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Keziah Jones : retour aux sources...

Keziah Jones est de retour avec l'opus "Nigerian Wood". A l'occasion de cette sortie, il se produira pour quelques dates dans le métro parisien. Le chanteur revient pour nous sur cette nouvelle livraison et cette envie de retour à ses débuts.

"Nigerian Wood" sort plus de 15 ans après "Blufunk Is A Fact !". Qu'est-ce que le "blufunk" et est-il toujours d'actualité ?
En gros, le Blufunk est avant tout une technique de guitare, que je pratique toujours. C'est la capacité à créer un son bien plus important que ce qui est vu en réalité. Quand je joue dans la rue, on s'imagine qu'on entend plus que ce que l'on voit, car que je joue la ligne de basses, les percussions et de la guitare en même temps. Tout ça donne une certaine impression qui fait que les gens s'arrêtent et me donnent de l'argent. Ça leur donne le sentiment d'avoir fait l'expérience de quelque chose. C'est ce que j'ai voulu transmettre quand j'ai rejoint un groupe, c'était un genre de trio. Les basses et la batterie copient ce que fait le guitariste : la basse se cale sur la guitare. Le batteur joue les percussions en se calant lui aussi sur la guitare. Ça amplifie le son de l'instrument. C'est ça le Blufunk. C'est cette technique afro-rythmique que j'ai transposée dans le groupe. Le Blufunk est toujours d'actualité dans la mesure où les gens qui me suivent depuis quinze ans, qui voient ce que j'ai fait en France, m'ont toujours soutenu, et m'appellent simplement Keziah. Il y a aussi les musiciens qui ont développé leur propre style musical en se basant sur ce que j'ai fait. Alors oui, c'est toujours d'actualité dans ce sens. Mais je ne peux vraiment pas dire qu'il est toujours actuel dans le sens original du terme, car je ne joue plus dans la rue et je n'ai plus la même angoisse. On voit l'angoisse que j'avais quand j'ai débuté. Le Blufunk est toujours très présent mais de manière bien différente aujourd'hui.

Keziah Jones (Crédit photo : Nathalie Canguilhem)En tant qu'artiste africain à une époque de mondialisation, tu exprimes beaucoup de sentiments à propos de ton appartenance à l'Afrique dans ton nouvel album, en particulier dans les chansons "Nigerian Wood", "Unintended Consequences", "African Androids", "Lagos Vs New York". Quel message veux-tu faire passer au sujet de l'Afrique sur cet album ?
C'est à peu près la même chose que sur les albums précédents. Il y a plus à voir et à vivre en Afrique. Pendant longtemps, on n'avait qu'une seule idée de ce que l'on pouvait y trouver : une énergie primitive, tribale, traditionnelle, noble... en quelque sorte, l'opposé du monde occidental. Ce genre de façon de penser, un peu dichotomique, ne fonctionne plus aujourd'hui pour ma génération et pour la nouvelle génération d'africains. Ces artistes comme Asa, Ayo, Nneka, Seun Kuti, Patrice, n'ont pas le bagage que j'ai. J'ai dix ans de plus qu'eux. Ils sont bien plus réalistes et bien plus ouverts à propos de ce genre de choses. Plus généralement, je pense que cet album pourrait montrer aux gens, après cinq CD et quinze ans de musique, que oui, il y a bien plus à voir dans ce pays et sur ce continent.

Sur cet album, dans la chanson "Lagos Vs New York", tu compares le Lagos à la ville de New York. Où placerais-tu Paris dans cette comparaison ?
Il s'agit davantage de l'aspect d'un ensemble. Les États-Unis sont le pays le plus mondialiste, tu vois ce que je veux dire, tout le monde est américain parce que le système politique et économique des États-Unis affecte tout le reste du monde, et aux États-Unis, tout le monde vient de partout. Maintenant, c'est comme ça que je vois les choses. Alors, où Paris se situe-t-il ? Et bien, en fait ça ne rentre politiquement plus dans aucune case, mais culturellement, ça veut dire quelque chose pour moi, puisque c'est ici que j'ai débuté, et c'est ici que j'ai enregistré ma musique pour la première fois.
C'est à Paris que j'ai débuté.
C'est mon sens de l'esthétisme. Depuis longtemps, Paris et Londres apportent une autre facette de ma personnalité quand je suis parti aux États-Unis. Je ne suis pas seulement africain, mais je suis aussi européen, anglais et français, les deux étant combinés. C'est ce qui me donne ce nouveau genre de "vibe" quand je me rends aux États-Unis, parce que je vis là-bas depuis cinq ans maintenant. Alors, Paris se place plutôt dans une catégorie personnelle, et plus vraiment dans un domaine politique à mes yeux.

Keziah Jones (Crédit photo : Nathalie Canguilhem)La légende Keziah Jones dit que tu as été découvert dans le métro parisien au début des années 90. Pour la sortie de "Nigerian Wood", en septembre prochain, tu as décidé de faire des concerts surprise dans le métro Parisien. Est-ce-que le métro est important pour toi ? Peux-tu nous en dire plus sur ces concerts ?
Le métro est l'endroit où j'ai commencé à jouer, simplement parce que c'était un des endroits bourrés de monde. Quand tu joues dans la rue, il faut que tu ailles là où les gens se trouvent : dans les stations de métro, devant les cafés, et les endroits où les gens se regroupent. À Londres, c'était au Leicester Square et à Paris c'était à Châtelet-les-Halles, à Champs-Élysées, à Saint-Michel, ou même dans les rames de métro. A l'intérieur, les gens sont réceptifs. Quand ils sont dans les wagons, les gens ne peuvent pas s'enfuir et ils n'ont pas d'autre choix que d'écouter ce que tu fais, ils sont réceptifs. C'est un peu la prise d'otage du chanteur itinérant, dans la mesure où ils sont forcés de te voir. Dans la rue, ils peuvent simplement passer leur chemin. En fait, j'ai commencé dans le métro parce que c'était le moyen le plus direct de me faire de l'argent, et, ironiquement, l'acoustique est géniale dans les stations. Tu peux t'entraîner à longueur de temps. J'ai passé beaucoup de temps à m'exercer là-bas. Maintenant je n'ai plus à chanter pour de l'argent dans le métro, je n'ai plus à chanter pour de l'argent tout court, alors le mieux que je puisse faire, c'est jouer là, sans avoir besoin d'attendre que quelqu'un me donne de l'argent en échange, tu vois. Parce que cette ville a vraiment accueilli ma musique, et il s'agissait de gens normaux, de gens qui allaient travailler, qui me regardaient jouer, qui me donnaient de l'argent. Donc je me suis dit que le meilleur moyen de faire ça était de revenir et de faire une autre surprise à quiconque passerait là dans le métro. C'est pour cette raison que je fais ça.

Tu entameras une tournée française en octobre. Dans quelles villes aimes-tu jouer ?
À part Paris... Oui, parce c'est toujours très intense à Paris, c'est toujours bien. J'aime bien jouer dans le sud de la France, ils ont une certaine sensibilité là-bas, ils sont très chaleureux musicalement parlant, et leur manière d'être est très chaleureuse aussi. Je dirais... Montpellier, Nice, ce genre d'endroit. C'est très intense à Marseille aussi. Oui, j'aime bien jouer dans le Sud.

Keziah Jones (Crédit photo : Nathalie Canguilhem)L'année dernière, tu as enregistré la chanson "One", de U2, sur la compilation "In The Name Of Love : Africa Celebrates U2". Tu vas également travailler sur le prochain album d'Amadou et Mariam. Aimes-tu travailler sur des projets communs ? As-tu d'autres projets du même genre ?
Pendant longtemps, ça a été difficile de travailler en collaboration, car je suis un auteur/interprète solo. Je trouvais ça très difficile. Mais j'ai finalement décidé que je devais au moins essayer. C'est une question qui a grandi jusqu'à devenir mûre. Finalement, il y a toujours des gens qui me demandent de travailler avec eux, et j'ai commencé à accepter. Amadou et Mariam étaient parmi les premiers projets. Au début, ils étaient à un festival, au Mali, et là-bas, ils ont parlé de leur album, et j'ai fini par collaborer avec eux. Le projet U2 est venu ensuite. C'était un concept intéressant : des artistes africains sur les chansons de U2. Donc j'ai fait ça aussi, et puis le nouvel album d'Anthony Joseph, un poète Londonien, il compose des poèmes et je joue de la guitare par dessus. J'ai également joué de la guitare sur le dernier album d'Angélique Kidjo qui est déjà sorti, j'ai fait une ou deux chansons dessus. Maintenant, je collabore activement, c'est comme ça que ça marche. Si j'ai des projets en commun, c'est ça ta question ?

Oui, c'est ça...
Et bien, il y a Zapmama, elle travaille actuellement sur un nouvel album, elle parle de collaborer d'une manière ou d'une autre. Et, à terme, je voudrais travailler avec Saul Williams, un poète américain. Il m'a toujours dit qu'il aimerait apposer ses textes sur l'une de mes chansons, "African Spacecraft". En fait, j'essaye activement de m'investir et de me diversifier, pour mixer mes influences avec celles d'autres gens. Voilà les deux ou trois projets que j'aimerais voir aboutir pour le moment.

Interview : Antoine Téchenet
Traduction : Guillaume Cérin

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Auteur

Antoine Téchenet, le 01/09/2008 pour MusicActu
musicactu@musicactu.com

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