MICK EST TOUT SEUL >>>
D'où t'es venue cette envie de sortir un disque solo ? Etait-ce un besoin de te retrouver un peu seul ?
Parfois, dans la vie, on a envie de voir des gens, parfois on a envie d'être tout seul. Dans la musique c'est un peu pareil. J'avais ce besoin de me retrouver seul et de sortir un disque, de partir avec ma guitare sur les routes. Je n'avais jamais fait un truc tout seul. C'était à la fois assez flippant et assez excitant.
Quels sont les thèmes que tu abordes dans cet album que tu n'osais peut-être pas aborder avec Mickey 3D ?
Ce n'est pas une histoire d'oser, c'est plus étaler ses sentiments. Quand tu parles au nom d'un groupe tu ne vas peut-être pas avoir envie de faire dix chansons où tu vas raconter ta vie. Ca n'intéresse peut-être pas forcément les copains.
On découvre chez toi un côté plus sentimental que celui que l'on a l'habitude de voir...
Nous avons tous quelque chose en nous de sentimental, sauf qu'il y en a qui ne l'expriment pas, ou qui ne le font pas voir.
Musicalement parlant, as-tu osé plus de choses que tu ne l'aurais fait en groupe ?
En fait, musicalement, c'est assez proche de Mickey 3D. Mais, cela reste un peu plus bricolo "à la maison", alors qu'avec le groupe parfois, on met de la batterie, des trucs comme ça. Il y a plus de morceaux "bricolage" que sur un album de Mickey 3D, plus de morceaux folk épurés. J'ai tout fait tout seul. Forcément, quand tu joues en groupe, étant donné qu'il y a d'autres musiciens qui jouent sur le disque, il y a moins le côté intimiste.
Tu écris pour d'autres artistes. Tu as notamment collaboré avec Indochine, Stephan Eicher, ou plus récemment avec Sandrine Kiberlain. Comment travailles-tu dans ces moments là ?
Tout nu, non je rigole (rires). En fait, je travaille très instinctivement. Je suis ouvert à tous les challenges, mais je rappelle les gens très rapidement quand rien ne me vient. J'essaye de faire les choses très vite. Il faut que quelque chose me vienne très vite, sinon, je ne le fais pas.
CALI >>>
On sait à quel point le choix du titre d'un album est important. Pourquoi as-tu choisi de nommer ton troisième disque "L'Espoir" ?
C'est le titre qui a jailli en 2006. J'ai participé à un chaos social Place de la République à Paris avec Lavilliers, Louise Attaque, Dionysos et pleins d'autres. Entre chaque artiste, des acteurs sociaux venaient parler des problèmes sociaux, des problèmes des hôpitaux et des intermittents du spectacle. C'était une après midi très partisane et solidaire, pleine d'espoir en quelque sorte. Quand je suis sorti de là, j'ai écrit une chanson, "l'Espoir", je me suis dit que mon prochain disque s'appellerait comme ça. Depuis, plus rien n'est venu bousculer ce titre là.
Cet album est plus ambitieux et coloré que les précédents aussi bien dans les textes que les mélodies. Est-ce une volonté de ta part de trancher avec tes précédents albums ?
Je ne l'ai pas trop intellectualisé. C'est juste que j'aime vraiment être à fleur de peau avec ma vie du moment. J'ai vécu des traumatismes amoureux sur mon premier disque. J'ai eu besoin de me défendre et d'écrire L'Amour parfait. J'ai fait par la suite "Menteur" où je me relève un petit peu, toujours grogui. Cela tournait toujours autour de moi-même. Pour ce disque là, je suis sorti dans la rue, j'ai gueulé avec les autres et je me suis senti avec eux, spectateur de ce monde complètement dingue ces dernières années. J'ai eu besoin d'en parler, de crier tout ça. Musicalement, c'est la même histoire, tout s'est fait dans l'urgence, avec des réalisateurs qui aiment travailler de manière organique et instinctive : Mathias Malzieu des Dionysos, Scott Colburn, qui a produit Arcade Fire et Animal Collectiv. Pour faire ça, il faut aussi jouer avec de très grands musiciens. J'ai eu la chance de le faire avec Geoffrey Burton le guitariste d'Arnaud ou Richard Kolinka.
Musicalement on ressent également quelques changements. Le violon, souvent présent dans tes précédents titres, a laissé place à des cuivres. Quelles sont les raisons de ce choix ?
Ce sont des raisons de vie. Sur mon premier disque, les violons altos étaient comme une seconde voix, souvent plaintive et mélancolique. Cela reflétait mon humeur, le tragique de la situation d'un couple qui se sépare. Cette fois-ci, il y a les rencontres de Blaise Margail et Nicolas Puisais, deux grands cuivres qui jouent à l'Opéra de Paris et qui font aussi du Rock'n'roll. Ils m'ont emmené vers cet univers qui m'a toujours attiré, à la fois de fanfare, de célébration ou de communion, où les cuivres sont de vraies rivières qui dévalent et qui emportent tout. C'est ce qu'il me fallait sur ce disque là.
Tu étais déjà assez engagé dans tes précédents albums, avec "L'Espoir", on a l'impression de retrouver un Cali plus affirmé, presque plus sûr de lui. Est-ce une réalité ?
Sûr de moi, je ne pense pas. Le jour où ce sera le cas, cela voudra dire que je suis un vieux con et il vaudra mieux que j'arrête tout. Affirmé, peut être. J'ai eu la chance de côtoyer des gens comme Lavilliers, Thiéfaine, Higelin, qui m'ont beaucoup appris et qui m'ont raconté combien ils avaient appris de Léo Ferré. Ces gens là ont une poésie pure et très haute. Le fait d'avoir pu approcher ces monstres sacrés m'a quelque part adoubé et émancipé. Je n'ai pas eu peur d'écrire.
CAMILLE >>>
Lors de ta tournée précédente, tu as chanté aux Etats-Unis en 2006. Est-ce que ton idée de faire cet album en anglais est née de là ?
L'idée est née de là et d'autres choses. Elle est également née de mon rapport avec l'anglais, la culture anglo-saxonne et les anglo-saxons qui remonte à très longtemps. Ca fait longtemps que je parle l'anglais couramment. Ca fait également pas mal de temps que je travaille avec un producteur anglais, j'ai pas mal d'amis anglais... La tournée aux Etats-Unis m'a effectivement permis de rencontrer une petite partie du public anglo-saxon et ça se passe très bien. Quelle que soit la langue dans laquelle on chante, je n'ai pas l'impression que ce soit un problème pour les anglo-saxons, ni pour les français quand ils écoutent des groupes anglais. Je ne pense pas que ce soit une vraie barrière, les gens ne s'arrêtent pas à la langue. C'est plutôt quelque chose qui fait partie de mon histoire personnelle. J'avais envie d'exprimer des choses et d'écrire des choses dans cette langue que je parle.
Tu as déclaré que l'anglais était pour toi "une langue plus concrète que le français, plus riche en onomatopées". En quoi le français est-il limité à ce niveau là ?
Plus concrète ? Je ne vois pas ce que j'ai voulu dire par là. Ce sont des langues différentes. A chaque langue sa musique. Je dis souvent que le français est plus dans les consonnes, plus dans les onomatopées, alors que l'anglais permet des sons qui font plus "wow". En fait, je voulais explorer. Par exemple, dans une chanson comme "Canard sauvage", l'anglais va être plus source de mélodies, de mélopées, d'envolées, alors qu'avec le français c'est plus le côté latin et percussif qui revient. Dans toutes les chansons, j'utilise le français dans les choeurs, comme un autre éclairage sur la chanson. Il est aussi en introduction dans l'une de mes chansons. Je l'utilise de plein de manières différentes, comme une sorte de jeu de cache-cache.
Tous les choeurs de ton disque sont en français. Etait-ce une façon de garder un lien musical avec tes racines ?
Oui, et c'est aussi une façon de garder un lien avec moi-même. J'aurais du mal à revisiter le music hall, la pop dans ce qu'elle a d'anglo-saxon, sans chanter dans ma langue, enfin, dans l'une des langues que je connais très bien et que j'ai pu chanter par rapport à mes disques précédents. Le travail que j'ai pu faire sur le français jusqu'à présent était un travail musical. C'est vrai que je ne peux pas m'en empêcher.
Parmi les critiques que j'ai déjà pu lire sur ton disque, on le décrit comme étant soit festif, soit mélancolique ? Quelle est ta vision ? Qu'est-ce que tu as voulu dégager ?
Ce que je veux dégager, je ne le sais pas trop, car je pense que l'on dégage des choses que l'on ne maitrise pas. En tout cas, j'étais riche de toutes les expériences de la tournée de mon disque "Le Fil". Je pense que j'étais dans une humeur assez tournée vers l'extérieur. Les concerts ouvrent beaucoup. On rencontre beaucoup de personnes sur la route. Cela inspire beaucoup de mélanges. Il y a des anglais, des brésiliens et un islandais sur l'album. Je pense que c'est aussi un disque de voyage. J'étais dans cet esprit d'ouverture, de pulse, de mouvement.
GRAND CORPS MALADE >>>
Tu es celui qui a permis au grand public de découvrir le slam. Comment perçois-tu cela ?
D'un côté c'est génial, je m'emploie à chaque fois à expliquer au maximum ce qu'est le slam, à expliquer que ça ne s'arrête pas à mon disque, que ça ne s'arrête pas à un disque en particulier. Il s'agit avant tout de rencontres, d'a capella, de partage de scènes... Je passe ma vie à répéter ça et je le fais d'ailleurs bien volontiers car c'est important pour moi d'expliquer ce qu'est vraiment le slam. C'est une chance de pouvoir le faire et de participer au fait qu'aujourd'hui le slam a vraiment explosé en France. Et puis d'un autre côté, c'est un peu une responsabilité. C'est vrai qu'on me nomme souvent comme le représentant du slam et je dois dire que je ne suis pas forcément d'accord avec ça. J'essaie d'expliquer qu'il ne peut pas y avoir un représentant, même si j'aime le slam et que je suis fier d'essayer de le défendre.
Penses-tu avoir suscité de nouvelles vocations ?
Oui je pense, mais ça c'est vraiment le slam qui veut ça d'une manière générale. Quand tu assistes à une soirée slam, tu as toujours des mecs qui sont là uniquement pour être dans le public et qui vont ressortir en ayant envie d'écrire. Parfois, ils écrivent même sur des bouts de nappe pendant la scène slam. C'est le slam qui veut ça, il y a comme une épidémie contagieuse. Mes textes ont été disponibles et accessibles à un très grand public donc, comme dans une soirée slam, j'ai participé au fait que les gens se disent "tiens, moi aussi je peux écrire, moi aussi j'ai envie d'essayer". Et comme le slam par essence même est quelque chose de super accessible, où tout le monde peut participer, je pense qu'il y a beaucoup plus de slammeurs aujourd'hui qu'il y a deux ans.
Tu as déclaré que ton nouveau disque était un peu plus abouti au niveau musical que le précédent. Quelles sont les principales différences à ce niveau là ?
Je commence toujours par écrire le texte et après je fais un brief au compositeur sur ce que j'imagine être l'ambiance finale. Grosso modo, je ne vais pas dans le détail. Je lui dis plutôt "j'imagine plutôt une ambiance très intimiste, peut-être avec un seul instrument, un piano-voix ou quelque chose comme ça" ou sinon "tiens là j'imaginais quelque chose de plus dynamique, avec un rythme plus soutenu" ou alors "trouves-moi un truc plus mélancolique"... Je lui donne une grande direction, je lui donne le texte et je le laisse travailler pour que ce soit du sur-mesure et que la musique colle. Après, quand il me présente le tout, on peaufine ensemble.
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CamilleLa chanteuse va proposer gratuitement le téléchargement de son prochain concert au Zénith.
20/11/2008
CaliLe chanteur sera en direct sur Internet lundi soir, pour répondre aux questions des internautes.
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Sandrine Albanesi, le 18/08/2008 pour MusicActu
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