Tryo : le retour du reggae acoustique éco-citoyen
A l'occasion de la sortie de "Ce que l'on sème", le groupe, toujours aussi engagé, revient sur les thèmes balayés par son disque. Rencontre avec Mali et Danielito.
Danielito : On a commencé les maquettes en septembre 2007. On était parti au départ sur 25 à 30 chansons en essayant beaucoup de choses. Ensuite on a fait appel à un réalisateur, Dominique Ledulal, qui avait déjà travaillé avec nous sur "Grain de sable" et des artistes comme les Rita Mitsouko, Vincent Delerm et Thomas Fersen. Avec lui, on est parti à La Fabrique, un studio basé à Saint-Rémy de Provence, où nous sommes restés pendant un mois et demi. Nous avons commencé à poser les bases de l'album avec des guitares acoustiques, à travailler sur les ambiances.
Mali : On a fini dans le studio du réalisateur de Dominique Ledulal, où on a fait venir tous les invités, où le mixage a été réalisé et on fignolé l'album.
Ecrivez-vous les textes de manière collégiale ? Mali : On a toujours procédé de la même manière avec Tryo : on écrit très peu ensemble pour ne pas dire jamais. L'exercice d'écriture est assez solitaire au sein du groupe. Guizmo, Manu ou moi arrivons avec notre cahier et nos morceaux et les jouons entre nous. Il est ainsi facile de voir directement ce qui va, ce qui ne va pas, au niveau de la mélodie, du rythme. Ensuite on part sur les morceaux et tout le groupe décide des arrangements, de la couleur musicale, des instruments, de manière collégiale, on a l'habitude de le faire et ça se passe plutôt bien. Nous ne nous sommes donné aucune limite sur cet album. Si nous voulions partir en Inde, nous y allions ou alors si on voulait des sonorités reggae acoustique à la Tryo, nous y allions également.
Le thème de l'environnement est une fois de plus très présent chez Tryo...
Danielito : Les préoccupations écologiques sont au coeur de Tryo depuis le début. On s'est rapproché avec Greenpeace il y a quelques années et nous les avons invités à nos concerts pour tenir des stands et communiquer sur leur action. Nous avons consolidé cette relation d'amitié avec ce dernier album.
Mali : Cela se ressent donc dans les morceaux, je pense déjà à "Mal tombé", avec la chanteuse de Zap Mama - qui parle de la déforestation - "L'air du plastique", qui parle d'un monde qui souffre. Et à notre échelle, on a essayé de faire ce qu'on a pu, le papier de la pochette du CD est recyclable, tout le merchandising et les tee-shirts sont en coton bio, tous les revenus liés à ces ventes vont à Greenpeace. Et puis le petit bon d'inscription à l'association est glissé dans chaque pochette. Il est important pour nous de lui donner un petit coup de pouce, c'est en France qu'elle compte le moins d'adhérents. On participera à ce que l'on peut pendant cette tournée, aux côtés de Greenpeace. Justement pour ces concerts, nous avons fait ce que l'on peut faire finalement, on parle de tournée 100% écologique mais ce n'est pas possible, il y a des réalités économiques et financières et ce n'est pas aux spectateurs de payer tout ça. On essaie de mettre à disposition des parcs à vélos, de multiplier le covoiturage, d'utiliser des ampoules à basse consommation. On le fait à notre échelle et on essaye de communiquer au maximum sur l'association.
Votre disque est marqué politiquement, toujours avec cet humour et cette vision décalée...
Mali : Si certains attendent un disque marqué par la politique franco-française sur Sarkozy, ce n'est pas l'album de Tryo. Je pense à "Marcher droit ", à "Travailler plus"... Il est vrai que son arrivée au pouvoir nous a marqués, cela nous a beaucoup touché et énervé. Cela se ressent avec "Marcher droit", un morceau fort, rock énervé derrière. En même temps nos préoccupations ne sont pas uniquement là. On regarde tout cela avec du recul, on observe la société qui évolue. Nous nous définissons comme altermondialistes car nous pensons qu'un autre monde est possible, que le capitalisme peut être contrôlé, muselé. On essaie d'atténuer un peu l'engagement et de se tourner vers le monde.
Danielito : Quand tu regardes "Grain de sable" et "Ce que l'on sème", ce n'est pas que de l'engagement, il y a des chansons d'amour, des chansons légères. Il faut un équilibre entre les choses comme dans la vie et cet album reflète bien ça.
Plusieurs titres sont marqués par l'Afrique, l'Inde, le Moyen-Orient... Est-ce le fruit de voyages du groupe ? Danielito : En fait il y a plusieurs choses. Au départ, on a tous des influences musicales très variées au sein de Tryo. Sur "Grain de sable", on avait déjà commencé à expérimenter tout cela. Sur "Ce que l'on sème", on a voulu faire encore plus et se nourrir des expériences et des voyages de chacun.
Mali: Par exemple, le voyage de Guizmo au Sud Niger avec son projet "Désert rebelle", Manu qui est parti en Inde, ce qui a donné naissance à la chanson "Mrs Roy", mon voyage en Amérique latine également... Et puis Daniel, qui a obtenu la nationalité française et qui est retourné dans son pays d'origine, le Chili, qui a inspiré le titre "El dulce de leche". On ne s'était pas dit "on va faire un album world". Ce n'était pas prémédité. Le jour où on s'est fait écouter les morceaux, on s'est rendu compte qu'on était parti sur la même direction. Mais il n'y a pas que cela non plus sur l'album, on retrouve également des morceaux rock énervés et du reggae acoustique à la Tryo.
Que proposez-vous pour la tournée à venir ?
Danielito : Elle commence le 30 septembre et s'étale jusqu'au mois de décembre. Après avoir fait la tournée des 10 ans dans des grandes salles comme des Zénith et des festivals, on voulait retourner vers quelque chose de plus intimiste, dans des plus petites salles. On désire se retourner plus vers la musique et la proximité avec les gens. On aura sur scène des invités musicaux : Frédéric Deville, un violoncelliste présent sur l'album, et Pablo Mendes, un percussionniste argentin qui a déjà joué avec Dee Dee Bridgewater. Il va ramener cette couleur latine sur scène.
Mali : Et on se met tous à faire des percussions, depuis, sur scène (rires). Cela promet une ambiance festive, intime, très festive mais massive.






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