Jil Caplan : un retour tout en poésie...
Révélée à la fin des années 80, Jil Caplan revient avec un nouvel album, "Derrière la porte". La chanteuse de "Tout c'qui nous sépare", nous parle de cette dernière livraison, réalisée en collaboration avec Jay Alansky, le comparse de ses débuts.
Je suis très contente, très excitée, très heureuse. En général, on fait un album tous les deux ou trois ans, c'est donc forcément toujours un moment important, d'autant plus que je trouve que celui là est un peu plus différent des autres dans la façon dont on l'a fait et dans son contenu. Je le trouve plus dense, plus intense que certains autres de mes disques. Je suis heureuse de tout ça et j'ai hâte qu'il sorte.
Sur ton nouvel album, tu as collaboré à nouveau avec Jay Alansky, le comparse de tes débuts. Comment se sont passées ces retrouvailles ?
Nous nous sommes revus complètement par hasard. Il n'y avait rien de prémédité ou d'organisé. D'un verre qu'on devait prendre ensemble et qui devait durer une heure, nous sommes finalement restés cinq heures à discuter. Nous étions heureux. Le noyau dur qui nous avait fait nous rencontrer était identique. Nous avons retrouvé tout de suite ce qui nous avait tant plu quand on s'est rencontré il y a 20 ans. A l'issue de ça, il m'a demandé si je n'avais pas un bout de texte à lui laisser. J'avais quatre phrases pas encore abouties de ce qui est devenu le titre Des toutes petites choses. Je les lui ai laissées sur un coin de table. Il m'a appelé le lendemain pour me dire qu'il avait trouvé une mélodie. Je suis arrivée dans son studio, il me l'a faite écouter et je me suis mise à chanter. C'est parti comme ça. Deux jours avant, je ne savais pas que j'allais faire un nouvel album avec Jay Alansky.
Vos chemins s'étaient quelque peu séparés sur tes précédents albums. Qu'est-ce que cet éloignement vous a apporté au niveau musical ? Des expériences diverses. Je crois qu'il en avait marre d'être en studio tout le temps, avec la lourdeur que cela implique. C'était en 1995, le tout début de la musique électronique. Il avait envie de créer différemment, d'être seul avec son matériel et de se sentir certainement plus libre. Du coup, j'ai travaillé aussi avec d'autres gens. Je ne connaissais que sa façon de travailler. Cela m'a fait du bien de voir qu'il y avait d'autres façons de faire. Auparavant, j'ai travaillé entre autres avec Les Innocents. C'était différent. On m'avait demandé autre chose, j'avais aussi demandé de travailler de façon un peu plus ouverte. J'ai été obligée de faire les choses un peu plus par moi-même.
Pour le coup, ta musique est plus électronique que précédemment. Etait-ce la voie dans laquelle tu souhaitais t'engager ?
Je ne sais pas. Je n'avais pas d'idées préconçues. J'avais envie d'écrire mes propres textes, ce que j'avais déjà commencé à faire sur mon deuxième album. Mais c'était beaucoup plus éparpillé. Je pense que c'est quand même assez long de savoir ce que l'on veut dire et comment on veut le dire. Ça ne se fait pas en un jour.
| J'avais envie de sortir du format de chansons. |
Un album doux et mélancolique, est-ce l'humeur dans laquelle tu étais quand tu as composé tes titres ? Non, pas vraiment. Je pense que lorsque nous nous sommes retrouvés avec Jay, il avait envie d'exprimer quelque chose de plus extrême, de plus à vif. Je n'avais pas écrit la moindre ligne depuis un an, je ne savais pas du tout comment ça allait venir. Il se trouve que le premier texte est sur une espèce d'émerveillement d'être en vie, tout en étant en proie à une certaine violence, une certaine fragilité, d'où le titre Des toutes petites choses. De sentir à la fois rien et pourtant de continuer à se lever le matin et de se renforcer. D'être fragile ou d'être dans l'adversité, cela vous aide à comprendre les choses et ça vous rend à la fois plus fort d'une certaine façon. Je ne sais pas si nous avons été très doux. Nous étions à la fois passionnés et exaltés de ce que l'on faisait. Nous nous laissions porter par ce qui venait chaque jour. Nous étions plus à vif que cela, que ce soit dans nos vies personnelles ou dans notre relation qui était très puissante.
La solitude est au centre de bon nombre des morceaux de l'album. C'est par exemple le cas pour le titre "Un Âne sur la route"...C'est une solitude que j'ai pu ressentir à certains moments. Je vais vous raconter comment j'ai écrit cette chanson : je me suis endormie sur mon canapé. Je me suis réveillée à une heure du matin. J'étais toute seule chez moi et je me suis dit "Je pourrais très bien crever, tout le monde s'en fout !". Ensuite, j'ai sorti mon chien, et j'ai enjambé un SDF qui était en bas. Je l'ai regardé et je me suis dit que c'était bien pire pour lui. C'est quand je suis remontée chez moi que j'ai écrit ce morceau. Ça parle de l'isolement que l'on peut ressentir parfois, mais cela fait aussi écho à plein d'autres gens. Ce n'est pas tellement un disque autobiographique, dans le sens où je n'ai pas tellement raconté ma vie ou mes états d'âme. J'ai davantage essayé d'être observatrice ou témoin de ce que je pouvais sentir autour de moi. Il me semble que les gens sont en demande d'amour, mais qu'ils sont aussi plus seuls et isolés que jamais.
Tu as créé un blog sur Internet sur lequel tu livres tes pensées. Est-ce un besoin de prolonger l'écriture de tes titres ?
Non, l'écriture tout court. J'ai créé le blog au moment où je commençais à écrire les chansons. Je crois que j'avais soif d'écrire et de trouver de nouvelles idées, de nouvelles expressions. Ce que j'aime bien dans l'écriture du blog c'est que ce n'est pas sous mon nom, c'est anonyme. J'ai l'impression que je peux dire absolument ce que je veux. Tout ce que je souhaite, c'est que ce soit écrit du mieux possible et qu'il y ait le plus de dépouillement. Je me rends de plus en plus compte que je n'aime pas l'ornement inutile ou les fioritures d'écriture. J'aime bien quand les choses sont plus déshabillées. Je pense que ce blog m'a aidée à trouver un style, une voie. Je pense que cela a été le pendant de l'écriture de l'album.





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