Tu vas sortir ton troisième disque. Dans quel état d'esprit es-tu ?
Dans un très bon état d'esprit. Je suis très contente. Je suis très heureuse de ce disque. C'est un album assez festif, même s'il y a des balades. Disons qu'il est plus rythmique que le précédent. J'avais envie de ça. J'ai très envie de le porter sur scène. Maintenant, j'ai un groupe élargi. Nous allons être huit sur scène, avec des vraies choristes féminines. Je suis hyper contente.
Lors de ta tournée précédente, tu as chanté aux Etats-Unis en 2006. Est-ce que ton idée de faire cet album en anglais est née de là ?
L'idée est née de là et d'autres choses. Elle est également née de mon rapport avec l'anglais, la culture anglo-saxonne et les anglo-saxons qui remonte à très longtemps. Ca fait longtemps que je parle l'anglais couramment. Ca fait également pas mal de temps que je travaille avec un producteur anglais, j'ai pas mal d'amis anglais... La tournée aux Etats-Unis m'a effectivement permis de rencontrer une petite partie du public anglo-saxon et ça se passe très bien.
Quelle que soit la langue dans laquelle on chante, je n'ai pas l'impression que ce soit un problème pour les anglo-saxons, ni pour les français quand ils écoutent des groupes anglais. Je ne pense pas que ce soit une vraie barrière, les gens ne s'arrêtent pas à la langue. C'est plutôt quelque chose qui fait partie de mon histoire personnelle. J'avais envie d'exprimer des choses et d'écrire des choses dans cette langue que je parle. Les gens ne s'arrêtent pas à la langue.
Tu as déclaré que l'anglais était pour toi "une langue plus concrète que le français, plus riche en onomatopées". En quoi le français est-il limité à ce niveau là ?
Plus concrète ? Je ne vois pas ce que j'ai voulu dire par là. Ce sont des langues différentes. A chaque langue sa musique. Je dis souvent que le français est plus dans les consonnes, plus dans les onomatopées, alors que l'anglais permet des sons qui font plus "wow". En fait, je voulais explorer. Par exemple, dans une chanson comme "Canard sauvage", l'anglais va être plus source de mélodies, de mélopées, d'envolées, alors qu'avec le français c'est plus le côté latin et percussif qui revient. Dans toutes les chansons, j'utilise le français dans les choeurs, comme un autre éclairage sur la chanson. Il est aussi en introduction dans l'une de mes chansons. Je l'utilise de plein de manières différentes, comme une sorte de jeu de cache-cache.
Tous les choeurs de ton disque sont en français. Etait-ce une façon de garder un lien musical avec tes racines ?
Oui, et c'est aussi une façon de garder un lien avec moi-même. J'aurais du mal à revisiter le music hall, la pop dans ce qu'elle a d'anglo-saxon, sans chanter dans ma langue, enfin, dans l'une des langues que je connais très bien et que j'ai pu chanter par rapport à mes disques précédents. Le travail que j'ai pu faire sur le français jusqu'à présent était un travail musical. C'est vrai que je ne peux pas m'en empêcher.
Parmi les critiques que j'ai déjà pu lire sur ton disque, on le décrit comme étant soit festif, soit mélancolique ? Quelle est ta vision ? Qu'est-ce que tu as voulu dégager ?
Ce que je veux dégager, je ne le sais pas trop, car je pense que l'on dégage des choses que l'on ne maitrise pas. En tout cas, j'étais riche de toutes les expériences de la tournée de mon disque "Le Fil". Je pense que j'étais dans une humeur assez tournée vers l'extérieur. Les concerts ouvrent beaucoup. On rencontre beaucoup de personnes sur la route. Cela inspire beaucoup de mélanges. Il y a des anglais, des brésiliens et un islandais sur l'album. Je pense que c'est aussi un disque de voyage. J'étais dans cet esprit d'ouverture, de pulse, de mouvement.
Entre tes deux disques, tu as prêté ta voix à Colette dans le dessin animé "Ratatouille". Etait-ce une première pour toi ?
Oui, c'était une première. J'ai adoré. Cela faisait longtemps que j'en rêvais, surtout pour un monument pareil. Je trouve que c'est un dessin animé extraordinaire qui est à la limite du film de fiction, de l'épopée. Cette envie a toujours été présente. L'interprétation passe évidemment par la voix chantée, mais aussi par la voix parlée ou l'incarnation de personnages. Ce sont des industries que l'on distingue les unes des autres, parce que justement, ça s'est industrialisé, ça s'est durci. Mais, finalement, la comédie, la musique, le théâtre, la danse et le chant sont des choses extrêmement liées les unes aux autres. Là, en l'occurrence, c'était un travail assez vocal puisqu'il s'agissait de doubler une voix et de chanter la chanson du film. Mais il y avait aussi un travail d'interprétation, de comédienne.
Etait-ce une expérience de retour à l'enfance ?
C'est sûr. Personnellement, j'adorais les dessins animé de Disney quand j'étais petite. Pixar n'existait pas à l'époque, mais c'est dans la continuité. C'est une sorte de dessin animé en 3D qui est dans la continuité, mais qui aborde des thèmes qui sont moins inspirés des contes de fées, ou en tout cas ce sont des contes de fées modernisés avec une pointe d'humour, d'ironie. C'est tout simplement plus contemporain. J'étais hyper fière de le faire. Pour avoir travaillé avec l'équipe Pixar, j'ai bien vu qu'ils n'ont rien perdu de leur émerveillement, même s'ils étaient adultes. Il y a une sorte de candeur qui demeure intacte dans leur passion.
Parmi tes autres projets, tu as également fait le générique du film "Le Voyage du ballon rouge". Comment as-tu eu cette opportunité ?
"Le Voyage du ballon rouge" est un peu à l'autre bout du spectre. C'est du cinéma d'auteur, que j'apprécie tout autant d'ailleurs. Hou Hsiao Hsien, le réalisateur du film a écouté mon disque et il a dû apprécier puisqu'il m'a demandé de faire la chanson du film. Il m'a donné carte blanche pour les arrangements et les paroles. Il m'a fait parvenir un standard de la pop chinoise qui est un souvenir pour lui. Il m'a demandé de l'adapter en français. Je me suis imprégnée de cette chanson. J'ai entendu "tchin tchin" et j'ai brodé sur le thème du ballon rouge et du ballon de vin rouge et tout ce que ça peut m'évoquer : les adultes qui boivent du vin pour être joyeux, alors que quand ils étaient petits, ils n'avaient pas besoin de ça pour être joyeux. J'ai donné ma vision de ballon rouge à travers cette chanson.
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Sandrine Albanesi, le 07/04/2008 pour MusicActu
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