Ton premier album "Qui suis-je" a été disque d'or. Ton second, "Suis-je le gardien de mon frère" s'est placé directement en tête des ventes d'albums et a reçu d'excellentes critiques. As-tu été surpris par cette bonne nouvelle ?
Je suis très content. Je ne suis pas totalement surpris. Je dirais que c'est une bonne nouvelle parce que nous avons effectué un gros travail depuis la sortie du premier album. Nous avons vraiment bossé en faisant en sorte que le résultat soit celui-ci. On s'est vraiment donné les moyens. Nous avons tourné dans toute la France, nous avons fait un vrai travail de terrain. C'est une bonne nouvelle. Ca nous réconforte et ça nous conforte dans l'idée que le travail et la persévérance payent.
Un flow à part, des textes précis, crois-tu que ce soit cela la recette de ton succès ?
Il y a tout d'abord un travail de fond sur les textes, la réflexion et la thématique. Il y a aussi la proximité et le fait de rencontrer les gens, savoir vraiment qui ils sont, et qu'ils apprennent à te connaitre. C'est ce rapport que nous avons établi pendant deux ans avec les gens. C'est un tout. Quand on sort un CD, forcément on amène des personnes à se retrouver sur un terrain d'échange parce que lorsqu'ils vont acheter le CD, ils échangent en quelque sorte avec nous. Quand ils écoutent le disque, on leur donne en quelque sorte l'occasion d'être avec nous. Nous préférons être dans la réalité et aller directement les rencontrer. Ce sont toutes ces recettes là qui font, je pense, le succès qui a eu lieu.
Dans ton disque tu abordes des thèmes sérieux comme le racisme ou la pédophilie, mais toujours avec un aspect positif. Est-ce une philosophie que tu adoptes pour ta propre vie ?
Oui, c'est clair, parce que la vie n'est pas simple et qu'il faut savoir faire les choses avec énormément de nuances. Il faut savoir prendre les choses avec du recul et pas simplement foncer tête baissée dans tout et n'importe quoi. J'essaye de prendre les choses avec des pincettes, d'avoir un minimum de réflexion et de donner parfois des tournures assez ironiques.
Je vais parfois dans des sens que l'on n'attend pas. J'aime bien prendre les gens à contre-pied dans mes descriptions, dans ma façon de tourner les choses ou les thèmes. J'aime bien aborder les thèmes différemment, parce que j'estime qu'aujourd'hui, tout le monde dans la musique dit un peu les mêmes choses de manière générale. Même si les thèmes varient, ce sont des thèmes qui ont peut-être souvent été abordés par d'autres personnes, même dans d'autres styles musicaux, il faut donc savoir donner un sens différent à ce que l'on dit. Je vais parfois dans des sens que l'on attend pas.
Le morceau "Suis-je le gardien de mon frère" explique l'importance de la place du grand frère vis-à-vis des plus jeunes. Depuis la sortie de ton premier album, tu as d'ailleurs fait de nombreuses rencontres de proximité avec des jeunes. Aimerais-tu être un exemple pour certains jeunes ?
Mon souhait n'était pas d'être un exemple pour les jeunes. Mon souhait est de leur faire partager mon expérience. Dans un premier temps, je souhaite leur faire comprendre que les recettes de la réussite sont la persévérance et l'assiduité. Ils me considèrent comme un moteur qui peut donner de l'espoir à une jeunesse qui manque parfois de repères. Je n'estime pas être un exemple. J'ai des défauts, je ne suis pas infaillible, je ne suis pas parfait. J'ai aussi des qualités et j'essaye de les mettre en avant pour pouvoir régler les erreurs que je peux faire. J'essaye d'être entier et de donner toutes ces facettes là.
C'est justement cela être un exemple...
Forcément, les gens nous considèrent comme ça parce que nous sommes des artistes et que nous arrivons à avoir une certaine influence vis-à-vis d'un grand nombre de personnes. Forcément, nous sommes un peu plus à l'écoute des gens et les gens portent une attention assez particulière à ce que l'on fait et ce que l'on raconte. On se place donc involontairement comme leader d'opinion.
Sur le titre "Mon Public", tu fais une sorte d'hommage à ceux qui te suivent depuis le début. D'ailleurs, dans une vidéo sur ton site, tu donnes ton numéro de portable. Est-ce important pour toi de garder cette accessibilité ?
Oui, c'est super important parce qu'aujourd'hui on a tendance à extrapoler au niveau du rapport qu'il y a entre le public et les artistes. On a tendance à croire que les artistes sont inaccessibles. Les artistes sont un peu comme des personnages de dessins animés un peu intouchables, qu'on ne peut qu'imaginer. On ne peut pas forcément les voir ou discuter avec eux. C'est devenu comme ça à cause du système avec l'image et les médias qui ont tendance à accaparer tout ce qui peut marcher. C'est pour cela que je voulais rester un peu dans la réalité. Comme je le dis, je suis un ancien animateur social, j'ai été sur le terrain, j'ai envie de garder ce rapport qu'il y a entre le public et moi. Je veux montrer qu'il y a une réalité et qu'il ne faut pas quitter cette réalité. Aujourd'hui, je suis artiste, mais demain je ne serai peut-être plus en haut de l'affiche, ce que je garderai, ce sera le respect des gens. Ce qui m'importe c'est établir un lien avec des humains, c'est-à-dire des gens qui vont m'apprendre des choses et à qui je vais aussi amener des choses.
Joey Starr fait une apparition sur le titre "Seine Saint Denis Style : Nouvelle Série". Comment as-tu perçu la nouvelle de la reformation du groupe NTM ?
Honnêtement, je pense que c'est bien pour la musique. C'est bien aussi pour le Hip Hop. C'est bien de montrer, pour certains artistes qui émergent et qui ne connaissent pas forcément le rap, c'est bien pour eux de savoir d'où vient le rap français, parce que pour savoir où l'on va, il faut savoir d'où l'on vient. NTM fait partie des artistes qui m'ont influencé. Il fait aussi partie des groupes qui ont influencé le rap en général.
Tu as entamé ta tournée. Nous réserves-tu des surprises ? Où allons-nous pouvoir te retrouver ?
Nous avons fait la tournée en deux temps. Nous avons commencé en avril. Nous nous sommes arrêtés fin avril pour pouvoir faire la promo de l'album. Nous avons repris mi-mai. Nous serons, entres autres, le 30 mai à Bordeaux, le 4 juin à Toulon et le 13 juin au Bataclan de Paris.
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Sandrine Albanesi, le 26/05/2008 pour MusicActu
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