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Best Of "Esprit Rock 2008"

La saison 2007/2008 a été marquée au rayon rock par le retour de Luke, Têtes Raides, Deportivo et Mademoiselle K. Tous se retrouvent en interview cette semaine pour une session Best of "Esprit Rock 2008".

Sandrine Albanesi le 14/07/2008 pour MusicActu

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LUKE >>>
LukeVotre album, "Les Enfants de Saturne", est décrit comme étant plus puissant et plus brut que les précédents. A quoi cela est-il dû ?
C'est dû à la tournée précédente. C'est aussi dû à l'arrivée à la guitare de Jean-Pierre Ensuque qui nous a rejoints pendant la tournée, en janvier 2005. Nous avons mis en place tous ensemble une mécanique de son pour la scène. Nous nous sommes dit que nous allions essayer de donner cette même impulsion et cette même énergie pour le nouvel album. Nous avons fait cela afin de ne pas avoir à nous dire "c'était mieux sur scène que sur le disque" ou "sur le disque, les chansons sont bien, mais ça manque un peu de pèche", afin de garder l'esprit du rock.

Qu'est-ce que l'arrivée de Jean-Pierre Ensuque vous a apporté ?
Comme je te le disais, il est arrivé pendant la tournée. Donc, l'évolution s'est faite dans un premier temps pour le live. Nous avons pu aller plus loin dans les morceaux, dans les arrangements, dans la construction sonore du spectacle. Ca nous a d'abord amené une guitare lead en tant que telle et ensuite un équilibre. L'équilibre n'était pas le même quand nous étions à trois. Ca n'était pas la même chose. Nous avons trouvé un équilibre qui a fait que la sauce a fonctionné dans la composition à quatre, ce qui n'aurait peut-être pas été le cas à trois.

Quelle a été la répartition des rôles de chacun ?
Ca s'est fait de manière naturelle. C'était la même répartition que nous avions mise en place quand nous étions en tournée, chacun jouant son instrument, tout en ayant une vision des instruments des autres. Ce n'est pas très schématique, il n'y a pas de règles absolues. Ca s'est imbriqué. Tout s'est fait harmonieusement.

TETES RAIDES >>>
Têtes RaidesVous allez bientôt fêter vos 20 ans de carrière. Quel bilan pouvez-vous en tirer ?
Nous en sommes à 19 ans et demi. On va dire que nous fêterons nos 20 ans cet été. Je dirais que nous commençons à rouler la pâte du gâteau et que nous commencerons à le mettre dans le four à partir du mois de juillet. Nous sommes encore en plein "Banco". Nous ne sommes pas encore dans le bilan de cette date anniversaire, mais nous sommes sur ce disque là.

A l'écoute du disque"Banco",, on a l'impression que vous êtes davantage posés que sur les précédents albums, peut-être un peu plus apaisés. Est-ce le cas ?
J'ai effectivement l'impression qu'il y a un petit apaisement. Après, ça cache quelque chose derrière. Mais, en tout cas, le terme apaisé correspond bien à la fois dans les rythmes, dans la place de la musique dans l'album et dans le temps. On se laisse le temps de dire les choses, de faire les notes. Il y a donc effectivement quelque chose d'assez posé. Je trouve que cet album est une belle respiration. Ca nous permet de prendre une bonne respiration musicale. Au niveau du groupe, nous sommes également assez tranquilles sur la manière d'aborder ce disque. Têtes Raides a, à nouveau, réalisé son album, c'était important pour nous. Il y a eu de nouveau quelque chose de très soudé au niveau du collectif notamment sur la confiance entre tous les membres. Chacun individuellement a vraiment apporté sa pierre au projet et aujourd'hui nous sommes très contents de cela. Cela se ressent même au niveau des premières répétitions que nous avons faites pour préparer les concerts.

Votre précédent disque "Fragile" était plus rock que les précédents. Pourquoi avoir souhaité revenir à quelque chose de plus acoustique ?
Parfois, pour faire un grand pas en avant, il faut faire deux pas en arrière. C'est vrai que nous avions à nouveau ce désir d'entendre des instruments très proches, d'entendre à nouveau le son assez brut d'un violoncelle, ou le son de la guitare acoustique. Cela a également permis de laisser une place au texte et à la voix. C'est là où nous nous sommes risqués de chanter un peu différemment, interpréter différemment. Je crois que l'écriture donne beaucoup d'indication à ses choses là. Quand je me mets à écrire les chansons, au lieu d'allumer l'ampli, je prends tout de suite un instrument acoustique, que ce soit une guitare ou un accordéon. Déjà, il y a quelque chose là dedans qui nous emmène vers une manière d'écrire ou une manière d'interpréter. Sans le vouloir, on sait que c'est un album que l'on peut continuer à jouer même si on coupe toutes les prises de jus. Et ça, c'est bien.

DEPORTIVO >>>
DeportivoComment avez-vous abordé l'écriture des textes de ce second album ?
Comme pour le premier. Ca s'est fait assez spontanément. Certains ont été faits dans l'urgence. Pour certains, j'ai eu besoin de travailler. Il n'y a pas de recette. Cela se fait de plusieurs manières. Au fur et à mesure, je me suis aperçu qu'il s'agissait plus d'une conversation entre ma copine et moi qu'autre chose. Ca s'est fait sans y penser forcément. C'est venu comme ça au fil des répétitions et de l'écriture. Certaines personnes disent que ce nouvel album est plus drôle que le précédent, d'autres disent qu'il est plus sombre. Je ne sais pas trop. J'essaye toujours de mettre dans les textes quelques petits clins d'oeil amusants, juste pour que ce ne soit pas simplement noir et sombre, car je m'en lasse vite. Nous essayons toujours de mettre quelques anecdotes drôles. Dans le premier album je me coinçais le doigt dans les portières de voiture. Pour celui là, j'ai mis une ou deux touches comme ça.

Pourquoi avoir choisi de ne pas donner de titre à votre album ?
Parce que nous sommes des gros fainéants (rires). En fait, nous avons fait la pochette sur laquelle il y a un renard, une poule et une clef. Nous avons travaillé là-dessus. Mais, à chaque fois que l'on rajoutait un titre, on voulait l'appeler "En ouvrant la porte", mais cela donnait une trop grosse indication par rapport à la pochette. Nous voulions qu'il n'y ait aucune indication en ce qui concerne les trois éléments de la pochette, donc nous avons préféré ne pas en mettre. C'est marrant. Si les gens réfléchissent 10 minutes, nous aurons gagné notre pari sur la pochette.

Pourquoi avoir écrit des titres en anglais ?
Il y a quatre titres sur l'album qui sont en anglais. En fait, nous avons trainé avec pas mal de groupes qui chantaient en anglais. Ca a dû rentrer dans nos petites têtes. J'ai également traîné beaucoup du côté de Brixton ces dernières années, parce que ma copine est de Londres. J'ai fréquenté beaucoup les anglais. Ce n'est pas vraiment calculé. Notre idée de base est de faire quelque chose d'assez spontané et dans l'urgence. C'est difficile d'analyser. Ca vient plutôt de nos chemins de vie. Ce sont des rencontres et le fait que j'ai traîné là bas.

MADEMOISELLE K >>>
Mademoiselle KTu as déclaré que ce disque, "Jamais la paix", allait "perturber le public". En quoi cela sera-t-il le cas ?
En fait, je pense qu'il y a plusieurs niveaux. Pour quelqu'un qui nous a découvert avec un titre comme "Jalouse" sans avoir eu le premier album, je pense que ce deuxième album va lui faire drôle. Quelqu'un qui a eu le premier album peut aussi être un peu perturbé, car ce n'est pas la même démarche, ce ne sont pas les mêmes titres, il y a quelque chose de moins direct, de moins premier degré dans la compréhension des textes. Ensuite, ceux qui nous ont vus en concert comprendront pleinement la démarche du second album, ce qui ce raconte dedans et ce qui se passe, parce qu'en concert il y avait certes des chansons du premier album, mais je lisais aussi parfois des poèmes, on faisait des impros etc. Tous ces côtés poésie, impro et surréalisme se retrouvent dans ce deuxième album.

Pour ce nouvel album vous avez travaillé à 4. Comment s'est passée cette expérience ?
Ce n'était pas facile. C'était génial, parce que c'est l'éclat'. C'est comme quand on part en vacances avec un groupe d'amis. C'est plus marrant à 4 que tout seul. Je suis fille unique, j'ai appris à jouer toute seule, j'ai appris à m'amuser ou à faire beaucoup de choses toute seule et j'adore ça. Mais, c'est vrai qu'en jouant à 4, il y a tout de suite une dimension ludique qui s'installe. C'est aussi plus prise de tête, parce que du coup la conversation on ne l'a pas avec soi tout seul, et ça se transforme en débat. Et là, qu'est-ce qu'on a pu parler ! J'ai été surprise de voir que les mecs parlaient plus que moi et que parfois ils se prenaient dix fois plus la tête que moi. C'était marrant. Il y a eu des vrais débats, on a vraiment pensé à 4.

As-tu été obligée de faire des concessions ?
Non. Par contre, ça, je leur ai dit souvent : "pour moi, il n'y a aucune concession". Les trucs que je n'aimais pas, on ne les a pas faits. De même que nous avons composé à 4, mais c'est moi qui ai fait les textes. Les textes font que de toute façon, j'ai une position de leader. Mais bizarrement, ça a été parfois dur de prendre la place de leader, parce que je voulais vraiment être comme eux, et je trouvais cela presque incongru. En gros, à une période, j'aurais vraiment aimé être seule, mais je n'ai pas osé le demander. Du coup, quand j'arrivais, j'étais tendue, parce que nous avions vachement d'avance musicalement, mais moi j'étais beaucoup plus en retard dans mes textes. Techniquement, j'étais un peu dépourvue de ma place normale de leader, parce que quand on a un texte, on a un peu le truc en plus. Et là, je ne l'avais pas. J'étais au même niveau qu'eux en temps que musicienne, mais un peu en retard en tant que leader. J'étais énervée contre moi-même car j'avais plein de trucs à dire, mais ça n'arrivais pas comme je voulais. Mon batteur m'a suggéré de rester seule quelques jours et j'ai accepté. C'est comme ça qu'est arrivé le morceau "Je dessine". Cette chanson décrit bien toutes les phrases à écrire qui n'ont pas de portes pour sortir. Il y a vraiment un truc avec le blocage. Ce n'est pas pour autant vide, mais c'est quelque chose qui a du mal à sortir et qui sort avec douleur.

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