Tu viens de sortir ton second album "Jamais la paix". As-tu davantage la pression que pour le premier ?
Non. La seule pression que l'on a eu est celle que nous nous sommes mise nous-mêmes au moment de composer les morceaux, d'écrire les textes. Après, à partir du moment où l'on assume pleinement ce qu'on fait, c'est toujours plus facile d'aller le défendre, même si après, il n'y a que deux personnes qui aiment. J'avais déjà cette démarche là pour le premier album.
Tu as déclaré que ce disque allait "perturber le public". En quoi cela sera-t-il le cas ?
En fait, je pense qu'il y a plusieurs niveaux. Pour quelqu'un qui nous a découvert avec un titre comme "Jalouse" sans avoir eu le premier album, je pense que ce deuxième album va lui faire drôle. Quelqu'un qui a eu le premier album peut aussi être un peu perturbé, car ce n'est pas la même démarche, ce ne sont pas les mêmes titres, il y a quelque chose de moins direct, de moins premier degré dans la compréhension des textes. Ensuite, ceux qui nous ont vus en concert comprendront pleinement la démarche du second album, ce qui ce raconte dedans et ce qui se passe, parce qu'en concert il y avait certes des chansons du premier album, mais je lisais aussi parfois des poèmes, on faisait des impros etc. Tous ces côtés poésie, impro et surréalisme se retrouvent dans ce deuxième album.
Tu as enchainé la tournée de ton précédent disque et l'enregistrement de ce nouvel album. Qu'est-ce que cela a apporté au nouveau disque ?
Quand on écrit, on s'inspire aussi de son expérience et de son vécu. Même si je pars d'un vécu, je tends toujours à aller vers un ailleurs. La seule chose que nous avons vécu pendant un an et demi, c'est la tournée. Très concrètement, l'inspiration, de même que la fatigue, ou qu'un certain ressenti, sont directement liés à cet enchainement des choses. C'est de là qu'est né par exemple un titre comme "Jamais la paix". C'est la chanson la plus ancienne de cet album. Je me rappelle avoir écrit ce texte exactement 22 jours avant l'automne 2006, c'est-à-dire avant même que mon premier album ne sorte. Je commençais déjà à sentir ce qui allait arriver et je découvrais peu à peu que les gens commençaient à me reconnaitre dans le métro ou ailleurs. Nous avons tous notre "Jamais la paix" à nous. Je pense que ça va parler à beaucoup de gens. Pour nous, notre "Jamais la paix", c'est l'enchainement des concerts tout le temps, avec ce que ça a de super beau, d'hyper comblant d'un côté, et en même temps de vidant, parce qu'on donne beaucoup sur scène et que pour moi un bon concert, c'est un concert où l'on donne. Forcément, c'est fatigant.
Pour ce nouvel album vous avez travaillé à 4. Comment s'est passée cette expérience ?
Ce n'était pas facile. C'était génial, parce que c'est l'éclat'. C'est comme quand on part en vacances avec un groupe d'amis. C'est plus marrant à 4 que tout seul. Je suis fille unique, j'ai appris à jouer toute seule, j'ai appris à m'amuser ou à faire beaucoup de choses toute seule et j'adore ça. Mais, c'est vrai qu'en jouant à 4, il y a tout de suite une dimension ludique qui s'installe.
C'est aussi plus prise de tête, parce que du coup la conversation on ne l'a pas avec soi tout seul, et ça se transforme en débat. Et là, qu'est-ce qu'on a pu parler ! J'ai été surprise de voir que les mecs parlaient plus que moi et que parfois ils se prenaient dix fois plus la tête que moi. C'était marrant. Il y a eu des vrais débats, on a vraiment pensé à 4.C'est plus prise de tête de travailler en groupe.
As-tu été obligée de faire des concessions ?
Non. Par contre, ça, je leur ai dit souvent : "pour moi, il n'y a aucune concession". Les trucs que je n'aimais pas, on ne les a pas faits. De même que nous avons composé à 4, mais c'est moi qui ai fait les textes. Les textes font que de toute façon, j'ai une position de leader. Mais bizarrement, ça a été parfois dur de prendre la place de leader, parce que je voulais vraiment être comme eux, et je trouvais cela presque incongru. En gros, à une période, j'aurais vraiment aimé être seule, mais je n'ai pas osé le demander. Du coup, quand j'arrivais, j'étais tendue, parce que nous avions vachement d'avance musicalement, mais moi j'étais beaucoup plus en retard dans mes textes. Techniquement, j'étais un peu dépourvue de ma place normale de leader, parce que quand on a un texte, on a un peu le truc en plus. Et là, je ne l'avais pas. J'étais au même niveau qu'eux en temps que musicienne, mais un peu en retard en tant que leader. J'étais énervée contre moi-même car j'avais plein de trucs à dire, mais ça n'arrivais pas comme je voulais. Mon batteur m'a suggéré de rester seule quelques jours et j'ai accepté. C'est comme ça qu'est arrivé le morceau "Je dessine". Cette chanson décrit bien toutes les phrases à écrire qui n'ont pas de portes pour sortir. Il y a vraiment un truc avec le blocage. Ce n'est pas pour autant vide, mais c'est quelque chose qui a du mal à sortir et qui sort avec douleur.
Comment as-tu abordé l'écriture des textes de "Jamais la paix" ?
Ce sont des chansons univers. Autant dans le premier album, dans chaque chanson il y a des petits bouts où ca part ailleurs, autant là c'est comme si on avait pris un petit bout et qu'on en avait fait une chanson qui est devenue un univers. J'avais déjà cette envie d'être plus complète et d'aller encore plus au bout d'un travail.
Un album explosif entremêlé de morceaux plus calmes... Est-ce le reflet de ta personnalité ?
Oui, tu as donné la réponse toute seule (rires). C'est vrai qu'il y a des gens qui sont calmes tout le temps et d'autres qui sont déchainés tout le temps. Moi je passe pas mal de l'un à l'autre. Naturellement, pour moi, la vie c'est ça, car même si tu es quelqu'un de très calme, la vie te rappelle qu'il y a des moments qui sont calmes et d'autres qui ne le sont pas du tout.
Vous allez continuer à enchainer les concerts. Comment décrirais-tu en quelques mots l'ambiance de ce nouveau disque sur scène ?
C'est plus complet. Je pense que ça voyage dix fois plus loin.
Penses-tu de nouveau travailler en groupe pour ton troisième album ?
Ca m'a appris que j'avais besoin de m'approprier à nouveau la composition toute seule, mais je n'aurais jamais eu cette envie là si je n'avais pas été avec le groupe. C'est ça qui est merveilleux : à composer toute seule, on se rend compte qu'on aime travailler avec d'autres et quand on travaille avec d'autres, on se rend compte que c'est aussi très bien de travailler toute seule. Je ne sais pas encore du tout comment sera l'équilibre. Est-ce que ce sera encore complètement un travail de groupe ? Je ne pense pas. Même si c'est encore un truc de groupe, je vais prendre à nouveau le temps de mûrir les trucs toute seule, quitte à ce qu'avec le groupe ça prenne une dimension dix fois plus grande, mais j'aurai balisé et davantage développé un truc toute seule.
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Sandrine Albanesi, le 23/06/2008 pour MusicActu
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