Près de cinq années se sont écoulées depuis la sortie de votre dernier album "Héritage". Pourquoi nous avoir fait patienter si longtemps ?
C'est vrai que nous ne nous sommes pas vraiment rendus compte que ça avait mis presque 5 ans, vu qu'entre temps nous avons fait énormément de concerts, que nous avons fait plein de featurings, que nous avons beaucoup voyagé, sorti l'album du Noyau Dur etc. Le temps est passé très vite. Le dicton dit : mieux vaut tard que jamais. Cinq ans après, nous arrivons avec ce nouvel album, "Les Liens sacrés", et je pense que les morceaux qui sont dedans sont, sans prétention, à la hauteur de l'attente. Cette pause nous a apporté de la fraicheur et assez de temps pour nous remettre en question, nous renouveler et arriver avec des morceaux frais.
Dans le morceau "Il y a des jours", vous parlez des doutes que nous rencontrons tous sur notre route. Avez-vous pensé à vous séparer ou à baisser les bras ?
Nous avons tous des petits coups de mou, je ne vais pas te le cacher, nous ne sommes pas des surhommes. C'est vrai qu'il y a des périodes où l'on se pose plein de questions. A une période, je me suis dit que c'était peut-être le moment d'arrêter la musique, de ranger les gants et de passer à autre chose. Et puis, c'est justement cela la force d'être un binôme et de fonctionner à deux, car quand il y en a un qui a un peu plus la tête dedans, il te remonte le moral. C'est ce qui nous est arrivé. Ce qu'il faut retenir de ce morceau, c'est qu'on peut tous traverser des moments difficiles, mais en s'accrochant, le positif fini toujours par arriver. En ce qui nous concerne, c'est ce qui s'est passé. J'ai voulu arrêter, et finalement on arrive avec ce quatrième album et je me dis que si j'avais arrêté, ça aurait été une belle connerie !
Vous avez enregistré votre album à Paris, avec des musiciens jamaïcains. Qu'est-ce que cela représentait pour vous ?
Nous avons bossé avec des musiciens jamaïcains, mais qui sont venus à Paris. La première fois que nous avions travaillé avec Sly et Robbie, c'était à Kingston dans leurs studios. Nous les avons recontactés pour cet album et ils sont venus avec nous dans nos studios sur Paris. Nous n'avons pas eu l'opportunité d'aller en Jamaïque, mais c'est Kingston qui est venu à nous. La vibe reste la même, parce que quand tu as des grands bonhommes du reggae qui viennent travailler sur ton disque, ils arrivent avec toute leur fraicheur, toute leur énergie, toute leur expérience. Ca se ressent direct. Ils nous ont donné vraiment le son que l'on attendait. C'est un honneur et une fierté de pouvoir travailler avec des gens comme ça.
Une grosse campagne de pub est prévue pour la sortie de cet album, avec la mise en avant de votre titre "Petites îles". Ce morceau s'annonce déjà comme étant potentiellement un des tubes de l'été...
J'espère que pour le public, ça va être le morceau de l'été. En tout cas, nous ne l'avons pas fait dans cette optique là. Nous avons voulu que ce soit un bon morceau, un moment d'évasion, un voyage. Je parle de mon pays, le Cap Vert.
C'est un morceau qui est dédié à tous ceux qui sont proches de leurs racines, de leur culture, que tu viennes de France ou que tu viennes d'ailleurs... Maintenant, c'est clair que ça nous fera plaisir si ça apporte un petit rayon de soleil dans le coeur des gens. Si ça devient le morceau de l'été, tant mieux, mais il n'a pas été programmé pour ça. C'est un morceau que nous avons fait au même titre que les autres morceaux dans l'album. C'est vrai qu'il y a une grosse opération autour de ce titre là, tant mieux ! La musique sert aussi à dépasser les frontières. Si ce morceau peut nous amener encore plus loin à aller dans le coeur des gens, alors je me dis "C'est que du bonheur !". La musique sert aussi à dépasser les frontières.
Votre nouveau disque est centré sur "l'essentiel et seulement l'essentiel". Comment décrirais-tu cet essentiel ?
Pour nous, l'essentiel, ce sont nos valeurs. C'est aussi notre inspiration du quotidien. Ce qui nous inspire, c'est ce que nous vivons tous les jours, ce que nos proches vivent, ou le public. C'est vrai que depuis le départ nous avons toujours voulu faire passer des messages de la façon la plus positive possible. Pour nous, c'est ça l'essentiel. Il y a des gens qui sont plus tournés vers la fiction, qui font des textes légers ou qui sont plus tournés vers l'humoristique. Nous, nous voulons toujours faire passer des messages très positifs, en restant bien sûr engagés, parce que c'est par là que nous avons commencé en dénonçant et en disant des choses. C'est cela notre essentiel : que le peuple se sente concerné par ce qu'on dit.
Justement, parmi les titres forts de votre album, on retrouve le morceau "C'est pas normal" qui traite de la précarité...
Exact. C'est un morceau que nous avons écrit aux vues de tout ce qui se passe dans cette société. Cela reflète un peu l'état d'esprit de la société, voir que la misère se banalise un peu à nos yeux. Nous avons voulu décrire cela en musique et essayer de mettre le doigt sur un point sensible. Ce n'est peut-être pas ce morceau qui va changer les choses, mais il peut, peut-être, éveiller quelques consciences aussi bien pour les gens du peuple, parce qu'on se rend compte qu'on est de plus en plus individualiste, mais également pour ces gens qui dirigent le pays, parce que le fossé se creuse de plus en plus entre le peuple et le gouvernement. Tu te rends compte qu'eux sont dans leur bulle, qu'il y a des mots et des paroles, mais que les actes ne suivent pas derrière. C'est pour cela que nous sommes dans une précarité qui s'accentue de jour en jour. Il y a de plus en plus de misère, de plus en plus de pauvres, de plus en plus de gens qui ont du mal à s'en sortir, parce que nous sommes gouvernés par des gens qui font, devant les médias, comme si l'avis du peuple était important pour eux, mais au bout du compte, il n'y a rien qui se passe. Il y a un réel décalage.
On retrouve votre équipe du Noyau Dur sur le morceau "Nouvelle époque". En tant que pionniers du mouvement hip hop, comment percevez-vous la scène hip hop actuelle ?
La scène évolue. Il y a plein de jeunes artistes. Il y en a des bons, des moins bons, des très bons. Il y a par exemple Dosseh, le petit frère de Pit Baccardi, qui est un excellent rappeur. J'espère d'ailleurs qu'il sortira son album très bientôt. Après, il y a aussi des gens un peu plus confirmés comme Sefyu ou Nessbeal, qui font partie de cette relève "opérationnelle". Ensuite, il y a des gens dans la scène reggae comme Admiral T, qui est là depuis longtemps, et qui travaille beaucoup pour le dancehall et le reggae en général. On peut donc dire que la scène se porte bien. Mais c'est vrai qu'on aimerait qu'elle se porte mieux et qu'il y ait plus de hip hop ou de reggae en radio et en télé. Je pense que c'est ce qui nous freine un petit peu.
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Sandrine Albanesi, le 07/07/2008 pour MusicActu
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