Tu nous reviens avec un second disque solo, près de 10 ans après la sortie de ton premier album, dans quel état d'esprit es-tu ?
En fait, j'ai fait beaucoup de choses entre temps. Pour moi c'est un autre projet parmi tant d'autres. Il est très différent dans la manière d'amener les textes, d'aborder les thèmes. Mais, je suis dans un bon état d'esprit.
Quelles sont les principales différences entre le Freeman du premier album et celui de ce nouveau disque ?
Je dirais qu'il y a moins de naïveté. Je suis beaucoup plus cru dans la manière d'amener les thèmes. Dans mon premier album, j'attaquais l'Etat, les gens de la politique etc. Aujourd'hui, je ne m'attaque plus à ces organisations, mais à l'être tout court, à l'Homme. Il est forcément plus personnel. Il y a des retours en arrière pour mieux voir ce qui est en train de se passer et ce qui va se passer dans le futur. Cet album est un peu plus intimiste.
Quelques temps avant la sortie de ton disque, tu as monté ton propre label, Freezone Music. Etait-ce une envie d'avoir plus de liberté de mouvement ?
Exactement. Justement, par rapport à tout ce qui se passe dans l'industrie du disque aujourd'hui, je pense que ça ne correspond pas à ma vision de la musique. On essaye de m'imposer une manière de travailler qui est applicable à la house, la techno ou à la techtonik. Nous ne sommes pas dans ce domaine là. Nous ne sommes pas de la "musique kleenex". J'ai donc décidé de voler de mes propres ailes pour qu'on ne m'impose rien, pour qu'on ne me dise pas qu'il faut sortir tel nombre de maxis, ou je ne sais pas quoi. Pour moi, la musique, ce n'est pas ça. En fait, c'est un tout. Plein de facteurs ont fait que j'ai décidé d'y aller seul. Comme par exemple le fait qu'on m'a dit que j'étais trop vieux pour le hip hop.
J'ai entendu de nombreuses fois des mecs de maisons de disques me demander mon âge. Quand je leur disais que j'ai 35 ans, ils me répondaient "Je ne sais pas si ça ne va pas être trop vieux pour Skyrock. Si on ne passe pas de maxi, comment est-ce qu'on va faire ?". Le mec n'a rien entendu et ne sait même pas ce que tu fais, et il est déjà en train de faire ses plans par rapport à Skyrock etc. On dirait que c'est Skyrock les artistes. Il y a un vrai problème là dedans. C'est pour ça que j'ai décidé d'y aller seul. Par exemple, aucune maison de disques n'aurait choisi de sortir le premier maxi que j'ai décidé de sortir. Ils m'auraient dit que c'était impossible. Par rapport à ça, je me fais plaisir. Je prouve que je ne suis pas là pour avoir des singles ou pour quoi que ce soit. Je suis un artiste, j'écris, j'ai envie de dire des choses. C'est un besoin de liberté. J'ai décidé de voler de mes propres ailes.
Le titre de ton disque, "L'Espoir d'un (c)rêve" est assez ambigu. Quel était ton état d'esprit au moment de son écriture ?
C'est simple. Il y a deux façons de voir le titre. C'est soit "L'Espoir d'un rêve", soit "L'Espoir d'un crève". C'était fait exprès pour dire que même si j'ai vécu une belle aventure avec IAM, c'est pas pour ça que j'ai dormi sur mes lauriers, ni que je vis comme un pacha ou à la 50 cents. C'est peut-être pour dire que c'est toujours le 'crève' qui court après son 'rêve', celui de faire de la musique et de sortir des albums. Disons que c'est la ligne qui sépare la normalité qui est en moi et l'esprit de quartier que j'ai toujours eu depuis le début.
Comment as-tu abordé l'écriture des textes ?
J'avais vraiment envie de revenir vers quelque chose de beaucoup plus intime, de plus réfléchi par rapport à tout ce que je vis. Il ne faut pas se le cacher, je suis un arabe, et il y a des différences énormes qui apparaissent quand je suis avec IAM, quand j'arrive avec MC Arabica ou quand je suis en solo. Il y a plein de portes qui se ferment automatiquement. C'est pour ça que j'ai décidé de faire cet album et de l'intituler comme ça. J'ai toujours l'impression que c'est le 'crève' qui apparait devant les gens, et non pas le mec qui était au sein du groupe IAM. Pourtant, avec tout ce qu'on a vécu, je devrais être "accepté". C'est aussi le fait d'arriver dans des plateaux télé et qu'on nous dise : "Akhenaton et Shurik'n, ça va, mais l'arabe c'est un peu chaud". Ils le sortent encore souvent. Je me suis tu pendant un moment parce que je me suis dit que c'était pour le bien du groupe. Aujourd'hui, je n'ai plus envie. Je me suis dit que c'était peut-être une histoire de temps pour qu'ils voient qu'il y a de la discussion et du bagage derrière, mais ça ne bouge pas. On m'a poussé dans mes tranchées et maintenant, de mes tranchées, j'attaque tout ça.
Sur ton disque, on retrouve le morceau "Transparente" qui se veut comme étant le deuxième volet du morceau "Elle Chienne", présent sur ton premier disque. Pourquoi as-tu choisi de donner une suite à ce titre ?
Quand j'ai fait mon premier album, "L'Palais de justice", j'étais un peu plus jeune, j'étais un peu plus fou. J'avais une espèce de mentalité de quartier qui ressortait davantage qu'aujourd'hui. A l'époque, j'avais imaginé ma musique comme si c'était une femme. Je lui disais que j'étais amoureux d'elle et qu'elle ne comprenait rien. J'imaginais qu'il y avait plein de MC qui se posaient sur elle et qu'elle me faisait cocu. Je trouvais qu'elle ne respectait pas les gens qui l'aimaient avec le coeur. Par rapport à cela je la traitais de chienne. Je suis revenu sur ce que je pensais. Finalement, c'est grâce à elle que nous sommes tous encore là. Quand je dis tous, je pense à tous ceux qui sont dans le hip hop et tous ceux qui sont autour. A ce titre là, c'est devenu une femme noble qu'il faut respecter. Je parle donc d'une femme, mais en fait je parle de ma musique.
IAM vient de fêter ses 20 ans de carrière en grande pompe en se produisant pour un concert exceptionnel au pied des pyramides d'Egypte. Quels souvenirs en garderas-tu ?
La chose la plus extraordinaire c'était le moment où j'étais sur scène avec Lotfi Bouchnaq. C'était quelque chose de magique, d'extraordinaire. C'est un grand artiste de chez nous, un grand chanteur du moyen orient. Le fait qu'il ait participé à cet anniversaire à vraiment été quelque chose d'exceptionnel pour moi. Je retiendrai ça, et aussi le moment à la fin où on se tient tous et que nous faisons la dédicace à nos enfants.
Parmi tes nombreux projets, tu as récemment été l'initiateur de la bande dessinée "Impérial Asiatic Men". Comment t'es venue cette envie ?
L'idée traine depuis 10 ans. C'était naturel d'aller vers la BD parce que dans le hip hop il y a toujours eu le graf. C'est quelque chose qui a toujours été très présent chez moi. J'ai donc décidé de créer une histoire dans laquelle nous sommes des supers héros. J'ai mis trois ans à mettre ce projet en oeuvre. Je suis très content de ce projet. Je suis en train de préparer le dessin animé. C'est un beau rêve qui se concrétise.
Comptes-tu partir prochainement en tournée ?
Je suis en train de préparer quelques dates. Je devrais commencer à partir du mois de mai à faire des dates un peu partout.
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Sandrine Albanesi, le 31/03/2008 pour MusicActu
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