Amel Bent : "J'ai toujours des doutes"
Deux ans après "A 20 ans", Amel Bent présente son nouvel opus, "Où je vais", qu'elle a coécrit avec Tunisiano du groupe de rap Sniper. Interview intime au sommet du building de sa maison de disques.
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Ton nouvel album s'intitule "Où je vais". Quelle est la signification de ce titre ?
Ce titre représente mon état d'esprit, mais aussi celui de l'album, c'est pour cela que je voulais le sortir en premier. Il définit bien ce que je pense en ce moment et ce que je ressens. Avant de faire cet album, j'ai vécu un an de tournée vraiment génial. Plus je me suis accrochée à mon public, plus j'ai eu ce sentiment de peur et de doute par rapport à mon avenir, cette peur qu'un jour tout s'arrête. Ce sont des peurs liées au métier, qui est super instable. Cette chanson reflète cela. Je suis super heureuse. Je sais que j'ai de la chance d'être où je suis et je kiffe. J'adore chanter, je suis super contente, mais j'ai toujours peur et j'ai quand même des doutes liés à mon avenir, à ce qui va se passer plus tard. Je n'en sais rien, je ne sais pas où va me mener tout cela.
On sent également une petite nostalgie dans ce single. Tu dis notamment que tu n'es plus vraiment la même...
Il n'y a pas vraiment une nostalgie dans le titre, mais il y en a dans le clip. Ce n'était pas pour paraître nostalgique, mais pour montrer que le fil conducteur de tout cela est simplement cet amour pour la musique. C'est à cela que je m'accroche depuis le début et depuis toute petite. Quand dans le clip je montre des images de moi plus jeune, en chantant avec la brosse dans la chambre, c'est simplement pour dire que l'objectif de tout cela est juste de chanter, car c'est ce que j'aime et c'est pour cela que je suis là.
Dans le clip, est-ce ta vraie mère, ta vraie soeur, ton vrai chien ?
C'est ma vraie mère, mon vrai chien, ma vraie brosse (rires) ! Il y a même ma petite soeur à côté de moi à l'école. Ce sont mes vrais ours, mes vrais cadres, j'ai tout amené !
Comment s'est déroulé le tournage avec ta mère et ta petite soeur ?
Ca va, elle l'ont bien vécu. Ma mère était un petit peu saoulée au bout de dix prises. Elle m'a dit : "Oh, ça se passe comme ça ? C'est nul ! C'est fatigant !" Elle pensait faire une seule prise, mais finalement à minuit nous n'avions pas encore fini. Elle disait : "Moi, je bosse demain ! Je n'ai pas fait à manger !" Elle est vraiment ancrée dans la vraie vie, beaucoup plus que moi. A chaque fois, elle comprend un petit peu mieux ce que je vis, donc c'était drôle. Parfois, je rentre et je lui dis que je suis crevée, mais elle me dit que je pousse juste la chansonnette. Elle me dit en gros que je ne travaille pas à l'usine et que je ne devrais pas être fatiguée. C'est l'idée reçue des gens : la chanson n'est pas un métier fatigant. La seule différence avec notre métier est que l'on n'en voit finalement que le superficiel.
Comment décrirais-tu cet opus ?
C'est un album éclectique. Il y a autant de morceaux graves que des titres plus légers. Etant donné que cet album a été conçu dans la vague de la tournée précédente et que je l'ai fait dans l'optique de la prochaine tournée, j'ai eu beaucoup d'idées dans la perspective de la scène. Je me suis rendu compte qu'on ne pouvait pas arriver avec un album uniquement mélancolique et aller le défendre sur scène. Franchement, au bout de deux heures, on s'ennuie avec des chansons piano-voix. Tu as besoin dans un concert d'avoir des morceaux racontant autre chose, plus ludiques, sur lesquels tu peux t'amuser avec ton public. Sur la tournée précédente, j'ai ressenti ce besoin d'avoir des chansons dansantes, car pour avoir des moments plus festifs, j'étais obligée d'aller puiser dans le répertoire d'autres chanteurs ou de trouver des medley. Là, j'avais envie de m'amuser, mais avec mes chansons !
Quelles ont été tes inspirations ?
Ce sont toujours les mêmes depuis le début : toute une vie de curiosité musicale. J'écoute de tout et je n'ai aucun préjugé sur les musiques. Je peux écouter du rock, de la pop, du reggae, du dancehall, de la variété, de la nouvelle scène française, mais aussi beaucoup de R&B, soul, hip-pop et même un peu de classique parfois. A chaque fois qu'on entend une nouvelle chanson, une nouvelle sonorité, on est moins ignorant.
Je crois que tu as travaillé sur cet album dans les conditions du live. Peux-tu m'en dire plus ?
J'ai vraiment tenu à ce que tout soit joué. J'ai fait venir de vrais musiciens avec de vrais instruments ! J'étais encore une fois dans cette optique de la scène, car c'est très difficile d'adapter des morceaux électroniques avec des musiciens sur scène. Pour ne pas dérouter les gens, j'ai préféré avoir tout de suite un aspect très live sur l'album.
Et comment s'est passée l'écriture des titres ?
J'ai écrit la moitié de l'album et coécrit l'autre moitié avec Tunisiano des Sniper. Nous nous sommes vraiment trouvés. Il a trouvé les mots qui exprimaient ce que je ressentais. Nous avons beaucoup de similitudes dans nos vies respectives et cela a facilité les choses, par exemple, sur une chanson comme "Famille décomposée", où je parle de la séparation de mes parents. Il a plus ou moins vécu la même histoire. L'écriture a été plus facile, car nous nous comprenions énormément. Cela s'est vraiment bien passé. Je suis assez contente de cette collaboration.
As-tu une anecdote sur un titre ou l'enregistrement ?
Mon premier soir d'enregistrement a été le soir de la mort de Michael Jackson. C'était assez étrange comme sensation. Juste avant de prendre le micro, mon ingé voit sur son ordinateur que Michael Jackson est peut-être mort. On apprend dans la demi-heure qu'il est en fait décédé. Juste après, je dois passer derrière le micro et enregistrer mon premier titre ! J'étais assez déroutée, je me suis dit qu'il y avait un peu de son âme venue dans mon micro (rires) ! Je me suis sentie obligée de vraiment bien chanter, car je me suis dit qu'on avait perdu un grand artiste. Nous sommes toute une génération de chanteurs et d'artistes qui a puisé un peu son inspiration dans ce qu'il a pu faire. J'avais l'impression qu'il nous avait laissé un héritage. J'ai encore plus kiffé à ce moment le fait d'être chanteuse ! Le monde a perdu un grand artiste et moi, je suis une chanteuse dans mon petit studio et il faut que j'arrive à mettre un tout petit peu de ce qu'il a pu donner dans mon interprétation. C'était comme lui faire honneur, mais j'étais tellement déroutée que le morceau n'a pas été gardé pour l'album (rires) !
Revenons à ton album. Es-tu stressée quant à son succès, car ton précédent projet a moins vendu ?
Non, je n'ai aucun problème avec les ventes de disques. Pour moi, ce n'était pas un non succès, car j'ai vendu 200 000 albums ! Effectivement, je n'ai pas vendu 700 000 albums comme le premier. C'est simplement la réalité de la musique aujourd'hui : c'est plus difficile, il faut travailler plus et faire plus de promotion. Il faut aussi peut-être plus se prendre la tête sur le contenu de son album et pas simplement se contenter de faire seulement un bon premier single et faire du remplissage d'album. Je me suis mise au diapason, car il faut se battre. Je me suis vraiment surpassée pour tous mes titres. J'ai essayé d'être super perfectionniste et de faire ce qui me paraissait être le meilleur pour mon public. Je voulais que cet album, avant d'avoir un succès commercial, ait un succès d'estime aux yeux de mon public. Ce qui m'a fait le plus mal sur mon deuxième album, ce ne sont pas les ventes, mais le fait que le premier single n'a pas été forcément compris par les gens. Je n'ai plus envie de vivre cela. Quand je chante, c'est un dialogue avec mon public, si je ne suis pas comprise, cela n'a aucun intérêt ! Pour cet opus, j'ai fait attention au texte et au fait qu'il ne puisse pas y avoir d'amalgames dans mes chansons.
Tu fais référence au titre "Nouveau français"...
Oui, c'était un thème qui me tenait à coeur en tant qu'enfant d'immigrés. Je disais simplement que la nouvelle génération de Français n'est pas la même que celle d'il y a cent ans. On est différent et on est métissé, mélangé. C'est ce qui fait la richesse de la France et c'est cela que je voulais prôner dans ma chanson, mais elle est sortie dans un contexte très politique et il y a eu un amalgame. Cela m'a vraiment touchée. J'avais peut-être mal choisi les mots. Là, j'ai fait très attention aux thèmes.
Dans le morceau "Un Bout de papier", tu évoques l'amour de tes fans. Comment vis-tu cette relation avec le public ?
Je tenais vraiment à montrer qu'aujourd'hui les deux choses importantes dans ma vie sont ma famille et mon public. Je me suis rendu compte qu'il y avait des gens qui m'aimaient et qui me soutenaient depuis cinq ans. Ca vaut tout l'or du monde, ça vaut toutes les ventes de disques qu'on puisse faire. Cela ne se télécharge pas et ce n'est pas à la merci d'un programmateur de radio ou de télé. C'est juste la réalité et moi aujourd'hui, je ne m'accroche qu'à cela. S'il y a un truc de réel dans mon métier et dans ma vie, c'est ce qu'il y a entre mon public et moi. Personne ne peut me l'enlever et me le voler, ni une presse, ni une télé et ni une radio. C'est au-delà de tout, c'est plus fort que tout ! Je dédie mon album à mes fans, je le fais pour eux et pas pour autre chose !
Quels sont tes projets pour la suite ?
La tournée commence début avril. Il y a plusieurs dates calées : Marseille, Montpellier, Bruxelles, Lausanne, etc. Je n'ai pas toutes les dates en tête, mais seulement celle de l'Olympia : le 4 mai. Je suis assez contente. J'ai booké cette tournée avant même de faire l'album. J'avais envie d'être sur scène rapidement ! Je m'empresse d'y être ! Lorsque j'ai fait l'album, je l'ai vraiment pensé d'une manière scénique, j'ai donc plus ou moins une idée de ce que je vais faire.





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