit cette chanson comme ça.
En dehors de ta carrière musicale personnelle, tu as composé pour d'autres artistes, tels qu'Olivia Ruiz sur le morceau "J'traine des pieds". Comment s'est passée cette expérience ?
Ca s'est très bien passé. Olivia Ruiz faisait son nouvel album. Elle écoutait un peu à droite et à gauche qui faisait quoi. Je crois qu'elle avait bien aimé mon premier album. Elle m'a invité à l'un de ses concerts. Nous avons parlé après le concert. Elle m'a donné son adresse et nous avons travaillé chez elle tous les deux. C'est une vraie collaboration car elle a écrit le texte et moi la musique. Ca a été un vrai échange. J'ai vraiment composé sur le moment, sur mesure, pour elle, par rapport à son texte, par rapport à ce qu'elle me racontait et à l'ambiance qui se dégageait. C'était très intéressant.
Tu es actuellement en pleine tournée. Comment définirais-tu l'ambiance de ce nouveau disque sur scène ?
Ce nouveau disque me permet, sur scène, de compléter ce qui me manquait sur le premier album, c'est-à-dire faire un spectacle de deux heures en étant complet, en passant par des rythmes différents, des ambiances différentes .
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Sandrine Albanesi, le 11/02/2008 pour MusicActu
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